Les décideurs africains sont appelés à repenser en profondeur leurs politiques d’éducation, d’emploi et d’investissement afin de transformer la forte croissance démographique du continent en véritable levier de développement économique.

Ce plaidoyer a été lancé lors de plusieurs tables rondes organisées en marge des Assemblées annuelles 2026 du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) qui s’est tenues du 25 au 29 mai 2026 à Brazzaville au Congo.
Placées sous le thème « Exploiter le dividende démographique de l’Afrique pour accélérer la transformation économique du continent », ces rencontres ont réuni responsables politiques, institutions internationales, experts du développement et représentants de la jeunesse africaine.
Les intervenants ont estimé que la jeunesse africaine pourrait devenir soit le principal moteur de croissance du continent, soit une source accrue de tensions sociales si des réformes structurelles ne sont pas rapidement engagées.
Selon les projections des Nations unies, la population africaine devrait presque doubler d’ici 2050, tandis que les jeunes représenteront une part importante de la croissance de la population active mondiale.
La ministre namibienne des Finances et gouverneure de la BAD, Ericah Shafudah, a reconnu que plusieurs pays africains peinent encore à adapter leurs systèmes éducatifs aux besoins réels du marché du travail.
« Nous formons plus de diplômés que l’économie ne peut en absorber », a-t-elle déclaré, soulignant l’existence d’un décalage persistant entre les formations dispensées et les opportunités économiques disponibles.
Pour Sangheon Lee, économiste en chef à l’Organisation internationale du travail (OIT), la crise de l’emploi des jeunes en Afrique dépasse largement la seule question démographique.
« Le problème réside dans le manque d’emplois productifs. La croissance économique ne crée pas automatiquement des opportunités », a-t-il averti.
L’expert a également souligné que de nombreux jeunes Africains restent enfermés dans des emplois précaires, peu productifs et informels, faute de politiques industrielles cohérentes et de systèmes de protection sociale adaptés.
La question agricole a aussi occupé une place importante dans les échanges. Pour Federica Diamanti, vice-présidente adjointe du Fonds international de développement agricole (FIDA), l’agriculture africaine souffre encore d’une image peu attractive auprès des jeunes générations.
« La jeune génération ne voit pas de prospérité dans l’agriculture », a-t-elle regretté, appelant les gouvernements à développer de véritables chaînes de valeur intégrées allant de la production à la transformation, en passant par la logistique et les technologies numériques.
Les débats ont également mis en avant la nécessité de promouvoir davantage l’entrepreneuriat plutôt que la seule recherche d’emplois salariés.
Président de la Fédération des jeunes entrepreneurs de Côte d’Ivoire, Ben Konaté a plaidé pour un changement de mentalité au sein des sociétés africaines.
« Nous avons besoin d’un changement de mentalité chez les jeunes Africains », a-t-il insisté, appelant à renforcer les incubateurs d’entreprises, la formation professionnelle et l’accès au financement.
Même son de cloche du côté du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Son directeur des programmes régionaux pour l’Afrique, Jide Okeke, a estimé que l’Afrique devait désormais miser sur l’innovation et la création d’entreprises capables de générer de la valeur.
« Nous devrions cesser de compter les emplois et commencer à compter les entreprises créatrices de valeur », a-t-il lancé.
Pour plusieurs participants, le dividende démographique africain ne pourra produire de résultats concrets que si les gouvernements passent des discours politiques à des actions concrètes en faveur de l’investissement, de l’industrialisation, de l’innovation et de la mobilité des jeunes sur le continent.
Source Fratmat.info
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