LE MALI EN QUÊTE DE SOUVERAINETÉ: De l’éden de l’AOF aux défis de la refondation

Soixante-six ans après la proclamation de son indépendance, dont l’anniversaire  été célébré hier (mardi 22 septembre 2026), le Mali se tient à la charnière de son destin. Autrefois considéré, selon les archives du Monde Diplomatique, comme le poumon économique et le territoire le plus prospère de l’Afrique OccidentaleFrançaise (AOF), le pays du Djoliba (fleuve Niger) a traversé des décennies de ruptures industrielles, de choix stratégiques contrariés et de longues années d’instabilité à cause des crises sécuritaires profondes. Alors que la nation s’engage aujourd’hui dans une refondation institutionnelle majeure sous la bannière de la souveraineté retrouvée et de l’intégration sahélienne, une question centrale s’impose : comment le Mali a-t-il vu s’éroder son hégémonie initiale, et par quels leviers(agricoles, miniers et énergétiques) peut-il transformer cette quête politique en une prospérité économique concrète et durable pour son peuple ?

Un pays plongé au cœur des enjeux, des failles de l’histoire et des potentialités d’un géant en éveil ! C’est dans ce contexte que le Mali a célébré hier (mardi 22 septembre 2026) le 66e anniversaire de son accession à l’indépendance. Un événement célébré au moment où le pays se trouve à une croisée des chemins historique. En effet,  le Mali fête ses 66 ans d’indépendance alors que notre nation est embarquée dans un processus de refondation de l’État pour se réapproprier sa souveraineté. Aujourd’hui, l’État malien fait face à des défis complexes et interconnectés qui conditionnent son avenir. Au-delà de l’aspect festif, durant près de sept décennies, la vie de la nation a été un long parcours qui a été loin d’être un fleuve tranquille car fréquemment marqué par des hauts et des bas.

En effet, depuis l’interruption en 1968 (coup d’État du 19 novembre 1968) de la marche vers le développement intégral (économique, social, politique, culturel…) amorcé sous le leadership de feu le président Modibo Kéita, on a l’impression que des forces extérieures (avec des complicités internes) étaient toujours à la manœuvre pour que cette souveraineté reste virtuelle ; qu’elle ne se traduise jamais par l’essor du pays et le bien-être du peuple. Ce qui explique en partie la persistance des nombreux défis qui exigent aujourd’hui « des réponses promptes et ambitieuses ».

« Des années 1960 jusqu’en 68, de nombreuses entreprises nationales ont vu le jour. Mais, le pays connaît des difficultés majeures aujourd’hui… Le volet social a connu une détérioration. Et la corruption est un important facteur de cette baisse », avait analysé en 2024 le Pr. Oumar Toumali (enseignant-chercheur) dans une interview accordée à « Studio Tamani ». La même année, dans son message à la nation, le président de la Transition avait reconnu que le pays fait face à des défis majeurs, notamment sur le plan sécuritaire et économique. Une prise de conscience qui est à la base de la rectification amorcée le 21 mai 2021 et qui est mise en musique à travers un ambitieux programme de refondation de l’État, des actions qui peuvent être déterminantes pour redresser le pays dans le sens souhaité par le peuple malien.

Rétablir la paix, l’administration et l’ordre institutionnel

Même si la bonne approche semble enfin être adoptée pour les relever, ces défis majeurs demeurent toujours. À commencer par la stabilité par la reconquête totale du territoire national. Selon de nombreux sondages réalisés ces derniers mois, la restauration de la paix et de la sécurité reste « la priorité absolue » des Maliens pour asseoir les bases du développement. À cet égard, les Forces armées maliennes (FAMa) mènent d’intenses opérations sur le terrain pour contrer la menace des groupes armés terroristes (GAT) et des présumés mouvements souverainistes. N’empêche que, malgré une modernisation accrue de l’outil de défense (équipements, vecteurs aériens) et une volonté politique sans réserve, le pays subit encore des attaques complexes, des tentatives de blocus ou des attentats ciblés qui éprouvent la résilience nationale.

