La salle d’audience de la Cour d’appel de Bamako retrouve, ce lundi 23 mars, un dossier que beaucoup pensaient déjà à l’étape du verdict. Le procès dit « Paramount–Embraer », suspendu au moment même où la décision devait tomber, revient devant les juges après plus d’un mois de flottement judiciaire.
Le 6 février dernier, la chambre criminelle spécialisée du Pôle national économique et financier avait surpris en ordonnant un rabat du délibéré. Motif avancé : des zones d’ombre persistantes nécessitant un complément d’informations. Une décision rare à ce stade, qui traduisait surtout l’embarras de la Cour face à un dossier dense, technique, et politiquement sensible.
Ce lundi, les débats reprennent donc là où ils s’étaient brusquement arrêtés, mais avec un angle plus précis. Les juges entendent désormais creuser la question de l’exécution du budget militaire lié à la Loi d’orientation et de programmation militaire. À la barre, un témoin clé est attendu : le Contrôleur général des services publics, appelé à éclairer les flux financiers et les conditions d’engagement des fonds dans les contrats incriminés.
Autre exigence formulée par la Cour : obtenir des sociétés Paramount et Embraer un état détaillé des éléments contractuels discutés en 2015. Derrière cette demande, une réalité simple : les magistrats cherchent à reconstituer, pièce par pièce, la mécanique de deux marchés publics dont la complexité a jusqu’ici brouillé la lecture judiciaire.
Ces contrats, signés avec une entreprise sud-africaine pour Paramount et une autre brésilienne pour Embraer, portaient sur la fourniture de matériels militaires. Sur le papier, des accords stratégiques. Dans le box des accusés, ils deviennent le cœur d’un dossier pénal où s’entremêlent soupçons de faux, d’usage de faux, d’atteinte aux biens publics et de blanchiment.
Face au ministère public, dix-huit personnes, dont l’ancien Premier ministre Boubou Cissé. Tous contestent les faits qui leur sont reprochés. Une ligne de défense maintenue sans variation notable depuis l’ouverture du procès en décembre.
En face, l’accusation n’a pas lésiné. Les réquisitions vont de dix ans d’emprisonnement à la réclusion criminelle à perpétuité. Un éventail de peines qui reflète la gravité des charges retenues, mais aussi l’enjeu symbolique du dossier dans un contexte où la gestion des fonds publics reste sous surveillance accrue.
Le volet financier, lui, donne le vertige. Le Contentieux de l’État évalue son préjudice à plus de 18 milliards de francs CFA : environ 11 milliards pour le contrat Paramount, 7,4 milliards pour celui d’Embraer. À cela s’ajoutent 15 milliards de francs CFA réclamés au titre des dommages et intérêts par la partie civile.
Reste une question, désormais centrale : les nouvelles auditions et les documents attendus suffiront-ils à lever les doutes qui avaient conduit au rabat du délibéré ? Rien n’est moins sûr. Car derrière les chiffres et les procédures, c’est la capacité de la justice à trancher un dossier mêlant intérêts publics, contrats internationaux et responsabilités politiques qui est scrutée.
La reprise des débats ne marque donc pas simplement une étape supplémentaire. Elle remet sous tension un procès où chaque détail compte et où la moindre imprécision peut retarder encore une décision que beaucoup attendent, mais que la Cour refuse visiblement de rendre à la légère.
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