Sécurité alimentaire : entre résultats agricoles et pression sociale, le Mali ajuste sa réponse

La 22e session ordinaire du Conseil national de sécurité alimentaire s’est tenue ce lundi 23 mars 2026 à Bamako, sous la présidence du Premier ministre, Abdoulaye Maïga. Autour de la table : plusieurs membres du gouvernement, le commissaire à la sécurité alimentaire Redouwane Ag Mohamed Ali, ainsi que les gouverneurs de région. L’objectif était double : faire le point sur le plan de réponse précédent et valider celui de 2026, dans un contexte où les indicateurs agricoles et les réalités sociales ne racontent pas toujours la même histoire.

Les données présentées pour 2025 donnent pourtant matière à satisfaction. La production céréalière est estimée à 11 452 000 tonnes. Un niveau atteint malgré un début de campagne compliqué, insécurité dans certaines zones, difficultés d’accès aux intrants. C’est la pluviométrie, jugée globalement favorable, qui a permis de rattraper une partie du retard.

Mais ce volume ne règle pas tout. Une fois les récoltes faites, la question devient logistique et commerciale. Où vont ces céréales ? À quel prix ? Qui y a accès ? Le Premier ministre a insisté sur la nécessité de limiter certaines sorties du territoire et de mieux approvisionner les marchés locaux. L’enjeu est simple : éviter que les stocks existent sur le papier mais restent inaccessibles pour une partie de la population au moment critique de la soudure.

Le plan de réponse 2026 s’organise autour de cette réalité. Première mesure concrète : une distribution d’urgence de 20 000 tonnes de céréales. Elle doit couvrir plus de 1,5 million de personnes identifiées comme vulnérables. En parallèle, le dispositif de vente à prix subventionné sera élargi. En pratique, 5 000 ménages urbains supplémentaires seront ciblés, notamment à Bamako, Ségou et Sikasso, où la hausse des prix pèse directement sur le pouvoir d’achat.

Autre levier : le soutien aux activités agro-sylvo-pastorales. Une deuxième phase est annoncée, avec l’idée d’aller au-delà des appuis ponctuels. Sur le terrain, cela doit se traduire par un meilleur accès aux intrants et un accompagnement plus régulier des producteurs. Sans cela, les performances agricoles restent dépendantes des conditions climatiques.

La gestion des stocks stratégiques a aussi été mise au centre des discussions. Ce point, souvent technique, a des conséquences très concrètes. Si les réserves ne sont pas mobilisables rapidement ou mal réparties, elles perdent leur utilité au moment où les prix commencent à grimper. Le gouvernement envisage donc des ajustements pour rendre ces mécanismes plus réactifs.

Au total, le plan 2026 cible plus de 4 millions de personnes. Il ne se limite pas à l’aide alimentaire. Il inclut aussi le soutien aux filières bétail et pêche, la prise en charge de la malnutrition et le suivi des marchés. L’idée est d’agir sur plusieurs fronts en même temps, même si cela complique la coordination.

Dans son intervention, Abdoulaye Maïga a avancé un chiffre marquant : la faim aurait reculé d’environ 45 % en deux décennies. Cette tendance existe, mais elle ne reflète pas les écarts actuels entre régions. Certaines zones restent fortement exposées, notamment là où l’insécurité perturbe les circuits d’approvisionnement.

C’est là que se joue la crédibilité du dispositif. Le pays produit davantage, mais l’accès à la nourriture reste inégal. Entre les zones excédentaires et celles en difficulté, le lien ne se fait pas toujours efficacement.

La réunion s’est achevée sans annonce spectaculaire. Les mesures sont connues, les objectifs aussi. Ce qui reste incertain, c’est leur mise en œuvre concrète dans les mois à venir. Parce qu’en matière de sécurité alimentaire, tout se vérifie sur le terrain rarement dans les bilans.


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