RENAISSANCE AFRICAINE : Faire du réarmement culturel la pierre angulaire de la souveraineté

 « Prenez tout, mais laissez-nous nos valeurs », aurait dit l’Empereur du Japon après sa défaite militaire en 1945. C’est cette résilience culturelle qui explique la dynamique de développement de l’Asie, qui fait de la défense des valeurs et missions sociétales la pierre angulaire du progrès.

Le réarmement culturel est une condition sine qua non de la renaissance africaine. C’est l’arme absolue de la montée continue en puissance. Et parce que la culture est un vecteur incontournable de socialisation et de progrès humains. On retrouve ce rôle stratégique dans des pensées et citations célèbres définissant la culture.

« Mon premier soin, si j’arrive au pouvoir, sera de rétablir le sens des mots » ! (Lao Tseu). « En philosophie, le mot culture désigne ce qui est différent de la nature, c’est-à-dire ce qui est de l’ordre de l’acquis et non de l’inné ». En sociologie, la culture est définie de façon plus étroite comme « ce qui est commun à un groupe d’individus » et comme « ce qui le soude », c’est-à-dire ce qui est appris, transmis, produit et créé. « Dans son sens le plus large, la culture peut aujourd’hui être considérée comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels, matériels, intellectuels et affectifs qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts, les lettres et les sciences, les modes de vie, les lois, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances », définit l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO). Ce « réservoir commun » évolue dans le temps par et dans les formes des échanges. Il se constitue en de multiples manières distinctes d’être, de penser, d’agir et de communiquer en société. La culture est, enfin, selon le sociologue québécois Guy Rocher, « un ensemble lié de manières de penser, de sentir et d’agir plus ou moins formalisées qui, étant apprises et partagées par une pluralité de personnes, servent, d’une manière à la fois objective et symbolique, à constituer ces personnes en une collectivité particulière et distincte ».

Différentes définitions du mot « culture » reflètent aussi les théories diverses pour comprendre ou évaluer l’activité humaine. En 1952, Alfred Kroeber et Clyde Kluckhohn ont rédigé une liste de plus de 150 définitions différentes du mot culture dans leur livre Culture: « a critical review of concepts and definitions ». La définition que peuvent en faire les gouvernements lorsqu’ils fixent sa mission au ministère de la Culture diffère de celle que l’on en donne dans les sciences humaines ou de celle qui correspond à la « culture générale » de chacun. Il existe de « puissants enjeux politiques et économiques pour définir et encadrer la culture ». Plus de 150 définitions de la culture montrent la largeur et la profondeur de la culture qui est transversale à toute activité raisonnée et raisonnable des humains.

Pour notre cause, nous avons choisi la définition donnée par Guy Rocher qui, au sens large, est la manière de comprendre, de sentir et d’agir. Au sens dynamique, c’est la capacité de compréhension et de création. Chaque fois que nous parlerons de culture, ce sera cette définition de Guy Rocher, sans préjudice pour les 150 autres définitions.

Elle (définition) elle permet de nous libérer de plus de quatre siècles d’agression et d’oppression culturelles européennes. Nous devons nous réarmer pour débarquer d’un train sociétal qu’on a fait dérailler politiquement et économiquement. Pour nous affranchir et nous épanouir dans une société, dont on bloque le développement depuis des siècles, nous devons certes prendre tout du reste du monde, mais gardons nos valeurs et nos missions afin que l’Afrique renaisse plus forte. Pour ce faire, elle doit s’enraciner profondément avant de s’ouvrir au monde ; accepter d’être cet arbre qui perd des feuilles ; mais garder ses racines ; accepter d’être élagué, mais enfoncer profondément ses racines pour repousser avec force, doté de nouvelles branches plus solides.

Les modèles asiatiques doivent nous inspirer en matière de résilience culturelle, d’appropriation, de maîtrise et d’application de science et technologie à notre praxis. Ouvrons-nous à la science et à la technologie, mais gardons notre culture et consolidons nos valeurs face à la décadence des valeurs sociétales occidentales. Ce qui fera du réarmement et du développement culturels des préalables à une approche stratégique prospective de la rupture des liens tributaires des cinq monopoles néolibéraux de domination du monde en ce 21ᵉ siècle.

Pour renaître en s’affranchissant du joug impérialiste, l’Afrique doit s’approprier, maîtriser et appliquer à sa praxis (production de biens et services) la science et la technologie, les TIC en particulier. Cela lui permettra de combler son GAP scientifique et technologique, de mieux planifier et contrôler son émergence économique et socioculturelle !

Diatrou Diakité Consultant indépendant


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