Crise en Guinée-Bissau : un appel à la CEDEAO pour accélérer le retour à l’ordre constitutionnel

La crise politique en Guinée-Bissau continue de susciter des appels à une intervention accrue de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Dans une lettre ouverte rendue publique le 3 octobre 2026, 24 personnalités politiques et militantes du Sénégal, du Cap-Vert et de la Guinée-Bissau demandent à l’organisation régionale de renforcer son action en faveur du rétablissement de l’ordre constitutionnel dans le pays. 

Cette démarche intervient alors que la Guinée-Bissau est dirigée par une autorité militaire depuis le renversement du président Umaro Sissoco Embaló. Les signataires estiment que la situation institutionnelle et politique nécessite une implication plus importante de la CEDEAO, conformément aux décisions prises par l’organisation lors de son sommet de Freetown.

Parmi les signataires figurent notamment les anciens Premiers ministres bissau-guinéen et cap-verdien Aristides Gomes et António Gualberto, ainsi que les anciens ministres sénégalais Cheikh Tidiane Gadio et Abdoulaye Bathily. L’historienne Iva Cabral, fille du leader indépendantiste Amílcar Cabral, figure également parmi les signataires. 

Dans leur lettre, les personnalités demandent surtout que les décisions déjà prises par la CEDEAO soient effectivement mises en œuvre. Elles réclament notamment un retour rapide à l’ordre constitutionnel, la libération des détenus politiques et l’établissement d’un calendrier crédible pour mettre fin à la transition militaire. Pour les signataires, la capacité de l’organisation régionale à faire appliquer ses propres décisions est également en jeu.

Le cas de Domingos Simões Pereira, figure majeure de l’opposition et président du PAIGC, occupe une place importante dans les préoccupations exprimées. Les signataires saluent son transfert au Portugal pour des raisons médicales, tout en considérant cette évolution comme insuffisante au regard de la situation politique générale. 

Cette nouvelle interpellation intervient dans un contexte où les organisations régionales et continentales ont déjà exprimé leurs inquiétudes. En mai 2026, le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine avait notamment appelé les autorités de transition à respecter le constitutionnalisme, à préserver les espaces politiques et civiques et à favoriser un dialogue national inclusif. Il avait également demandé à l’Union africaine, à la CEDEAO, aux Nations unies et à la CPLP de coordonner leurs efforts en faveur d’un retour pacifique à l’ordre constitutionnel. 

L’Union africaine avait auparavant demandé la mise en œuvre intégrale et rapide d’une feuille de route de transition devant conduire à des élections crédibles le 6 décembre 2026, tout en appelant à la libération des détenus politiques et au respect des libertés fondamentales.

La situation demeure d’autant plus sensible que l’ancien président Umaro Sissoco Embaló, renversé lors du coup d’État, avait annoncé son intention de revenir dans le pays pour participer à la présidentielle prévue en décembre. Les autorités militaires ont toutefois annoncé le 2 octobre qu’elles lui interdisaient de rentrer en Guinée-Bissau, invoquant notamment des considérations de sécurité et d’ordre public. 

À travers leur nouvelle démarche, les 24 signataires demandent donc à la CEDEAO de passer de ses décisions à leur mise en œuvre effective. La question demeure désormais de savoir quelle réponse l’organisation régionale apportera à cet appel, alors que la Guinée-Bissau reste engagée dans une transition politique dont l’issue doit, selon les engagements régionaux, conduire au rétablissement de l’ordre constitutionnel.

Sory Diakité


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