À la veille du renouvellement du bureau de la Fédération malienne de hippisme et des sports équestres, le bilan publié sous la présidence de Mohamed Haïdara appelle davantage de questions qu’il n’apporte de réponses.
Présenté comme « élogieux » et « sans contestation » par l’intéressé lui-même, le document énumère des réalisations, des compétitions et des partenariats, mais reste largement silencieux sur les chiffres, les procédures de gestion et l’état réel de la gouvernance fédérale.
Depuis le 14 décembre 2014, soit près de douze années de présidence, les acteurs du monde équestre sont en droit d’attendre autre chose qu’une succession d’annonces générales et de formules de communication. Un bilan fédéral ne peut se limiter à attribuer toutes les avancées au président sortant. Il doit permettre de mesurer, année après année, les ressources mobilisées, les dépenses engagées, les résultats obtenus et la participation effective des structures affiliées.
Des chiffres soigneusement absents
La subvention annuelle du PMU-Mali aurait, quant à elle, augmenté de 10 à 60 millions de francs CFA. Sur une période aussi longue, cette évolution représente des ressources considérables pour une discipline qui revendique un rôle majeur dans le paysage sportif national.
Pourtant, le bilan ne présente aucun tableau financier, aucun compte d’exploitation, aucun état des recettes et dépenses, ni aucune ventilation des crédits entre les courses, les ligues, les déplacements, la formation, les primes et le fonctionnement administratif.
Une question centrale demeure donc sans réponse : combien la fédération a-t-elle réellement reçu et dépensé depuis 2014 ?
Le bilan affirme également que les subventions accordées aux ligues ont « augmenté considérablement ». Mais de combien ? Quelles ligues ont bénéficié de ces fonds ? À quelles dates ? Selon quels critères ? Une formule générale ne saurait remplacer un état financier détaillé.
Des missions à l’étranger sans reddition de comptes
Le document met en avant une longue liste de participations internationales : Grand Prix de la CEDEAO en Côte d’Ivoire, compétitions au Sénégal et au Burkina Faso, Grands Prix au Maroc, salons du cheval et formations de jockeys.
Ces déplacements peuvent contribuer au rayonnement de l’hippisme malien, mais ils ont nécessairement un coût.
Dès lors, les acteurs sont fondés à demander :
- Quel montant total a été consacré aux missions internationales depuis 2014 ?
- Combien ont coûté les billets d’avion, l’hébergement, la restauration, les transports et les frais de représentation ?
- Qui composait les délégations et selon quels critères les participants étaient-ils désignés ?
- Quelle part de ces dépenses a été prise en charge par le PMU-Mali, la fédération ou d’autres partenaires ?
- Le président a-t-il perçu des indemnités ou des frais de mission lorsqu’il voyageait au nom de la fédération ? Si oui, combien a-t-il reçu au total et sur quelle base réglementaire ?
- Combien de rapports de mission ont été déposés et présentés au bureau fédéral ?
Ces interrogations ne constituent pas une accusation. Elles relèvent du fonctionnement normal d’une organisation financée par des subventions, des partenariats et des ressources liées à une activité sportive d’intérêt public.
Toute mission financée sur les ressources fédérales devrait donner lieu à un ordre de mission, un budget prévisionnel, des justificatifs et un rapport de retour.
Or, le bilan publié ne fournit aucun de ces éléments. Il s’arrête aux résultats sportifs et aux photographies institutionnelles, sans expliquer le coût de la diplomatie sportive qu’il revendique.
Un président ou une fédération ?
L’une des principales faiblesses du document tient à la personnalisation du bilan. Les formulations utilisées associent presque systématiquement les réalisations au seul président : « grâce au dynamisme du Président Mohamed Haïdara », « sous Mohamed », « Mohamed Haïdara a dit », « Mohamed Haïdara l’a fait ».
Cette présentation soulève une question institutionnelle : s’agit-il du bilan d’une fédération ou de la promotion personnelle d’un dirigeant ?
Une fédération est une structure collective. Elle fonctionne à travers un bureau, des commissions, des ligues, des clubs, des entraîneurs, des jockeys, des propriétaires, des éleveurs et des partenaires. Si des résultats ont été obtenus, ils doivent être attribués à l’ensemble de cette chaîne, et non à une seule personne.
Au-delà de ce bilan, qui semble contraster avec le sentiment exprimé par certains acteurs du champ hippique, le président sortant devrait également préciser sa contribution personnelle au développement de la discipline.
A-t-il financé l’achat ou l’entretien de chevaux ? Dispose-t-il de chevaux de course engagés dans les compétitions fédérales ?
