Le passage du FCFA à l’Eco ne doit pas se limiter à un changement symbolique, mais doit être l’occasion de repenser l’organisation économique. La vraie question est de savoir quelle économie la monnaie sert. Une monnaie forte découle d’une économie productive, intégrée et industrialisée, capable de créer des actifs réels. Les infrastructures financières, l’organisation des chaînes de valeur et les investissements orientés vers la production déterminent la crédibilité d’une monnaie. La souveraineté monétaire découle de la souveraineté économique.

Les débats sur le FCFA, l’Eco ou les régimes de change occupent régulièrement l’espace public africain. Ils suscitent des controverses passionnées où se mêlent souveraineté monétaire, héritage historique, stabilité macroéconomique et intégration régionale.
Pourtant, ces débats passent souvent à côté de la question essentielle. La véritable interrogation n’est pas seulement de savoir quelle monnaie utiliser. Elle est de comprendre quelle économie cette monnaie est appelée à servir.
Une monnaie ne crée pas, à elle seule, le développement. Elle en constitue d’abord le reflet. Lorsqu’une économie demeure peu intégrée, faiblement industrialisée et largement dominée par des activités à faible valeur ajoutée, aucun changement de signe monétaire ne peut, à lui seul, transformer durablement ses performances.
À l’inverse, lorsqu’une économie organise progressivement ses ressources, ses compétences et ses savoirs autour de chaînes de valeur performantes, la monnaie devient naturellement plus crédible parce qu’elle repose sur des actifs économiques de meilleure qualité.
C’est pourquoi le débat sur le passage du FCFA à l’Eco ne devrait pas être réduit à une question de symbole.
Il devrait être l’occasion de repenser les conditions économiques qui donnent véritablement de la valeur à une monnaie.
La première de ces conditions est l’organisation de l’économie productive.
La seconde est la construction d’infrastructures financières capables de transformer les opportunités économiques en investissements bancables.
Trop souvent, les politiques publiques concentrent leurs efforts sur les équilibres macroéconomiques ou sur l’architecture financière, sans construire les mécanismes opérationnels qui permettent de financer les chaînes de valeur, les entreprises intermédiaires et les territoires.
Or c’est précisément là que se joue la capacité d’une économie à transformer son potentiel en richesse durable.
La monnaie n’est pas un point de départ. Elle est l’aboutissement d’un processus.
Ce processus commence par la mobilisation des ressources et des savoirs endogènes. Il se poursuit par l’organisation de chaînes de valeur intégrées, la mise en place d’infrastructures financières pertinentes, la création d’actifs économiques, la formation de créances solvables et, enfin, l’émergence d’une monnaie stable et crédible.
Dans cette perspective, la question de l’endettement mérite également d’être repensée.
Le problème n’est pas tant le niveau absolu de la dette que la qualité des actifs qu’elle permet de créer.
Une dette qui finance des dépenses courantes sans accroître les capacités productives fragilise progressivement l’économie.
En revanche, une dette orientée vers la construction d’infrastructures économiques, le développement des chaînes de valeur et l’industrialisation peut renforcer durablement la capacité d’un pays à produire, exporter et rembourser.
Autrement dit, la soutenabilité de la dette dépend moins de son volume que de la pertinence stratégique des investissements qu’elle finance.
C’est également dans cette logique que devrait être envisagé le rôle des institutions financières internationales.
Leur mission ne devrait pas se limiter à financer des déficits ou à préserver des équilibres budgétaires.
Elle devrait consister à accompagner les États dans la conception d’infrastructures financières adaptées aux réalités productives, capables de réduire les risques, de structurer les investissements et de rendre bancables les opportunités économiques.
L’avenir de l’Eco, comme celui de toute monnaie africaine, dépendra donc moins de son nom que de la capacité des économies africaines à organiser leur transformation productive.
La souveraineté monétaire n’est pas un préalable.
Elle est l’une des conséquences d’une souveraineté économique construite.
Autrement dit, la monnaie la plus forte sera toujours celle qui repose sur l’économie la plus pertinente.
Source : AllAfrica
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