Les résultats définitifs du dernier Recensement Général de la Population et de l’Habitat, homologués par la Cour Constitutionnelle le 27 août 2026, établissent la population du Gabon à 3 518 621 habitants. Dont 2 318 365 Gabonais, soit 65,8%, et 1 200 256 étrangers, soit 34,2%.
Ce chiffre interpelle. Le seuil communément admis par l’OIT et l’ONU pour qualifier un pays de « forte immigration » se situe entre 10% et 15% de la population totale. Le Gabon est donc structurellement au-dessus.
Dès lors, la vraie question n’est pas de s’étonner. La vraie question est historique, juridique et politique : Comment en sommes-nous arrivés là ? Et que faisons-nous de cette réalité ?
I-Généalogie d’une réalité : 4 vagues migratoires
L’immigration au Gabon n’est ni un accident, ni une fatalité. Elle est le produit d’une histoire économique et géopolitique.
1- La période précoloniale et coloniale : 1880-1960. La logique du « vide i
Le Gabon précolonial est faiblement peuplé. La colonisation française, pour exploiter l’okoumé et le bois, importe de la main-d’œuvre.
De 1910 à 1940 : Dahoméens, Sénégalais, Congolais arrivent vers Port-Gentil.
De 1945 à 1960 : arrivent les communautés libano-syriennes et haoussa, utilisées comme relais commerciaux.
À l’indépendance en 1960, le Gabon compte déjà 20 000 étrangers pour 500 000 nationaux.
2-1960-1990. Le boom pétrolier et les grands chantiers. La logique du besoin*
Le pétrole, le Transgabonais, Libreville capitale de l’OUA 1977. Le Gabon a besoin de bras.
Arrivée massive de Camerounais, Congolais, Equato-guinéens, Maliens, Béninois. Les enseignants béninois et sénégalais structurent l’école gabonaise.
Puis 2ème vague : coopérants français, libanais du commerce, chinois du BTP.
En 1970, 1 habitant sur 5 est déjà étranger.
3-1990-2000. Les crises. La logique du refuge économique
Avec les PAS et les crises en Afrique de l’Ouest, 3ème vague : Burkinabè, Maliens, Togolais. Agriculture, transport, petit commerce. Le marché Mont-Bouët devient un hub ouest-africain. Le taux d’étrangers oscille entre 25% et 30%.
4-2000-2023. La mondialisation. La logique des infrastructures
Chinois pour les routes et les stades CAN 2012-2017. Indiens dans le bois et la grande distribution. C’est l’internationalisation du capital et du travail.
II-Le cadre normatif : un pays juridiquement engage
S’étonner sans lire le droit, c’est faire du bruit. Or le Gabon a choisi, par traités, d’être une terre d’accueil encadrée.
1-Le droit international
Le Gabon a ratifié la Convention de Genève de 1951 sur les réfugiés le 27 avril 1964, et son protocole de 1967. Il est donc lié par le principe de non-refoulement.
Il a aussi ratifié les Pactes de l’ONU sur les droits civils, économiques et sociaux, et la CERD. Juridiquement, l’étranger a des droits.
2-Le droit africain
Pionnier : Ratification le 21 mars 1986 de la Convention de l’OUA de 1969 qui élargit la notion de réfugié à la guerre et aux troubles graves.
Ratification de la Charte Africaine des Droits de l’Homme, art 12 : droit de circuler, droit d’asile.
Ratification de la Convention de Kampala sur les déplacés.
3-Le droit bilatéral et régional
Accord France-Gabon du 5 juillet 2007 : gestion concertée des flux, réadmission, visas.
Espace CEMAC : libre circulation 90 jours, carte de séjour au-delà.
Accords d’établissement avec le Maroc, le Liban, etc.
4-Le droit interne
Loi n°03/98 du 14 juillet 1998 relative à l’immigration. Code de la nationalité.
Conclusion juridique : le Gabon a souverainement choisi l’ouverture. Il ne peut donc gérer l’immigration par l’émotion, mais par la loi.
III-L’enjeu : de la peur a la gouvernance
Constater 34% d’étrangers ne doit conduire ni au déni, ni à la xénophobie.
Copier les modèles de repli identitaire, qu’ils viennent d’Europe ou d’Afrique du Sud, serait une erreur stratégique et historique pour le Gabon.
L’enjeu de gouvernance :
1-Identifier : Qui est là ? Avec quel statut ? Avec quelle compétence ?
2-Réguler : Faire appliquer la loi 98. Lutter contre l’irrégularité sans renier les traités.
3-Valoriser : Transformer cette diversité en dividende démographique et économique pour pour le Gabon.
Le débat ne doit donc pas être : « Faut-il des étrangers ? »
Le débat doit être : « Quel Gabon voulons-nous construire avec cette réalité ?«
Ce n’est pas de l’antinationalisme. C’est du réalisme d’Etat.
Dr Jonathan NDOUTOUME NGOME analyse les implications diplomatiques et géopolitiques de ce repositionnement continental
Source : Gabonews
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