CESÁRIA ÉVORA : Le talent de la « Diva aux pieds nus » a ouvert le Cap-Vert au monde

Décédée le 17 décembre 2011 (à l’âge de 70 ans à l’hôpital Baptista de Sousa de Mindelo, sur l’île de São Vicente au Cap-Vert), Cesária Évora est une chanteuse capverdienne, née le 27 août 1941 à Mindelo. Elle a été une grande ambassadrice qui a fait connaître son pays dans le monde à travers le showbiz. En effet, de sa voix grave et douce, elle a popularisé auprès du grand public mondial la morna, genre musical du Cap-Vert, ainsi que sa variante rapide, la coladeira. Son talent lui a valu de nombreux surnoms : la « Diva aux pieds nus » (Diva dos pés descalços), en référence à son habitude à se produire pieds nus sur scène ; la « Reine de la Morna » (Rainha da morna), ou encore « Cize », une abréviation de son prénom. Au cours de sa carrière, elle a chanté majoritairement dans sa langue maternelle, en créole capverdien et aussi en espagnol ou en français , d’où le titre de son morceau « La Diva aux pieds nus ». Sa carrière d’enregistrement et de scène s’étend sur cinquante-quatre ans, de 1957 à 2011, mais son succès n’est intervenu qu’au début des années 1990. Elle s’est produite dans les plus grandes salles du monde, dont l’Olympia à Paris (France).

Son succès tardif a valu à Cesária Évora, la légendaire « Diva aux pieds nus », de nombreuses distinctions internationales majeures qui ont honoré sa contribution unique à la culture du Cap-Vert, notamment à la morna. Ainsi, en 2004, elle a reçu le « Grammy Award » du Meilleur album de musiques du monde contemporaines pour son album « Voz d’Amor ». Elle a également reçu plusieurs nominations aux Grammy au cours de sa carrière. L’atypique Diva a été récompensée à deux reprises aux « Victoires de la musique » dans la catégorie album de musiques du monde, notamment en 1999 pour « Café Atlântico » et en 2004 pour « Voz d’Amor ». En 2009, la France l’a élevée au statut de Chevalier de la Légion d’honneur pour couronner son immense parcours artistique et son rôle de pont culturel entre l’Afrique, l’Europe et le monde. 

En 1995, le Prix de l’Académie Charles-Cros lui avait été décerné pour saluer la qualité artistique de ses enregistrements. La République du Cap-Vert, qui avait déjà rendu hommage à Cesária Évora avec une série de trois timbres émis en 2003, a décrété trois jours de deuil national pour son décès. En 2012, l’aéroport de Mindelo a été baptisé de son nom. À côté, une statue de la chanteuse a été aussi érigée. Le billet de 2 000 escudos capverdiens est également à l’effigie de Cesária Évora. Le gouvernement capverdien souhaite aujourd’hui acquérir la maison de Cesária Évora à Mindelo et la transformer en musée consacré à la diva.

Le 18 juin 2014, le Conseil de Paris, pour rendre hommage à la chanteuse, a donné son nom à une rue du 19e Arrondissement donnant sur le boulevard Macdonald, dans le quartier du Pont-de-Flandre… La ville de Mons (Belgique) a aussi donné son nom à une nouvelle esplanade, dans une zone d’extension urbaine (2019-2020).

Dans sa chanson « Ave Cesaria », de son album « Racine Carrée » (sorti en août 2013), l’artiste belge Stromae déclare son affection à Cesária Évora. En 2004, sur son album « Carnet de bord », le chanteur français Bernard Lavilliers chante en duo avec Cesária Évora. Elle chante en hommage à Cesária Évora elle-même. Le 5 mai 2021, le groupe ultras « African Winners » lié au Club africain de Tunis a rendu hommage à Cesária Évora par un tifosi lors du derby de football de Tunis.

Le showbiz international a été marqué à jamais par « Yamore », le célèbre duo entre Salif Keïta et Cesária Évora figurant sur l’album « Moffou »(2002). Une collaboration superbement accueillie par la critique car réunissant « la voix d’or du Mali et la voix de velours de la chanteuse capverdienne Cesária Évora ». Le morceau est salué comme « un mariage naturel et légendaire entre deux des plus grandes voix d’Afrique ».

Et ces dernières années cette mythique chanson connaît une seconde vie explosive grâce à une série de remixes afro-house initiés notamment par le DJ et producteur italien MoBlack. Cette « œuvre magistrale » enflamme à nouveau les dancefloors, les festivals du monde entier et les réseaux sociaux à travers des versions contemporaines. C’est particulièrement le cas du remix de MoBlack avec Benja (NL) et Franc Fala qui « préserve l’émotion brute et la guitare acoustique » de la version originale tout en y intégrant des rythmes électroniques percutants. D’autres DJ de renom, comme Francis Mercier et André Soueid, ont également sorti des déclinaisons qui tournent en boucle dans les sets de musique électronique. « Yamore » est ainsi en train de devenir « une classique immortelle ». Avec des paroles mêlant le bambara, le portugais du Cap-Vert et le français continuent de toucher un public universel, prouvant que ses voix d’or de la musique africaine restent indémodables.

Moussa Bolly


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