Alors que l’axe Bamako et Alger se trouve toujours dans une zone de turbulence, l’Algérie et le Niger se rapprochent chaque jour davantage. Pour mieux isoler notre pays, Abdelmadjid Tebboune multiplie les actes de séduction pour se rapprocher davantage du Général d’armée Abdourahamane Tiani.
Le premier ministre algérien, Sifi Ghrieb, a inauguré mercredi dernier (3 juin 2026) une centrale électrique de 40 mégawatts à Niamey, la capitale nigérienne. Dénommée « centrale électrique de solidarité algéro-nigérienne », cette centrale électrique offerte par l’Algérie au Niger « illustre l’excellence des relations de coopération et de solidarité entre les deux pays ».
Cette inauguration est une nouvelle preuve que le Niger et l’Algérie renouent progressivement leurs liens après la détérioration de leurs relations suite au coup d’État du 26 juillet 2023 au Niger. On se rappelle que l’Algérie avait alors proposé une médiation de six mois pour rétablir l’ordre constitutionnel. Une tension ravivée par les tensions lorsque, début avril 2024, Niamey a convoqué l’ambassadeur d’Algérie au ministère des Affaires étrangères pour dénoncer le caractère jugé violent des campagnes d’expulsion de milliers de migrants à la frontière entre les deux pays.
Le réchauffement diplomatique a commencé par « la visite de fraternité et de travail » effectuée à Alger (les 15 et 16 février 2026) par le Général d’Armée Abdourahamane Tiani à la tête d’une importante délégation. Il répondait ainsi à l’invitation du président Abdelmadjid Tebboune. Une visite qui a permis de « renforcer les liens de fraternité, de coopération et de bon voisinage entre les deux pays frères, dans le cadre d’une nouvelle dynamique visant à tirer le meilleur parti de leurs capacités et potentialités, au bénéfice des peuples algérien et nigérien ».
Cette visite a été suivie par la tenue de la 2e session de la Grande Commission mixte entre les deux pays à Niamey les 23 et 24 mars 2026. À cette occasion, le Niger et l’Algérie ont signé plusieurs accords, mémorandums d’entente et programmes de coopération couvrant divers secteurs. Ces accords concernent l’énergie, la santé, les travaux publics, les affaires religieuses, la jeunesse et les sports, l’enseignement supérieur et la recherche scientifique, l’industrie, les start-up et les microentreprises, l’environnement, les laboratoires… Ils portent également sur le pétrole, la communication et le commerce. Cet événement a ouvert la voie à une nouvelle étape de partenariat stratégique entre les deux pays, traduisant la volonté de concrétiser les initiatives politiques en projets au profit des deux peuples.
L’axe Alger-Niamey se renforce-t-il aux dépens de Bamako ?
Reçu en audience mercredi dernier (après l’inauguration de la centrale électrique) par le chef de l’État nigérien, Sifi Ghrieb a réaffirmé l’engagement de l’Algérie à accompagner le Niger dans ses efforts de développement, en particulier dans les secteurs prioritaires tels que l’énergie, les hydrocarbures, les infrastructures, la santé, la formation, l’enseignement supérieur, la numérisation et les transports. Il a également insisté sur la nécessité de poursuivre la mise en œuvre des projets structurants régionaux, dans une logique de développement partagé et d’intégration économique.
Comme on peut le constater, alors que l’axe Bamako-Alger ne cesse de se détériorer, l’Algérie se rapproche davantage du Niger en faisant preuve de pragmatisme. Le Niger formant la Confédération des États du Sahel (AES) avec le Mali et le Burkina Faso, Niamey devait-elle continuer à bouder Alger et à cracher sur les projets alléchants proposés par solidarité avec Bamako ? Il est important de signaler que dans une confédération, les pays ne sont pas obligés de suivre le choix d’un ou des autres dans certains domaines.
En effet, dans une confédération, soulignent des experts, les États membres conservent l’intégralité de leur souveraineté et le « pouvoir suprême ». Ils délèguent uniquement des compétences strictement limitées à une structure centrale commune. Les États confédérés conservent ainsi « la plénitude de leurs pouvoirs » dans les domaines régaliens et fondamentaux comme la défense et l’armée, le pouvoir constituant et la Constitution, la fiscalité et la monnaie, la police et la justice, le droit international et la diplomatie. « Dans une confédération, les États gardent leur propre personnalité juridique internationale. Ils peuvent signer des traités, nouer des alliances, échanger des ambassadeurs et déclarer la guerre », précise un expert. Il précise que la structure centrale dépend entièrement de la volonté des États souverains, qui disposent généralement d’un droit de sécession (droit de quitter l’union) et exigent souvent l’unanimité pour prendre des décisions clés.
En tout cas, tout laisse croire que le Niger refuse de livrer à l’Algérie une « guerre par procuration » en soutien au Mali et aux dépens de ses intérêts. En diplomatie, l’ennemi de mon ami n’est pas forcément mon ennemi. Chaque État défend et protège ses intérêts.
Le moins qu’on puisse dire c’est que le président algérien ne digère plus le froid avec Bamako. Son offensive vers le Niger cache mal sa hargne et son besoin de renouer avec le Mali. Or, les autorités décomplexées du Mali ont rompu avec les vieilles méthodes du passé : elles ont des cartes à jouer dans l’arène géopolitique sahélienne. Le tout au nom de la sécurité et la stabilité du Mali.
Hamady Tamba
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