RÉPUBLIQUE POPULAIRE DE CHINE : Le partenaire idéal pour l’émergence stratégique de l’AES

Le leadership du président Assimi Goïta a amené la République populaire de Chine à élever en 2024 la coopération sino-malienne à l’échelon le plus haut des partenariats. Cela nous fait porter la charge de réunir les moyens et les conditions du réarmement économique du Mali et de la Confédération Alliance des États du Sahel (AES). Pour ce faire, nous devons tirer les leçons des expériences passées afin de concevoir et réaliser de façon efficiente et efficace le Partenariat stratégique AES-Chine.

 Au fil des années, la Chine s’est montrée un partenaire crédible à travers le monde. Les cas ne manquent pour l’attester. Ainsi en 2014, après les sanctions occidentales contre la Russie (suite à l’annexion de la Crimée), la Chine a signé avec ce pays un accord de 300 milliards de dollars portant sur des livraisons d’hydrocarbures sur 30 ans. Ensuite un accord de financement de 75 milliards de dollars d’un gazoduc et d’un oléoduc reliant les deux immenses pays.

En avril 1999, lors d’une visite d’État à Pékin, le président Moubarak avait signé avec son homologue chinois d’alors, Jiang Zemin, un communiqué établissant une relation de « coopération stratégique » entre les deux pays. Reprise à leur compte par le maréchal Tantawi et le président Morsi, en dépit de la brièveté de leur passage à la tête de l’Égypte, cette coopération stratégique est transformée en « partenariat stratégique intégral » en décembre 2014, quelques mois seulement après l’investiture d’Al-Sissi.

Ce développement n’est pas que sémantique. En élevant leurs relations à l’échelon le plus haut dans la hiérarchie des « partenariats » établie par la diplomatie chinoise, Pékin et Le Caire s’engagent à coopérer dans tous les domaines pouvant relever des relations bilatérales, et ceci sur le long terme. En outre, l’esprit sous-jacent à ce type de partenariat est que, même en cas de tensions occasionnelles, la coopération entre les deux pays ne doit pas dérailler. C’est une sorte de promesse de soutien et de loyauté croisée. Et en 2021, la Chine a signé avec l’Iran un partenariat stratégique de 400 milliards de dollars d’investissements, en contrepartie de la fourniture de pétrole avec une décote de 30 % sur le prix du marché mondial.

Pour ce qui est de la Confédération AES, notamment le Mali, nous devons concevoir des programmes et des projets en fonction des enjeux et défis à relever dans notre pays et dans notre région qui font toujours face à un double impérialisme imbriqué. Explicitement, il s’agit de l’impérialisme néolibéral américain avec ses 5 monopoles de domination du monde, y compris ses alliés européens. Sans négliger l’impérialisme européen de prédation de l’Afrique avec le soutien américain.

Dans la bataille des BRICS, la souveraineté politique et économique face au monde unipolaire anglo-saxon est un préalable. Ce qui fait de la capacité de développement un indicateur déterminant. Nous devons prendre conscience de nos atouts qui sont de précieuses cartes entre nos mains. L’AES est de nos jours très attractive à cause de sa lutte stratégique pour arracher le Sahel des serres de l’impérialisme libéral européen contrôlé par l’Oncle Sam (USA). Tout comme les trois pays de l’AES (Burkina Faso, Mali et Niger) regorgent d’un potentiel de développement sans pareil. Le caractère « contagieux » des pratiques de relèvement de l’affront néocolonial et des défis de développement économique et social ne peut pas échapper à la vigilance des BRICS.

Mais n’oublions pas non plus que l’AES n’est pas l’Iran et encore moins la Russie, qui sont des pays ayant des infrastructures économiques, sociales et culturelles solides. Ces deux pays ont déjà de grandes capacités de productions industrielles et agricoles. Au niveau de l’AES, tout est à faire ou à refaire dans la construction d’une nouvelle Afrique qui joue à hauteur de souhait sa partition dans le nouveau monde multipolaire porté par les BRICS. Ainsi, après avoir fait ses preuves sur les plans politique et sécuritaire, la Confédération doit se doter d’un plan de basculement économique et social de rupture des liens tributaires du systèmeimpérialiste.

Cela implique de compter d’abord sur nos propres forces à travers un auto-ajustement axé sur des programmes et des projets de développement de notre espace. Nos États doivent préparer des projets majeurs et structurants de développement adossés à la mise en valeur industrielle de nos immenses ressources naturelles, dont la convoitise est la source de nos malheurs avec l’impérialisme prédateur. Pour être libre, il faut savoir s’enchaîner, donc aller vers les BRICS en partenaire et non en quémandeur.

Sans un partenariat adossé à l’exploitation judicieuse de nos ressources, aucune aide ne pourra financer le passage d’une économie de survie à une économie de rupture des liens tributaires. Nous sommes convaincus que 400 milliards d’investissements chinois, en 30 ans, sur les secteurs clés (chemins de fer d’interconnexion des trois pays, réseau routier de liaison des zones de production agro-sylvo-pastorales aux zones de consommation, infrastructures de mise en valeur industrielle de nos ressources minérales et de nos productions agro-sylvo-pastorales, renforcement des capacités de production d’énergies renouvelables à hauteur des besoins d’industrialisation et du bien-être des populations) feront changer, au-delà de l’AES, le cours de l’histoire de l’Afrique de l’Ouest.

Si l’industrie est notre avenir, l’agriculture est notre éternité. Autrement, nous devons prendre l’agriculture comme la base permanente et l’industrie comme la locomotive de l’émergence. Et cela sans tomber dans le piège de la théorie des « pays à vocation agricole », socle de l’idéologie du pillage impérialiste. Le partenariat à établir doit être basé sur la complémentarité. Et cela d’autant plus que les BRICS ont l’argent et les compétences technologiques ; alors que nos États disposent des ressources dont ils ont besoin pour soutenir leur croissance.

Au-delà du gagnant-gagnant économique, ce partenariat stratégique doit être fondé sur une convergence d’intérêts géopolitiques et géostratégiques, renforcée la farouche volonté de faire face à la guerre d’usure multiforme imposée à l’AES.

Diatrou Diakité Consultant indépendant


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