POSITIONNEMENT GÉOPOLITIQUE AU SAHEL : Le Maroc réagit au réchauffement entre Bamako et Alger par des actes concrets au bénéfice du Mali !

Tenue au lendemain du réchauffement diplomatique entre Bamako et Alger (annoncé le 10 juillet 2026), la 4ᵉ session de la Grande commission mixte de coopération (21 au 24 juillet 2026 à Bamako) a offert au Royaume du Maroc l’occasion de consolider davantage ses relations avec le Mali et sa position géostratégique dans le Sahel. Ces derniers jours, il a marqué des points essentiels à Bamako au point d’éclipser le rapprochemententre le Mali et l’Algérie.

Dans le cadre de la nouvelle dynamique de leurs relations d’amitié et de coopération, le Mali et le Maroc ont tenu la 4ᵉ session de la Grande commission mixte de coopération entre les deux pays (réunion des experts, forum des affaires et session ministérielle) du 21 au 24 juillet 2026 à Bamako. Organisée vingt-six ans après la précédente session (tenue en 2000 à Rabat), cette rencontre stratégique s’inscrivait dans le cadre du mécanisme de coopération créé en 1987. Les échanges ont essentiellement porté sur des projets de coopération et l’initiative marocaine visant à offrir aux pays du Sahel un accès aux ports atlantiques.

Un projet soutenu par le Mali, le Burkina Faso et le Niger afin de renforcer leurs débouchés commerciaux. La session a permis de conclure une vingtaine d’accords visant notamment à doter les entreprises des deux pays de mécanismes permanents de coopération. Leur concrétisation dépendra désormais des investissements engagés, des financements mobilisés et de la mise en œuvre des projets identifiés par les opérateurs économiques.

Les discussions ont porté sur plusieurs secteurs jugés prioritaires, notamment l’agroalimentaire, l’énergie, les bâtiments et travaux publics, l’immobilier, les mines, les télécommunications, la finance et la logistique. Les délégations ont également insisté sur la nécessité de favoriser la transformation locale des matières premières et d’améliorer l’accès des entreprises maliennes au marché marocain. La coopération dans le secteur énergétique intervient alors que le taux d’accès à l’électricité au Mali était estimé à 56 % en 2023, avec de fortes disparités entre les zones urbaines (87 %) et rurales (31 %). Les autorités des deux pays souhaitent désormais développer des partenariats pour répondre aux besoins d’extension des réseaux, de modernisation des infrastructures et de développement des énergies renouvelables.

Une coopération Sud-Sud tournée vers la jeunesse et le développement des compétences

Le Royaume chérifien a aussi décidé de mettre à la disposition du Mali le Complexe de formation professionnelle Mohammed VI de Sébénicoro comme « symbole fort » d’une fructueuse coopération au service de la jeunesse. « Il s’agit d’un moment important dans les relations bilatérales entre le Royaume du Maroc et la République du Mali, mais également d’une parfaite illustration d’une coopération Sud-Sud concrète, tournée vers la jeunesse et le développement des compétences à travers la formation professionnelle », a déclaré M. Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’Étranger, qui a visité l’infrastructure vendredi dernier (24 juillet 2026) avec le ministre de l’Entrepreneuriat national, de l’Emploi et de la Formation professionnelle. « Investir dans la formation professionnelle, c’est investir dans l’avenir de notre pays. Un jeune bien formé est un jeune préparé à l’emploi, à l’entrepreneuriat et à la création de richesse », a reconnu Mme Oumou Sall Seck. Dès la prochaine rentrée, ce Complexe pourra accueillir près de 1 000 jeunes en formation.

En prélude à la session ministérielle de cette 4ᵉ session de la Grande commission mixte de coopération, plus de 300 opérateurs économiques maliens et marocains ont participé au Forum d’affaires organisé par la Chambre de commerce et d’industrie du Mali (CCIM), la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) et le Conseil national du patronat du Mali (CNPM). En droite ligne du nouvel élan dynamique des relations d’amitié et de coopération bilatérale, ce Forum d’affaires se voulait un cadre d’échanges fructueux pour faire de la coopération économique un moteur de croissance intégrée, d’investissements productifs, de transformation structurelle de l’économie et du développement durable.

