Malgré « un cadre juridique théoriquement très complet » et la ratification de plusieurs traités internationaux, la protection de l’Enfant est loin d’être un acquis au Mali. Et cela d’autant plus que l’application concrète des textes sur le terrain se heurte souvent à des pesanteurs socioculturelles. Au même moment, les enfants sont battus, torturés, humiliés et parfois victimes d’actes d’une violence insoutenable. Pour la présidente de l’Association Solidaris223, Mme Dicko Aminata Agaly Dicko dite Amina, il est temps d’agir efficacement. Elle a manifesté sa préoccupation dans un coup de gueule qui interpelle tous les acteurs impliqués dans la protection de l’Enfant au Mali.
« Les enfants du Mali ne peuvent plus attendre » ! C’est ce qu’a écrit, entre amertume et dépit, Mme Dicko Aminata Agaly Dicko dite Amina, présidente de l’Association Solidaris223, dans un cri de cœur publié jeudi dernier (9 juillet 2026) sur les réseaux sociaux. « À quoi sert de parler de leur protection si nous abandonnons les enfants lorsqu’ils ont le plus besoin de nous » ?, s’est-elle interrogée. Interrogation pertinente et pour qui sait que, a-t-elle rappelé, « au Mali, des enfants sont battus, torturés, humiliés et parfois victimes d’actes d’une violence insoutenable. Les images circulent, l’indignation enfle, les communiqués se multiplient… puis plus rien ».
Pour mettre fin à cette impunité, la présidente de l’Association Solidaris223 interpelle les organisations de protection de l’enfance, les autorités compétentes et tous les acteurs concernés. « Notre rôle ne se limite pas à organiser des ateliers, des formations ou à représenter le Mali dans des rencontres internationales sur les droits de l’Enfant. Notre crédibilité se mesure à notre capacité à agir lorsque la vie et la dignité d’un enfant sont en danger », a souligné Mme Dicko. Elle trouve « révoltant de constater que, bien souvent, ce sont des citoyens et des activistes, parfois installés hors du Mali, qui se mobilisent pour retrouver ces enfants, les faire soigner, les mettre en sécurité et leur redonner une chance de vivre ».
Le hic, a déploré Mme Dicko Aminata Agaly Dicko dite Amina, « pendant que nous débattons, des enfants continuent d’être martyrisés dans le silence », faisant de la revendication des droits de l’enfant de « simples slogans » au lieu d’une « responsabilité ». Et « cette responsabilité exige des interventions rapides, une assistance juridique, une prise en charge médicale, un accompagnement psychosocial et des poursuites contre les auteurs de ces violences », a rappelé la présidente de Solidaris223.
« Assez des discours. Assez des condamnations de circonstance. Chaque enfant maltraité est un appel à agir. Et notre silence ou notre inaction nous rendent collectivement responsables », a martelé Aminata dans sa publication. Pour cette dame engagée pour les nobles causes (enfance en difficulté, les familles dans la misère, les violences basées sur le genre, la drogue en milieu chez les jeunes…). C’est pourquoi elle a rappelé à toutes et à tous : « Il est temps de passer des conférences aux interventions de terrain, des déclarations aux actions, des promesses aux résultats ».
Un arsenal juridique inefficace car non appliqué pour diverses raisons
Il faut rappeler que l’arsenal juridique malien de protection de l’enfance repose principalement sur le Code de protection de l’enfant, le Code des personnes et de la famille et des engagements internationaux comme la Convention relative aux droits de l’Enfant. Le système juridique définit l’enfant comme toute personne âgée de moins de 18 ans. En vigueur depuis 2002, le Code de protection de l’Enfant réunit les règles fondamentales garantissant le développement de l’enfant (santé, éducation…) et son insertion sociale, tout en intégrant des dispositions relatives à la justice pour mineurs. Quant au Code des personnes et de la famille, il règle les questions d’état civil, de filiation, de mariage et de tutelle, en fixant notamment l’âge minimum du mariage.
Par ailleurs, notre pays a mis en place des juridictions spécialisées pour garantir les droits des mineurs en conflit avec la loi ou en danger. Il s’agit notamment du juge des enfants, du tribunal pour enfants, de la Chambre spéciale des mineurs (cour d’appel)… Ces instances placent l’intérêt supérieur de l’enfant « au centre de toutes les décisions ». Les enfants impliqués dans des conflits armés ou des infractions terroristes sont reconnus comme des victimes et pris en charge par les services sociaux.
Pour ce qui est des engagements internationaux, le Mali a ratifié de nombreux traités internationaux, dont la Convention relative aux droits de l’enfant (CDE), qui l’oblige à protéger les mineurs contre toute forme de violence, d’exploitation et de négligence. Au niveau régional et sous-régional, la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant complète cet arsenal. Toutefois, malgré « un cadre juridique théoriquement très complet », l’application concrète des textes sur le terrain se heurte souvent à des pesanteurs socioculturelles. Pour des observateurs, « des problématiques telles que le travail des enfants, les enfants en situation de rue et la mendicité nécessitent encore une mobilisation institutionnelle et communautaire renforcée ». Un combat que mènent aujourd’hui plusieurs organisations de la société civile comme l’Association Solidaris223 de Dicko Aminata Agaly Dicko.
Moussa Bolly
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