Artiste visionnaire, créateur talentueux et ambassadeur du savoir-faire malien, Gaoussou Goïta a tiré sa révérence le 12 mai 2026 après avoir marqué l’univers de la mode par son « génie créatif, son élégance et son engagement » pour la culture malienne, voire africaine…

L’artiste se définissait mieux comme un « révolutionnaire » parce qu’il avait un projet novateur basé sur la revalorisation du coton malien. Et comme l’ont rappelé des confrères, il avait la patrie chevillée au corps, « le bogolan dans le sang et du génie dans la main ». C’est donc un grand patriote et un créateur engagé que le Mali a perdu le 12 mai 2026 en la personne de Gaoussou Goïta.
« J’ai eu la chance d’aller lui rendre visite à Paris (France), il y a quelques années. Malgré une journée pluvieuse, il a tenu à m’accueillir dans son atelier et en famille. Je garde encore de bons souvenirs de l’accueil chaleureux qu’il m’a accordé, de ses conseils et de ses expériences dans le domaine de la mode, particulièrement de son style unique et de sa matière de prédilection (bougounin fini ou cotonnade malienne). Il fut parmi les rares stylistes à valoriser ce textile, combinant modernité et originalité », témoigne Papyvalerie (Cheick Oumar Kanté), styliste malien vivant en Espagne, qui a annoncé sa disparition sur les réseaux sociaux. « Avec sa marque, GOÏTA, il a habillé la communauté africaine à Paris. Il a également habillé de nombreuses personnalités au Mali », ont souligné nos confrères de « RP Médias », dont il était très proche ces dernières années.
En apprenant sa disparition, les souvenirs de notre rencontre en 2014 (chez lui à ATTbougou-Niamana) se sont bousculés dans notre tête. Styliste-modéliste, Gaoussou Goïta avait fait de la promotion du coton et des cotonnades son cheval de bataille. Toute sa vie, il a été à l’avant-garde d’un noble combat : la valorisation d’une des matières premières du Mali, le coton, communément appelé « l’or blanc ». Lors de notre rencontre, il nous a confié son rêve d’habiller les Équipes nationales des différentes disciplines, en leur confectionnant notamment des survêtements. Il s’est battu sans répit pour concrétiser ce rêve, mais sans jamais bénéficier de la reconnaissance nationale qu’il méritait amplement.
Et pourtant, il suffisait de se rendre dans son atelier d’ATTbougou-Niamana pour se rendre compte que ce rêve patriotique n’était pas une utopie. Des chemises, des tee-shirts, des robes, des écharpes et même des survêtements de sport… étaient ce jour alignés comme pour défier les amateurs d’une certaine culture « haut de gamme ».
Passé le moment de l’admiration, le visiteur ne pouvait que prendre conscience que la démarche du créateur s’inscrivait dans une triple dimension : culturelle, économique et citoyenne ! En effet, il s’agit avant tout de la valorisation du patrimoine vestimentaire en le mettant au goût de la mode vestimentaire avec une ouverture sur le monde. L’initiative se destine aussi à donner aux créations en coton une identité artistique, une véritable valeur ajoutée leur permettant de soutenir la concurrence avec n’importe quel produit similaire importé.
Diplômé de la promotion de 2006 de l’École syndicale de la couture parisienne (seul Africain sur une vingtaine de pensionnaires), ce styliste-modéliste était aussi un photographe professionnel de mode qui a un moment décidé de revenir au bercail et de mettre son immense talent au service d’une seule conviction, d’une seule ambition : créer une vraie valeur ajoutée aux créations en coton du Mali afin de faire de cette culture le véritable or blanc tant souhaité !
Sa formation terminée en France, il s’est lancé dans ce que l’on peut appeler « la bataille du coton malien » avec ses propres armes : l’originalité d’une création décomplexée et innovante exclusivement confectionnée à partir du coton biologique malien, dont il se veut un acharné défenseur. Très engagé, Gaoussou Goïta a délibérément opté pour une démarche militante au profit d’un projet ambitieux baptisé « Farafina Dambé » (Quintessence de l’Afrique) qui a pour objet la valorisation du cotonmalien.
Originaire de Niono (Ségou), région rizicole et cotonnière, Gaston (comme on l’aurait appelé dans nos Grins) est fils de tisserand. Il a commencé son apprentissage dans la couture à Bamako avant de prendre le chemin de l’aventure en 1990 (Burkina Faso, Cameroun, Gabon et France), atterrissant à Paris en 1998.
Styliste atypique et « révolutionnaire incompris », Gaoussou a définitivement déposé les ciseaux avec sans doute le regret de n’avoir pas bénéficié dans son pays de l’attention à la hauteur de son talent, de sa créativité et de son engagement en faveur du coton malien. L’artiste s’en est allé (dans un révoltant anonymat), mais, comme l’ont si bien dit nos confrères de « RP Médias », « son œuvre, son humilité et sa passion resteront à jamais dans nos cœurs et dans l’histoire de la mode » !
Moussa Bolly
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