Plus de six ans et demi après Covid-19, avec son lourd bilan de 20 millions de décès supplémentaires et de 10.000 milliards de dollars de dégâts causés à l’économie mondiale, le monde semble avoir tiré des enseignements douloureux d’une crise sanitaire inédite qui a ébranlé l’ensemble de la planète. Mais si beaucoup de progrès ont été réalisés pour améliorer la riposte, des angles morts subsistent.
Alors que se pose la question si le monde était aujourd’hui mieux armé contre une future pandémie, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) reconnaît qu’à bien des égards, “le monde est mieux préparé, car des mesures concrètes et significatives ont été prises pour renforcer la préparation face aux pandémies”. L’agence onusienne relève, cependant, que les progrès accomplis “restent fragiles et inégaux, et davantage doit encore être fait pour protéger l’humanité”.
-L’Accord contre les pandémies, un jalon phare
Le progrès le plus remarquable a sans doute été l’adoption d’un Accord mondial sur les pandémies, lors de l’Assemblée mondiale de la Santé de mai 2025 à Genève. Cet instrument international juridiquement contraignant est conçu pour rendre le monde plus sûr et plus équitable face aux futures pandémies.
Il vise notamment à renforcer la surveillance des maladies, les systèmes de santé, la production locale de vaccins et de médicaments, la coopération scientifique et le financement de la préparation aux pandémies.
Mais son entrée en vigueur dépend encore de l’adoption de son annexe sur l’accès aux agents pathogènes et le partage des avantages (PABS), en cours de négociation, puis des ratifications nécessaires.
Parmi les autres progrès réalisés, il y a lieu de citer l’adoption, en 2024, des amendements au Règlement sanitaire international (RSI) et leur entrée en vigueur en septembre 2025. Ceux-ci introduisent notamment un nouveau niveau d’alerte mondial, “l’urgence due à une pandémie”, afin de renforcer la collaboration internationale lorsqu’un risque pour la santé dépasse le cadre d’une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI) et peut provoquer, ou a déjà provoqué, une pandémie qui a un impact sur l’ensemble du système de santé et perturbe les sociétés.
Ces amendements prévoient également la création par les gouvernements d’autorités nationales compétentes en matière de RSI chargées de coordonner la mise en œuvre du Règlement, et comprennent des dispositions visant à renforcer l’accès aux produits médicaux et au financement sur des critères d’équité et de solidarité.
-Des capacités renforcés et des réflexes rôdés
Par ailleurs, l’OMS dispose d’un cadre permettant désormais de mesurer plus systématiquement la préparation aux pandémies respiratoires, notamment en matière de surveillance, de coordination d’urgence, de protection des populations, de soins et d’accès aux contre-mesures médicales.
Sur le terrain, la pandémie de Covid-19 a laissé des outils et des réflexes rôdés qui ont depuis été réutilisés lors d’autres crises sanitaires. Les flambées récentes d’Ebola, de Mpox, de Marburg et même l’épisode de Hantavirus ont montré l’efficacité des réseaux de surveillance, du renforcement des capacités de diagnostic et de séquençage ainsi que du développement des mécanismes de coordination.
Mais les résultats ont été variables selon les maladies et les capacités des pays concernés.
-Des fragilités et inégalités qui risquent de freiner l’élan mondial
Si au niveau des instances multilatérales, la mobilisation bat son plein, la réalité est autre aux niveaux nationaux. Pas tous les pays semblent être préparés et les faiblesses structurelles demeurent importantes, comme le suggère le Global Health Security Index.
Cet Index, qui évalue les capacités de 195 pays, pointe des lacunes dans les capacités hospitalières, les stocks de matériel médical et la capacité à déployer rapidement des moyens de santé publique.
Le financement constitue également un point critique. Le Fonds pour les pandémies a déjà consacré des centaines de millions de dollars au renforcement de la surveillance, des laboratoires et des personnels de santé dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, mais la demande de financement reste supérieure aux ressources disponibles. L’OMS elle-même alertait en 2025 sur une crise de financement susceptible de fragiliser ses capacités d’intervention d’urgence.
Outre les lacunes inhérentes au secteur de la santé, les progrès en matière de capacité de riposte risquent d’être neutralisés par d’autres facteurs. Le Conseil mondial de suivi de la préparation (GPMB) cite ainsi la fragmentation géopolitique, les perturbations écologiques, l’intensification des déplacements internationaux et la baisse de l’aide au développement, retombée à son plus bas niveau depuis 2009.
Dans un rapport publié en mai, cette instance indépendante créée par l’OMS et la Banque mondiale, conclut que le monde n’est “pas plus sûr face aux pandémies”, estimant que les risques progressent plus vite que les investissements destinés à y faire face et que le monde régresse sur des indicateurs clés comme l’accès équitable aux diagnostics, vaccins et traitements.
Alors que les priorités changent et que les financements se détournent de la santé au profit de la défense et de la sécurité nationale, les pays semblent avoir perdu de vue les objectifs fixés au sortir de la pandémie, oubliant que les virus et les agents pathogènes ne connaissent pas de frontières et qu’”aucun pays ne peut se protéger seul” face à une menace sanitaire mondiale, comme l’a souligné récemment le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres.
L’heure est donc toujours à la mobilisation. Il n’y a pas lieu de baisser les bras avant que les leçons tirées de la pandémie soient traduites en préparation durable !
Source : Libération
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