Ces questions méritent d’être clarifiées afin de prévenir tout risque de conflit d’intérêts et de garantir une gouvernance transparente de la discipline.
Le mur de clôture ne suffit pas
La sécurisation du champ hippique constitue sans doute une réalisation importante, notamment avec l’appui du département chargé des Sports. Mais elle ne peut, à elle seule, résumer douze années de mandat.
Le développement d’une discipline suppose également :
- des investissements dans le volet sportif ;
- un système transparent d’homologation des courses ;
- des règlements accessibles aux clubs et aux ligues ;
- une formation continue des jockeys, entraîneurs et commissaires ;
- un dispositif de suivi sanitaire et vétérinaire des chevaux ;
- une politique de détection des jeunes talents ;
- la modernisation des pistes et des infrastructures ;
- une comptabilité régulièrement contrôlée ;
- une représentation équilibrée des différentes régions ;
- une procédure claire de règlement des différends.
Le bilan affirme que le nombre de courses et de catégories a progressé, tout comme les primes. Mais il ne fournit aucune série statistique permettant de comparer les différentes saisons.
Combien de courses ont été organisées chaque année ? Combien de chevaux et de jockeys ont été licenciés ? Combien d’incidents ont été enregistrés ? Quelle a été l’évolution des recettes issues des partenariats ? Quelle proportion des ressources a réellement bénéficié aux ligues et aux clubs ?
Sans ces indicateurs, il est difficile de mesurer objectivement l’évolution de la discipline et de distinguer une croissance durable d’une simple accumulation d’annonces.
Le bureau sortant doit rendre des comptes
Le renouvellement d’un bureau fédéral ne devrait être ni une simple formalité électorale ni un affrontement de slogans. Il devrait être l’occasion d’un débat sur la gouvernance et la cohésion interne.
Le président qui revendique sa capacité à rassembler la famille de l’hippisme doit répondre à une question essentielle : a-t-il réussi à rassembler son propre bureau ?
Selon des sources concordantes, des divergences importantes seraient apparues au sein de l’instance dirigeante, certains membres ne participant plus régulièrement aux réunions. Si cette situation est avérée, le bureau sortant devrait en expliquer les causes et les conséquences sur le fonctionnement de l’institution.
Combien de réunions statutaires ont été tenues depuis le début du mandat ? Combien de membres y ont effectivement participé, en dehors des membres régulièrement excusés ? Quelles relations la fédération entretient-elle avec les ligues ?
Quelles relations avec les ligues ?
Le bilan affirme que les subventions allouées aux ligues ont augmenté, sans préciser les montants ni les bénéficiaires. Cette omission appelle des éclaircissements, car les ligues constituent le relais essentiel entre la fédération et les acteurs de terrain.
Les responsables des ligues attendent des réponses sur plusieurs points : les subventions ont-elles été versées régulièrement ? Les montants ont-ils été identiques pour toutes les ligues ou adaptés à leurs activités ? Les ligues ont-elles effectivement reçu les ressources annoncées ? La fédération a-t-elle effectué des missions de contrôle sur le terrain ? Les différends entre la direction fédérale et certaines ligues ont-ils été documentés et traités conformément aux statuts ?
La centralisation des décisions autour de la présidence ne peut remplacer le dialogue institutionnel. Une fédération forte ne se mesure pas seulement à sa visibilité internationale, mais aussi à la confiance qu’elle inspire à ses structures de base.
Les réponses attendues
Le bilan publié comporte des éléments positifs : la participation à des compétitions internationales, l’augmentation annoncée de certaines primes, la présence de partenaires ainsi que les performances de chevaux et de jockeys maliens.
Mais ces acquis ne dispensent pas les dirigeants de fournir des comptes précis.
À la veille du renouvellement du bureau, les acteurs ne demandent pas nécessairement l’annulation des réalisations revendiquées. Ils demandent à pouvoir les vérifier. Ils souhaitent connaître le montant total des ressources mobilisées, la destination des fonds, le coût des missions, les indemnités éventuellement perçues, le nombre de rapports produits et l’état réel du fonctionnement du bureau.
Ils veulent également savoir si les slogans de rassemblement correspondent à une réalité interne, si les ligues sont réellement soutenues et si les décisions sont prises dans le respect des textes.
Le prochain débat fédéral ne devrait donc pas opposer simplement ceux qui soutiennent Mohamed Haïdara à ceux qui le contestent. Il devrait porter sur une exigence plus fondamentale : passer d’un bilan déclaratif à un bilan vérifiable.
Car, dans une organisation sportive, dire « j’ai fait » ne suffit pas. Il faut aussi pouvoir démontrer combien, comment, avec qui et au bénéfice de qui.
M. S.
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