Aussitôt après avoir pris les rênes de la CEDEAO, le 19 juillet 2026, à l’occasion du 59ème sommet des chefs d’État et de gouvernement de Lungi en Sierra Leone, pour un mandat d’un an, le président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, a enchaîné sur une visite éclair au Mali, chez son homologue le général Assimi Goïta.
Si dans le contexte actuel qui prévaut au niveau de la CEDEAO, avec le départ acté des pays de l’AES, cela peut paraitre normal aux yeux de certains, que le nouveau président en exercice veuille sans tarder, renouer les fils du dialogue, pour d’autres il faut peut-être y voir une approche diplomatique à double détente : bilatérale et multilatérale.
Autrement dit, en usant de sa casquette de la CEDEAO, il est bien dans son rôle, qui lui donne les coudées franches cette fois-ci, car rappelons-le, il avait été désigné par ses pairs (en même temps que le président Faure Gnassingbé), le 7 juillet 2024 lors du 65e sommet de l’organisation à Abuja, comme facilitateur dans la crise entre la CEDEAO et les pays de l’AES.
Mais l’absence de membres de la CEDEAO dans la délégation présidentielle donne une autre lecture, qui, il est vrai, renvoie au caractère strictement bilatéral qualifié de « visite de travail et d’amitié », même si les questions régionales concernant la sécurité et les échanges de marchandises étaient au menu, et pour cause, le contexte oblige.
En effet, même si officiellement il n’y a pas eu de communiqué final rendu public à l’issue de la visite, faisant état d’accords ou de décisions sur les points de discussion, il n’y a qu’à la lumière des déclarations du président sénégalais que les questions centrales à l’ordre du jour étaient surtout bilatérales et ont comporté un engagement du président sénégalais à accompagner le Mali dans l’épreuve. Cela peut se comprendre dès lors que la CEDEAO elle-même a désigné un médiateur sur la crise entre la CEDEAO et l’AES en la personne de M. Lassana Kouyaté, dont le mandat a été renouvelé le 19 juillet dernier lors du sommet de Freetown.
Le timing choisi pour cette visite incline à une lecture plus bilatérale que multilatérale, même s’il est difficile de dissocier les deux dans le contexte actuel. Du coup, le président Diomaye Faye vient de réussir à faire d’une pierre deux coups et c’est un bon point pour un début de mandat à la CEDEAO.
Le versant bilatéral de cette visite de 24h du président sénégalais, la deuxième depuis son accession à la magistrature suprême, révèle, quant à lui, le niveau d’urgence qu’il y a à donner un nouveau souffle aux relations avec le voisin malien, et à la préservation des intérêts sécuritaires et économiques hautement stratégiques pour le Sénégal lui-même. Ainsi, avec près de 480 km de frontières entre les deux pays, et un volume des exportations en baisse à cause de l’insécurité persistante sur le corridor Dakar-Bamako, le besoin de relancer les échanges avec le premier client du Sénégal en Afrique fait sens.
Les évènements récurrents à la frontière, notamment le blocage des camions sénégalais de marchandises et d’hydrocarbures, destinés à approvisionner le territoire malien, par les djihadistes, ont remis au goût du jour l’impératif sécuritaire sur le corridor sénégalo-malien.
Il est évident que le dispositif mis en place par les pays de l’AES pour assurer leur sécurité collective et la mutualisation de leurs forces sera un intrant dans les engagements que le Sénégal a pris de soutenir le Mali. Sous quelle forme et de quelle manière ? En l’absence d’un communiqué officiel de la partie malienne, tout laisse croire aujourd’hui que les discussions se poursuivent et qu’on en saura quelque chose dans les prochaines semaines.
Source : AllAfrica
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