Face à l’ampleur de la crise scolaire, le Mali ne reste pas sans arme juridique. Endossée le 1ᵉʳ février 2018, la Déclaration sur les Écoles Sécurisées (Safe Schools Declaration) constitue le principal cadre d’engagement politique pour le pays afin de soustraire le système éducatif aux dynamiques de la guerre. Il s’agit d’un accord international par lequel les États s’engagent à adopter des mesures concrètes pour prévenir les attaques contre les infrastructures scolaires, protéger les élèves et le personnel, et garantir la continuité des cours même en période de conflit armé.
L’un de ses points cardinaux est le respect des Lignes directrices de l’ONU, qui interdisent fermement l’utilisation des bâtiments scolaires à des fins militaires (bases, centres de détention, dépôts d’armes) par les forces armées ou les groupes rebelles ou terroristes. Pour transformer cet engagement politique en réalités opérationnelles, les autorités maliennes ont mis en place dès 2019 un Comité national de suivi de l’opérationnalisation (CTS-DSE). Ce cadre réunit neuf ministères, l’UNICEF, des organisations de la société civile et des ONG internationales comme Save the Children ou Plan International.
Sur le terrain, cette feuille de route s’est matérialisée par plusieurs actions majeures comme sa territorialisation et sa traduction. Ainsi, afin que les communautés s’approprient cet engagement, la Déclaration a été officiellement traduite dans les langues nationales majeures du pays, notamment le bambara, le fulfuldé, le sonrhaï et le tamasheq.
Des ateliers de sensibilisation sont également régulièrement organisés dans les zones de haute insécurité, comme à Mopti, pour former les leaders d’opinion, les directeurs d’écoles et les forces de sécurité aux protocoles de protection. L’élaboration et l’adoption d’une loi nationale contraignante est sans doute le grand chantier actuel du CTS-DSE. Alors que la déclaration internationale reste un engagement politique non contraignant sur le plan juridique, les autorités maliennes travaillent activement à l’accélération et à la finalisation d’un projet de loi national sur la sécurité dans les écoles. Ce texte législatif permettra de criminaliser formellement devant les tribunaux maliens toute attaque ou occupation d’un espace d’apprentissage.
En ancrant la Déclaration sur les Écoles Sécurisées dans son droit national, le Mali a clairement affiché son ambition de faire de chaque salle de classe une zone de paix inviolable, sanctuarisant ainsi la dignité et l’avenir de sa jeunesse.
M.B
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