À New York, le président kényan William Ruto relance la bataille pour une représentation permanente de l’Afrique au Conseil de sécurité. Une revendication que Brazzaville défend depuis plus d’une décennie, au nom du Consensus d’Ezulwini.
Le plaidoyer africain revient au cœur du débat onusien. Devant l’Assemblée générale des Nations unies, le président kényan William Ruto a de nouveau dénoncé l’absence de représentation permanente de l’Afrique au Conseil de sécurité. Le continent compte 54 États membres de l’ONU, soit plus d’un quart de l’Organisation, mais aucun des cinq sièges permanents. Pour Nairobi, cette architecture demeure largement héritée de l’ordre international de 1945, à une époque où la plupart des États africains n’étaient pas encore indépendants. « Le monde s’est depuis transformé. Le Conseil de sécurité, lui, ne l’a pas fait », a déclaré William Ruto, appelant à adapter l’institution aux réalités géopolitiques contemporaines. Cette revendication intervient alors que le secrétaire général António Guterres lui-même juge persistante et injustifiable l’absence d’une voix africaine permanente au sein de l’organe chargé de la paix et de la sécurité internationales. Mais Nairobi ne fait que réactiver une bataille diplomatique ancienne. Et, en Afrique centrale, Brazzaville figure depuis longtemps parmi les capitales qui la portent avec constance. Le président Denis Sassou N’Guesso s’est particulièrement investi dans ce dossier. Dès 2014, à Oyo, alors que le Comité des dix de l’Union africaine sur la réforme du Conseil de sécurité se réunissait au Congo, il plaidait déjà pour la correction d’une « injustice historique » et rappelait que l’Afrique ne pouvait rester à l’écart d’un organe dont les décisions concernent directement sa sécurité.
Le discours de Denis Sassou N’Guesso à l’Assemblée générale de l’ONU, en septembre 2023, avait marqué une nouvelle étape. Le chef de l’État congolais y réaffirmait l’attachement de Brazzaville au multilatéralisme et à une réforme du Conseil de sécurité permettant une représentation plus juste des continents. Surtout, il rappelait que la position africaine, scellée dans le Consensus d’Ezulwini, était défendue par le Congo depuis plus d’une décennie. Sa demande était alors explicitement formulée : deux États africains membres permanents, avec droit de veto. « Ce ne serait que justice devant l’histoire », avait-il conclu. Cette ligne n’est pas restée au stade des discours présidentiels. En janvier 2023, Brazzaville avait accueilli la 10ᵉ réunion ministérielle du Comité des dix sur la réforme du Conseil de sécurité. En novembre de la même année, à Oyala, en Guinée équatoriale, Denis Sassou N’Guesso précisait que deux sièges permanents avec droit de veto constituaient l’attente minimale africaine dans un Conseil élargi et rénové. En juillet 2025 encore, le Congo réaffirmait son soutien au modèle africain issu du processus du C10 et à l’octroi de deux sièges permanents assortis du veto.
Une revendication africaine, pas une compétition entre capitales
C’est un point essentiel : la position défendue par Brazzaville n’est pas, officiellement, une candidature congolaise à un siège permanent. Elle s’inscrit dans la position commune de l’Union africaine, qui réclame deux sièges permanents et cinq sièges non permanents supplémentaires, avec les mêmes droits et prérogatives que les membres actuels pour les sièges permanents. Le défi est désormais celui de la négociation, car obtenir le principe d’une réforme ne règle pas la question de la désignation des futurs représentants africains. L’Afrique devra d’abord obtenir les sièges, puis s’accorder sur ceux qui les occuperont. Entre Nairobi, Brazzaville et les autres capitales du continent, le message est donc désormais convergent : après huit décennies, la réforme du Conseil de sécurité n’est plus seulement une question de représentativité institutionnelle. Elle touche à la place de l’Afrique dans la définition des règles de la sécurité internationale. Ruto remet le sujet au premier plan. Sassou N’Guesso rappelle que Brazzaville le porte depuis longtemps. Reste à transformer cette constance diplomatique en résultat institutionnel.
Source : Les Dépêches de Brazzaville
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