L’ŒIL DE LE MATIN : Au-delà des préjugés

Dans deux jours, le 31 juillet, la Journée panafricaine des femmes (ou Journée internationale de la femme africaine) sera célébrée au Mali et un peu partout sur le continent. Elle commémore la création de la toute première organisation dédiée aux femmes africaines en 1962, l’Organisation panafricaine des femmes (OPF). Le but principal de cette célébration est de mettre en lumière la contribution remarquable des femmes à l’émancipation et au développement de l’Afrique, tout en unissant les forces autour d’idéaux communs.

À l’échelle nationale, cette journée est l’occasion d’organiser des conférences-débats et des activités de sensibilisation à travers le pays (notamment à Bamako et dans les régions) pour impliquer davantage les femmes dans le processus de paix, la sécurité et la promotion de leurs droits. C’est donc le moment idéal pour jeter un regard rétrospectif sur les avancées, les obstacles et les défis à relever pour que la Malienne puisse réellement jouir de ses droits sociopolitiques, économiques, culturels… En la matière, si tout est loin d’être rose, tout n’est pas non plus noir comme certains féministes essayent de faire croire à l’opinion nationale.

Notre conviction est qu’il y a trop de complexes, de mimétisme et surtout de préjugés autour des questions des droits de la Femme. D’une manière générale, sous la pression des lobbies qui les financent, des ONG ou autres organisations veulent que tout change dans nos sociétés du jour au lendemain. Et l’Occident est généralement leur référence. Pourtant, à part le sexe, il se peut que l’Africaine ait peu de choses en commun avec l’Occidentale. Sans compter qu’on essaye de nous faire croire que l’émancipation, l’autonomisation… ont été offertes aux femmes en Occident sur un plateau d’argent. Les religions, l’islam notamment, les us et coutumes sont alors indexés comme des obstacles à toute émancipation féminine dans nos sociétés.

Heureusement que des voix (féminines) cultivées s’élèvent souvent en Occident pour dénoncer ces préjugés. Ainsi, une Britannique a récemment révélé une vérité que beaucoup ignorent sur l’islam : « Il y a plus de 1 400 ans, l’islam a accordé à la femme le droit à l’héritage, le droit de consentir au mariage et le droit au divorce. Des droits que les femmes de nombreuses autres sociétés n’ont obtenus que plusieurs siècles plus tard. L’islam a toujours été en avance en matière de droits des femmes » ! N’est-ce pas surprenant alors que certains accusent encore cette religion, cette Britannique vient rappeler cette réalité historique souvent méconnue ou occultée.

Les angles morts du modèle européen

En France par exemple, le droit de vote des femmes a été institué le 21 avril 1944 par une ordonnance du gouvernement provisoire de la République française dirigé par le Général de Gaulle. Les Françaises ont pu exercer ce droit pour la première fois le 29 avril 1945 lors des élections municipales. Quant au droit à l’éducation pour les femmes, c’est certes un principe constitutionnel fondamental. Totalement égalitaire et mixte, le système garantit aux filles et aux garçons le même accès aux enseignements primaire, secondaire et supérieur. Cette égalité a été néanmoins conquise à travers des étapes clés telles que les lois Jules Ferry en 1882 et la loi Haby sur la mixité en 1975. N’empêche que des disparités persistent dans les choix d’orientation et la poursuite des filières scientifiques ou d’ingénierie.

En France, d’une manière générale, le respect des droits des femmes s’appuie sur des garanties constitutionnelles fortes, comme l’inscription de la liberté de recourir à l’IVG (interruption volontaire de grossesse) dans la Constitution et sur des réglementations strictes en matière d’égalité professionnelle. Mais d’énormes défis persistent face aux violences sexistes, aux écarts de salaires dans l’administration et dans les différents corps de métiers… Et même le sport et la culture n’y échappent pas.

Certes, le fondamentalisme religieux a souvent affecté les femmes de manière néfaste ; néfaste souvent par la faute d’interprétations erronées (sciemment ou par méconnaissance du sens des versets). Mais beaucoup de jugements font de l’Islam une religion d’asservissement de la femme sur la base de la méconnaissance des valeurs de la religion et sur la base des préjugés. Sinon, la plupart des recommandations à son égard visent à la protéger et à amener la société à la respecter. C’est le cas par exemple du code vestimentaire (hijab, niqab, burqa, tchador…) basé sur la pudeur et la décence comme facteurs de respect.