Dans ce contexte, le retour de l’administration sur l’ensemble du territoire national demeure un autre défi à relever. Pour réellement amorcer le développement socioéconomique du pays, il est urgent de réinstaller durablement l’autorité de l’État, les services sociaux de base, la justice et les écoles dans les zones libérées. Le défi politique, institutionnel et la refondation sont aussi réels car, après cinq années de transition militaire, le Mali cherche à rebâtir un modèle de gouvernance durable.

D’où des réformes institutionnelles visant à rompre avec les anciens systèmes de gouvernance jugés défaillants car généralement minés par les mauvaises pratiques comme la corruption. Ces réformes sont essentielles. Tout comme la reconstruction du tissu social, par l’intégration de toutes les composantes ethniques, et la réconciliation des Maliens après des années de fractures intérieures et de crises communautaires qui ont contribué à la détérioration de la situation sécuritaire.

Mieux financer l’économie pour accélérer le développement

Bien que le pays affiche une croissance économique résiliente (estimée à près de 5,6 %), les structures économiques font face à d’importants goulots d’étranglement. Ainsi, en rupture avec certains canaux d’aide traditionnels, le Mali doit aujourd’hui trouver des mécanismes de financement innovants et s’appuyer sur le marché financier régional ou de nouveaux partenaires (comme la BAD) pour soutenir la réalisation des infrastructures indispensables à sa croissance économique. Cela est nécessaire pour réduire le coût de la vie et l’impact de la pauvreté, dont le taux demeure élevé, affectant fortement le milieu rural.

Les populations subissent de plus en plus l’inflation, les perturbations de chaînes d’approvisionnement et des besoins humanitaires non couverts par manque de ressources globales. L’insertion de la jeunesse est aussi un facteur non négligeable de la lutte contre la pauvreté. Il s’agit d’initier des programmes et des projets pouvant offrir des perspectives économiques, des emplois et une formation de qualité à une population très jeune. Les enjeux d’une meilleure insertion des jeunes sont cruciaux car il s’agit non seulement de contribuer à la croissance économique, mais aussi d’éviter la migration clandestine, l’exode rural ou l’enrôlement dans les réseaux criminels.

Cela est d’autant urgent que d’excellents progrès statistiques récents (notamment le taux de réussite en forte hausse au Diplôme d’études fondamentales/DEF et au baccalauréat malien) ont été récemment enregistrés par le système éducatif. Même si celui-ci doit encore surmonter l’insécurité qui perturbe l’accès aux classes dans plusieurs localités.

L’autre urgence socioéconomique, c’est de trouver des voies et moyens efficaces de faire face aux conséquences dramatiques des sécheresses (comme cela se profile à l’horizon cette année), des inondations et de la dégradation des terres qui menacent directement l’agriculture, « le cœur de subsistance de millions de Maliens ».

Comme on peut donc le constater, 66 ans après la proclamation de l’indépendance par Modibo Keïta, le Mali s’efforce aujourd’hui de traduire sa quête de souveraineté en « une stabilité interne et une prospérité concrète pour ses citoyens ». Et cela dans un contexte géopolitique marqué par une crise multidimensionnelle avec des défis sécuritaires, politiques et humanitaires majeurs. Ainsi, le pays a pu réaliser quelques actions concrètes traduisant une réelle prise de conscience des décideurs des vrais enjeux de la souveraineté reconquise.

Toutefois, comme le confiait un politologue à la presse, « tant qu’on n’arrive pas à trouver une certaine stabilité politique et institutionnelle, et tant qu’on n’arrive pas à dresser notre système éducatif pour en faire le levier de notre développement socio-économique, on aura encore du chemin à faire ». Pour ce faire, a-t-il conseillé, « il faut aussi que les autorités travaillent de sorte que nous puissions attirer des investissements étrangers dans notre pays ».

En tout cas, depuis le début de la rectification de la transition en mai 2021, notre pays a fixé les critères de sa coopération et fait le choix de nouveaux partenaires. Engagé pleinement au sein de la Confédération des États du Sahel (AES) aux côtés du Burkina Faso et du Niger, le Mali doit continuer à consolider son autonomie stratégique et diplomatique tout en naviguant dans un contexte géopolitique mondial polarisé. Il nous faut développer une diplomatie pragmatique privilégiant surtout les intérêts du pays sur tous les plans !

Moussa Bolly


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