Entre mémoire historique et défi sécuritaire : le plaidoyer du Dr Alassane Diarra

Nous sommes tous interpellés ! Les Maliens, dans leur écrasante majorité, vouent une confiance totale aux Forces armées maliennes (FAMa), qui, debout sur les remparts, mènent au quotidien un combat acharné pour la sauvegarde de la dignité, de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de notre nation. Dans la configuration actuelle, où tout le pays est attaqué, l’avènement du 25 avril 2026 sonne comme un sursaut pour l’unité des forces patriotiques afin de sauver la patrie en danger.

Dans cette perspective, les autorités se doivent de faire preuve d’un grand réalisme, tiré de notre vécu historique héroïque. Le tremplin d’un tel réalisme porte en lui le sceau d’une mobilisation de toutes les forces vives de la nation, à l’instar de nos forces traditionnelles de défense dont l’engagement et la bravoure ont prévalu au sein de nos grandes aires impériales du Ghana, du Sosso, du Mali, du Songhaï, aussi bien que sur nos territoires de résistance à la pénétration coloniale : Khasso, Guidimagha, Kaarta, Birgo, Fouladougou, Bélédougou, Méguétan, Djitoumou, Ouassoulou, Kénédougou, Miangala, Baniko, Ségou, Macina, pays Bobo, plateau Dogon, Séno, Tacoubao, Iwllimidden, Liptako-Gourma.

La France officielle sait, puisqu’elle en fit mention dans ses propres archives coloniales, que le Mali est le pays d’Afrique noire dont la résistance héroïque à la pénétration coloniale a duré plus de 40 ans, depuis la bataille de Sabouciré (22 septembre 1878) jusqu’à la prise du village de Tabi (en pays dogon), le 26 décembre 1920. Fasciné par la bravoure des Soudanais (Maliens), le général français Mangin recruta 160 Maliens (Soudanais) lors de la crise de Fachoda (1898), qui opposa les puissances impériales britanniques et françaises. C’est naturellement fort des bons résultats de cette campagne militaire qu’en 1916, il mena avec succès un contingent très motivé de Soudanais (Maliens) dans les tranchées lors de la bataille âpre et sanglante de Verdun. Le général Mangin, qui avait l’art de l’anticipation, apprit la langue bambara et édita le dictionnaire bambara/français et français/bambara à l’usage des tirailleurs africains.

Aussi, dans son ouvrage Des tranchées de Verdun à l’église Saint-Bernard : 80.000 combattants maliens au secours de la France (1914-1918 et 1939-1945), Bakari Kamian, professeur agrégé de l’Université-Sorbonne, rappelle les lourds sacrifices consentis par les populations de l’actuel Mali dans les principaux conflits du XXe siècle :

« Le Mali a été, pendant la colonisation, et plus particulièrement de 1914 à 1945, la colonie française d’Afrique noire qui a fourni les effectifs les plus nombreux de combattants à la France. À lui seul, il a fourni à son ancienne métropole trois fois plus de soldats que l’ensemble des colonies de l’Afrique équatoriale française (AEF : Tchad, Oubangui-Chari, Moyen-Congo, Gabon) au cours de la Première Guerre mondiale, soit 25 à 32 % des tirailleurs sénégalais de l’AOF. D’après les renseignements émanant des Archives nationales du Mali et de celles de l’ancienne AOF, devenues Archives nationales du Sénégal, le chiffre de 80.000 combattants soudanais envoyés au secours de la France pendant les deux conflits mondiaux est inférieur de 10 % à la réalité, qui se situe autour de 90.000 hommes. Sur ce chiffre, on déplore 17.000 morts soudanais pendant les deux guerres mondiales ; beaucoup de ces victimes sont tombées au cours de missions de sacrifice, dans des situations particulièrement dangereuses et durant les grandes batailles de corps-à-corps. »

Aujourd’hui, à l’instar de nos héros du passé, nous nous devons de mener la bataille ultime contre le plan de pénétration de l’Occident collectif/Golfe arabique, s’appuyant sur la forte présence d’un conglomérat de terroristes englobant séparatistes, narcotrafiquants, mercenaires et malfrats de tous bords. Celui-ci vise progressivement et méthodiquement le démantèlement du Mali, de l’AES et, au-delà, des États du golfe de Guinée et de l’Afrique subsaharienne, afin de s’emparer des immenses ressources naturelles (terres agricoles, hydrocarbures, minerais stratégiques et critiques) que renferme cette région du globe.

C’est cette multinationale du terrorisme, financièrement bien structurée et dotée d’arsenaux géostratégiques, politico-militaires et économico-judiciaires parmi les plus sophistiqués du moment, qui a jeté son dévolu sur notre chère patrie, le Mali. Cette situation inextricable risque d’entamer les fondements de notre existence, aussi bien sur le plan sécuritaire qu’à travers une perdition progressive de notre système de valeurs sociétales. Et notre résignation face à une telle réalité n’offre point de félicité. Faisons preuve de réalisme, lequel est une construction qui ne peut se bâtir qu’avec un cocktail d’inspiration, d’engagement, de volonté, de transpiration, de capacité d’anticipation et d’adaptation, susceptibles de muer en une dynamique positive.

Aujourd’hui, puisque les certitudes sont bousculées, osons quitter notre zone de confort pour faire face à la réalité du terrain, qui nécessite une présence avérée de forces locales de défense, à la fois populaires et patriotiques. Cette option, qui coupe le sommeil aux États situés au nord du Circum-Sahara et au nord du tropique du Cancer, doit objectivement faire l’objet d’un sérieux examen.

Dans la perspective de la sauvegarde de l’intégrité territoriale et de la préservation de l’unité nationale, il serait judicieux que nos autorités prennent la mesure de l’urgence et donnent une suite favorable à cette proposition. Ces Forces patriotiques de légitime défense, expression de la légitimité populaire, constitueront un gage de stabilité sur le long terme. La loi n° 04-051 du 23 novembre 2004 portant organisation générale de la défense nationale nous y autorise.

L’ultime option reste la « mobilisation générale » de 100.000 patriotes recrutés dans les 804 communes. Cette nouvelle armée de volontaires et de patriotes opérera sous le commandement militaire des FAMa. Notre vocation patriotique doit nous guider vers les nôtres afin de les délivrer de leur souffrance, et cela au risque de l’ultime sacrifice.

Mamadou Sangaré


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