Si, par exemple, le port du hijab (voile) est une obligation stricte découlant de l’interprétation de versets coraniques et de hadiths, il est perçu comme un signe de pudeur et de soumission à Dieu, non à l’homme. « Oh, le Prophète ! Dis à tes épouses, et à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles : elles en seront plus vite reconnues et exemptes de peine. Et Dieu reste pardonneur, miséricordieux », peut-on lire dans le verset 59 de la sourate 33 du Saint Coran, Al-Ahzab (les Coalisés). D’ailleurs de nos jours, le hijab et consorts ne sont plus considérés comme une camisole de force imposée par des parents ou des époux « extrémistes ». Ce code vestimentaire n’a pas échappé à l’effet mode et est adopté de plein gré par la gent féminine, même des intellectuelles, à cause sans doute de la pudeur et de la décence que ces habits symbolisent. Et même dans la société traditionnelle, à partir d’un certain âge, surtout après le mariage, la femme doit se couvrir la tête. Et cela lui confère du respect, de la considération.

Il est incontestable que, comme le reconnaissent des exégètes et des sociologues, la pudeur et le respect sont deux piliers fondamentaux de la vie en société et des relations humaines. La pudeur protège l’intimité et la dignité en mettant une distance face au regard d’autrui. Elle est un rempart contre le dévoilement brusque et préserve le mystère de l’intériorité, qu’elle soit physique ou psychologique. Elle s’exprime dans la décence des vêtements et la discrétion du langage. Le respect, quant à lui, est une attitude de considération profonde qui consiste à reconnaître la valeur de l’autre sans chercher à s’approprier son espace. Il implique d’accepter l’autre tel qu’il est, de fixer des limites saines et de ne pas imposer sa volonté. Le respect de ces principes favorise une bonne éducation et renforce la cohésion sociale.

Taafé fanga : l’archétype du pouvoir discret

Qu’en est-il de la femme dans la société traditionnelle ? « Dans de nombreuses familles, des décisions du chef qui semblaient irrévocables ont changé du jour au lendemain. Savez-vous pourquoi ? Parce que la nuit porte conseil. Le taafé fanga (pouvoir du pagne, donc de la femme) est passé par là », nous disait, il y a quelques années, notre « djéli intellectuel » (un vieil ami, enseignant et traditionaliste). Et de poursuivre : « Dans la société traditionnelle, la femme, surtout la première épouse de la famille, avait un réel pouvoir et son avis comptait beaucoup dans les décisions concernant la famille. Mais contrairement à ce qu’on voit comme manifestation de l’émancipation féminine moderne, ce pouvoir s’exprimait dans la douceur et la discrétion, il n’était pas ostentatoire. Il était discret, mais puissant. Écouter sa femme et lui céder quand elle a raison n’était pas un signe de faiblesse. Tout dépendait de la manière de se faire entendre ».

Notre regretté ami nous rappelait aussi que : « Dans la société traditionnelle, battre sa femme était signe de faiblesse pour un homme. Et une femme qui s’opposait publiquement à son mari baissait dans l’estime des autres femmes de la famille, de la communauté ». Dans la société traditionnelle malienne, la femme est reconnue comme le pilier du foyer et le ciment de la cohésion sociale. Elle joue des rôles vitaux de procréatrice, d’éducatrice et d’actrice économique. Ses devoirs s’articulent autour de la transmission des valeurs et du maintien de l’équilibre communautaire. Dotée d’un rôle de conciliatrice, elle intervient pour apaiser les tensions familiales et préserver la paix au sein du village. L’éducation traditionnelle inculque souvent des valeurs de patience, de résilience et de soumission, résumées par l’adage bambara : Musoya yé mougnou ni sabali yé !

Cela ne fait pas d’elle un être inférieur qu’il faut écraser et tout lui imposer. Mais cela prouve que la femme est dotée de raison, qu’elle a une force de caractère pour mieux se contrôler… N’empêche qu’il ne faut pas non plus trop tirer sur la corde. Malheureusement, la violence à l’égard de la Femme prend de l’ampleur sous couvert de la résignation à son sort, de la pression des proches et de l’impunité. Disons-le sans ambages : rien ne justifie la violence, surtout à l’égard de la Femme ! Bonne journée panafricaine aux Maliennes, aux Africaines !

Moussa Bolly

 


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