Deux accords y ont été signés : le premier réactive le Conseil d’affaires Maroc-Mali, tandis que le second établit un partenariat entre les fédérations professionnelles des deux pays dans les domaines de l’électricité, de l’électronique et des énergies renouvelables. Ce dernier engagement associe la Fédération nationale marocaine de l’électricité, de l’électronique et des énergies renouvelables (FENELEC) à la Fédération malienne de l’électricité, de l’énergie, des énergies renouvelables et nouvelles (FENEM). Il vise à développer les échanges entre entreprises des deux pays dans les équipements électriques, la production d’énergie et les projets liés aux énergies renouvelables.

Des investissements productifs pour booster le développement durable

Les autorités des deux pays ambitionnent de faire de l’axe Bamako-Rabat « un véritable levier de croissance intégrée, favorisant les investissements productifs, la création de valeur ajoutée locale et le développement durable au bénéfice des populations malienne et marocaine ». Ces derniers mois, le Mali et le Maroc ont réaffirmé leur engagement en faveur d’une coopération Sud-Sud pragmatique, fondée sur des investissements structurants, le partage d’expertises et la promotion d’un développement économique mutuellement bénéfique.

Les acquis de cette 4ᵉ session de la Grande commission mixte de coopération viennent conforter le Maroc dans son positionnement stratégique dans le Sahel, une région convoitée aussi par sa voisine et grande rivale l’Algérie. Ainsi, le Royaume chérifien a officiellement suspendu l’Autorisation électronique de voyage (AEVM) pour les ressortissants maliens à compter du 27 avril 2026. Annoncée le 10 avril 2026 à Bamako par le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, cette mesure facilite la mobilité des citoyens entre les deux pays.

Durant les mois d’avril et de mai 2026, plusieurs délégations d’experts marocains ont été dépêchées à Bamako pour œuvrer de concert avec leurs homologues maliens sur des projets structurants. Leurs travaux ont couvert des secteurs vitaux tels que l’électricité, l’eau, les énergies renouvelables, la santé, l’agriculture, l’enseignement supérieur et la formation professionnelle.

Dans son discours d’ouverture de la 4ᵉ session mixte, le ministre malien des Affaires étrangères a exprimé la « profonde satisfaction » de son pays « suite aux progrès remarquables accomplis ces dernières années dans les différents pans de notre coopération bilatérale. Qu’il s’agisse de l’enseignement supérieur, de la défense, de la formation professionnelle, de l’économie numérique, de la santé, des banques, de l’industrie, du commerce, de l’agriculture, de l’élevage ou encore des questions migratoires, notre partenariat témoigne d’une vitalité exceptionnelle et d’une densité stratégique indéniable ».

De son côté, le Mali a retiré sa reconnaissance à la République arabe sahraouie démocratique (RASD) et affirmé son soutien au plan d’autonomie marocain, ainsi qu’un renforcement de la coopération bilatérale. Le Mali a décidé d’appuyer le plan d’autonomie proposé par le Maroc pour le Sahara occidental, le qualifiant de « solution crédible et réaliste ». Cette position s’aligne sur les résolutions de l’ONU, notamment la résolution 2797 du Conseil de sécurité. Officialisée le 10 avril 2026 à Bamako, cette décision met fin à une reconnaissance qui datait de plus de quarante ans. Un coup dur pour l’Algérie alors en froid avec le Mali.

Le Mali a aussi profité de cette 4ᵉ session de la Grande commission mixte pour manifester sa reconnaissance au Maroc pour ses efforts inlassables en vue de l’amélioration, voire la normalisation des relations du Mali avec ses partenaires multilatéraux, notamment les initiatives courageuses prises par le Royaume chérifien dans le cadre de l’Union africaine, plus singulièrement durant la présidence marocaine du Conseil de paix et de sécurité de l’UA. Au même moment, l’Algérie ne ménageait aucun effort pour isoler le Mali davantage sur la scène régionale et internationale.

Moussa Bolly


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