Sénégal : l’influenceur Keylor jugé pour incitation à la haine raciale

Le procès de l’influenceur sénégalais Keylor s’ouvre ce mercredi 4 novembre 2026 devant le tribunal de Dakar. Suivi par plus d’un million d’abonnés sur TikTok et affilié au parti Les Nationalistes, il est poursuivi pour incitation à la haine raciale à la suite d’une vidéo devenue virale, dans laquelle il accusait des commerçants guinéens installés au Sénégal d’organiser un boycott de produits nationaux.

L’affaire remonte au 12 août 2026, date de publication de la vidéo incriminée. Dans cette séquence, l’influenceur avait filmé, à leur insu, des commerçants et leurs marchandises. Il affirmait avoir découvert un système visant à privilégier des produits importés, notamment du sucre, ainsi que des bouteilles d’eau qu’il présentait comme étant fabriquées clandestinement par des ressortissants guinéens.

Ces accusations ont été contestées par des boutiquiers à Dakar. La diffusion de la vidéo a toutefois provoqué une vague de commentaires hostiles sur les réseaux sociaux, accompagnée, selon les informations rapportées, d’intimidations visant certains commerçants.

Face à cette situation, la Fédération nationale des boutiquiers pour la modernisation (FNBM), par l’intermédiaire de son président, Elhadji Boubacar Ba, a déposé une plainte le 28 août. La procédure vise notamment des faits de propagation de fausses nouvelles et d’incitation à la haine.

Placée en détention provisoire depuis le 23 octobre, Keylor bénéficie du soutien d’une partie des internautes, qui le présentent comme un patriote et un lanceur d’alerte. Ces derniers réclament sa libération, alors que son passage devant la justice suscite de nombreux débats sur les réseaux sociaux.

Ce procès intervient dans un contexte marqué par la montée de discours hostiles à l’égard de ressortissants de pays de la sous-région. Le Premier ministre sénégalais avait lui-même condamné ces dérives le 8 septembre, lors de sa déclaration de politique générale devant l’Assemblée nationale.

Au-delà du cas de l’influenceur, l’audience de Dakar remet au centre du débat la responsabilité des personnalités suivies sur les réseaux sociaux dans la diffusion de leurs accusations, ainsi que les limites entre liberté d’expression, dénonciation publique et incitation à la haine.

La décision du tribunal sera particulièrement suivie, tant par les soutiens de Keylor que par les organisations représentant les commerçants et les acteurs de la société civile.

Sory Diakité


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