Réunis ce mardi 7 avril 2026 à Bamako, dans la salle de conférence de la Direction des Finances et du Matériel du Ministère de l’Agriculture, les administrateurs de l’Office du Niger ont tenu leur 56ᵉ session ordinaire. Une rencontre stratégique, à la croisée du bilan et de la projection, présidée par le Président Directeur Général, Dr Samba Bocary Tounkara.

Avant d’entrer dans le dur, les formalités ont été expédiées sans accroc : validation des procès-verbaux des sessions précédentes, suivi des recommandations. Puis les documents clés sont arrivés sur la table, états financiers 2024, rapport de gestion, observations du commissaire aux comptes. Là, le ton a basculé. Plus technique. Plus exigeant.
Sur les périmètres agricoles, la campagne 2024-2025 tient globalement la route. Un peu plus de 131 950 hectares effectivement exploités. Ce n’est pas anodin, surtout dans un contexte où certains producteurs hésitent à se déplacer à cause de l’insécurité. Le taux de réalisation frôle les 93 %. Le riz, lui, reste le pilier. 773 056 tonnes de paddy sorties des champs. On parle d’un gain de plus de 22 000 tonnes par rapport à la campagne précédente. Le rendement moyen plafonne à 5,86 tonnes à l’hectare correct, mais en dessous des ambitions affichées en début de saison.
Dans les faits, ce sont les conditions climatiques qui ont sauvé la mise. Les pluies ont été au rendez-vous, et surtout, l’eau a mieux circulé dans les canaux. Moins de gaspillage, plus d’efficacité. Mais ça ne règle pas tout.
Dès qu’on sort du riz, les lignes deviennent moins rassurantes. Le maraîchage, par exemple, n’a couvert qu’un peu plus de 10 800 hectares. 70 % de l’objectif. La production dépasse les 301 000 tonnes, mais ça reste en retrait. Même constat du côté des cultures dites de diversification : à peine 55 % des prévisions atteintes. En coulisses, beaucoup de producteurs ont fait un choix simple : abandonner certaines spéculations pour se concentrer sur le riz de contre-saison, plus rentable, plus sûr.
Sur le plan financier, l’Office tient debout, mais sans marge de confort. 7,63 milliards de FCFA de chiffre d’affaires. Un bénéfice net qui dépasse à peine les 9 millions. Autrement dit, l’équilibre est fragile. Le bilan global approche les 80 milliards de FCFA, mais ce volume masque des tensions bien réelles.
Le nœud du problème, encore une fois, c’est la trésorerie publique. Sur les 5,5 milliards attendus de l’État, moins de la moitié a été effectivement mobilisée. Et encore, avec un décaissement partiel arrivé tardivement, en novembre. Entre-temps, il a fallu composer. Reporter certains travaux d’entretien. Réduire les dépenses. Prioriser dans l’urgence.
Sur le terrain, les difficultés sont connues, presque répétitives, mais toujours non résolues : engrais qui arrivent en retard, machines insuffisantes, main-d’œuvre parfois introuvable en pleine saison, réseaux hydrauliques qui s’usent plus vite qu’ils ne sont entretenus.
Et pourtant, malgré tout ça, le PDG maintient le cap. Son idée n’est pas nouvelle, mais elle prend une autre dimension : transformer la zone Office du Niger en un véritable agropole. Pas juste produire du riz, mais structurer un écosystème complet, transformation, élevage, pisciculture, cultures diversifiées. Même le blé s’invite désormais dans l’équation, poussé par la pression de la demande nationale.
Pour soutenir cette bascule, deux documents sont en préparation : une stratégie longue jusqu’en 2063, et un plan d’action plus immédiat. Sur le papier, ça trace une trajectoire claire. Sur le terrain, tout dépendra de la capacité à sécuriser les zones de production, à mobiliser les financements au bon moment… et à ne plus subir les retards.
Le soutien extérieur, lui, est bien là. Le projet d’irrigation de N’Débougou IV, financé à hauteur de 26 milliards de FCFA par la coopération allemande, avance. Le programme PRODEAU, appuyé par les Pays-Bas, injecte un peu plus de 4 milliards dans la gestion de l’eau. Ce ne sont pas des promesses, mais des chantiers concrets.
Reste une équation difficile : comment transformer un potentiel énorme plus de 2,4 millions d’hectares identifiés en résultats durables, dans un environnement encore instable ?
À la fin de la session, personne n’a vraiment célébré. Les chiffres sont là, les progrès aussi. Mais l’écart entre les ambitions et les moyens reste visible. Et c’est précisément cet écart que l’Office du Niger devra combler s’il veut réellement devenir ce fameux agropole dont tout le monde parle.
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