La guerre, sinon les guerres ne se mènent pas seulement sur les champs de bataille. Les combats sont aussi livrés sur le front médiatique afin de mobiliser l’opinion. Ainsi, pendant qu’on envoie des armes, des soldats ou qu’on bombarde, il faut aussi convaincre l’opinion. Une « conquête » qui se travaille, et les grands médias y contribuent quotidiennement.
À chaque mobilisation sociale, à chaque conflit militaire, à chaque élection, le constat ne varie pas : les grands médias prennent toujours parti en fonction de leurs intérêts. Ce qui fait que, dans un conflit ou dans une crise, la bataille ne se limite jamais au seul terrain militaire. Elle se joue aussi dans le domaine de l’information. C’est pourquoi il est de plus en plus question de guerre informationnelle.
De l’apparition de la presse moderne aux réseaux sociaux contemporains, les États, les mouvements armés et parfois des acteurs privés cherchent à influencer la perception des événements en leur faveur. Comprendre les « mécanismes de la propagande » permet de mieux saisir les difficultés auxquelles sont confrontés les reporters de guerre et, plus largement, tous ceux qui tentent de produire une information fiable dans des environnements saturés de récits concurrents.
Qu’est-ce que la propagande en temps de guerre ? Le terme propagande est souvent utilisé de manière vague, mais il désigne en réalité un ensemble de techniques destinées à influencer, voire à manipuler les opinions, à orienter les comportements ou à modeler la perception d’un conflit. La propagande peut viser plusieurs publics : la population nationale, les forces armées, les alliés, les adversaires et l’opinion internationale.
Affiches, communiqués, images, discours politiques, rumeurs, vidéos, témoignages mis en scène ou diffusion sélective d’informations exactes, mais sorties de leur contexte sont, entre autres, ses manifestations dans la réalité quotidienne. Il est important de comprendre que la propagande n’est pas toujours fondée sur le mensonge. Elle repose généralement sur le choix de ce qui est montré et de ce qui ne l’est pas.
Pourquoi l’information a-t-elle un enjeu stratégique ?
Aujourd’hui, la guerre moderne mobilise des sociétés entières. Le moral de la population, la perception de la légitimité d’un conflit, le soutien international ou encore la cohésion interne dépendent en partie de la manière dont les événements sont racontés, présentés ou ressentis. Les gouvernements ont donc compris depuis longtemps que la communication fait partie intégrante de la stratégie de défense.
Pendant la Première Guerre mondiale, les États ont mis en place des bureaux chargés de contrôler les informations publiées. Durant la Seconde Guerre mondiale, la radio est devenue un outil majeur pour mobiliser et convaincre. Aujourd’hui, les réseaux sociaux et les plateformes numériques jouent un rôle comparable, mais à une vitesse et à une échelle inédites.
L’une des méthodes les plus efficaces de propagande consiste à sélectionner certaines informations et à en ignorer d’autres. Montrer uniquement des succès militaires, insister sur les pertes adverses ou minimiser les difficultés logistiques sont des pratiques anciennes et toujours utilisées. Un conflit est rarement présenté comme une succession d’événements complexes. Il est souvent simplifié sous forme de récit : défense d’une nation, lutte contre un ennemi, protection de populations, restauration d’un ordre… Cette simplification facilite la mobilisation, mais elle peut masquer la réalité des situations locales.
En matière de communication de guerre, les images ont un pouvoir particulier, car elles produisent une impression de réalité immédiate. Une photographie ou une vidéo peut marquer durablement l’opinion, même si son contexte est mal compris. C’est pourquoi l’image est un outil central, à la fois pour les journalistes et pour les acteurs de la propagande.
La propagande à l’ère numérique
Les conflits récents ont montré à quel point la circulation de l’information a changé. Les images peuvent être diffusées en quelques minutes, parfois sans vérification. Les réseaux sociaux permettent de toucher un public mondial sans passer par le tamis de l’éthique et de la déontologie des médias traditionnels. Cette évolution a plusieurs conséquences concrètes. D’une part, il devient plus difficile de distinguer rapidement le vrai du faux. D’autre part, certains acteurs exploitent délibérément cette confusion pour semer le doute. La diffusion d’informations contradictoires peut devenir une stratégie en soi, visant notamment à désorienter l’opinion plutôt qu’à la convaincre.
Le premier rôle du journaliste dans tout contexte est de vérifier les informations. Cela implique de croiser les sources, d’identifier l’origine des images, de comparer les témoignages et d’analyser les incohérences. Ce travail est long et parfois ingrat, mais il constitue le cœur du métier. Les méthodes d’enquête ont évolué avec les outils numériques. L’analyse d’images satellites, la géolocalisation des vidéos ou l’étude des métadonnées font désormais partie des techniques utilisées par certains journalistes et chercheurs. Le rôle du journaliste consiste aussi à replacer les faits dans leur contexte : historique, géographique, politique et militaire. Sans cette contextualisation, le public risque d’interpréter des événements de manière erronée.
Dans certaines situations, il est impossible d’obtenir des informations complètes. Reconnaître ces limites fait partie de l’éthique journalistique. Indiquer ce que l’on sait, ce que l’on ne sait pas et ce qui reste incertain permet de préserver la confiance du public.
La désinformation, un danger pour les reporters eux-mêmes
La propagande ne vise pas seulement les opinions publiques. Elle peut aussi mettre en danger les journalistes. Des informations fausses sur une situation sécuritaire, la diffusion de rumeurs ou la manipulation de témoins peuvent conduire des reporters à prendre des décisions risquées. Ceux-ci doivent être néanmoins conscients du fait que les récits construits pendant une guerre peuvent influencer durablement la mémoire collective. Certaines images, certains slogans ou certains événements deviennent ainsi des symboles, parfois au détriment d’une compréhension plus nuancée des faits. Après les conflits, les historiens doivent travailler sur les archives pour distinguer les faits, les interprétations et les constructions narratives. Le travail des reporters de guerre contribue justement à constituer ces archives. Les images, les reportages et les témoignages produits sur le terrain deviennent, avec le temps, des sources précieuses pour comprendre les conflits.
D’une manière générale, le journalisme de guerre ne consiste pas seulement à raconter des événements. Il consiste aussi à naviguer dans un environnement où chaque acteur cherche à imposer sa version des faits. La propagande n’est pas un phénomène marginal ; elle est une dimension structurelle des conflits modernes. Pour le lecteur, comprendre ces mécanismes permet d’aborder l’information avec un regard plus critique et plus informé. Pour le journaliste, cela exige une discipline constante : vérifier, contextualiser et accepter que la recherche de la vérité soit souvent un travail long et incertain !
Macky Cissé Consultant indépendant en géopolitique
En savoir plus sur FASSO ACTU
Subscribe to get the latest posts sent to your email.