Ce n’est pas passé inaperçu. Depuis quelques jours, sur plusieurs axes du pays, les tarifs de transport ont grimpé sans préavis clair. Bamako–Sikasso, Kayes–Bamako, Ségou–Mopti… sur certains tronçons, des passagers parlent d’augmentations allant bien au-delà de ce que la hausse du carburant pourrait justifier. Des écarts parfois brutaux, appliqués du jour au lendemain, sans discussion préalable.
Face à cette situation, le Ministère des Transports et des Infrastructures du Mali a décidé de réagir publiquement. Dans un communiqué diffusé ce 1er avril 2026, le département dirigé par Mme Dembélé Madina Sissoko pointe clairement des hausses jugées « non proportionnelles » à l’augmentation des prix des produits pétroliers intervenue le 28 mars.
En clair, tout n’est pas lié au carburant. Et c’est bien là que le bât blesse.
Car dans le secteur du transport routier, il existe un cadre. Un mécanisme précis, censé encadrer toute révision des tarifs. Pas une formalité administrative, mais un processus qui implique plusieurs acteurs : représentants de l’État, syndicats de transporteurs, organisations professionnelles. L’idée est simple, éviter les décisions unilatérales qui pénalisent directement les usagers.
Or, sur le terrain, ce cadre semble avoir été contourné.
Des responsables de gares routières évoquent des « ajustements internes » décidés par certaines compagnies, souvent justifiés par des charges multiples : carburant, entretien des véhicules, tracasseries sur les routes. Mais du côté des passagers, le ressenti est tout autre. « On ne comprend pas sur quelle base les prix changent », confie un voyageur croisé à Sogoniko, billet en main, surpris par le nouveau tarif affiché quelques minutes avant le départ.
Le ministère, lui, renvoie aux conclusions d’une réunion élargie du Conseil national de Transport public de passagers tenue le même jour. Un cadre où les règles ont été rappelées noir sur blanc : aucune augmentation ne doit intervenir en dehors de la concertation prévue.
Le ton reste mesuré, mais le message est ferme. Les opérateurs sont invités à revenir dans les clous, sans quoi la situation pourrait se tendre davantage. Derrière cet appel, il y a aussi une crainte : celle de voir une spirale inflationniste s’installer, avec des répercussions directes sur le coût de la vie.
Car le transport interurbain, au Mali, ne concerne pas que les voyageurs. Il structure aussi l’acheminement de marchandises, l’approvisionnement des marchés, les déplacements quotidiens entre régions. Une hausse mal encadrée finit toujours par se répercuter ailleurs.
Dans son communiqué, le ministère en appelle au « sens civique » des sociétés de transport. Une formule classique, mais qui, dans le contexte actuel, sonne comme un avertissement à peine voilé.
Reste à voir si cet appel sera suivi d’effets. Sur les quais des gares routières, ce sont les prochains jours qui diront si les tarifs redescendent… ou s’installent durablement à ce nouveau niveau.
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