Afrique: Coton – Le continent veut transformer davantage pour capter plus de valeur

Chaque 7 octobre, la Journée mondiale du coton rappelle l’importance d’une fibre cultivée dans plus de soixante-dix pays et dont dépendent les moyens de subsistance de centaines de millions de personnes. 

Lancée à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2019, la commémoration se tient cette année à Tachkent, en Ouzbékistan, où la conférence des partenaires se déroule ce 7 octobre.

Pour l’Afrique, l’enjeu dépasse toutefois la célébration : il s’agit désormais de déterminer qui captera la valeur d’une matière première que le continent produit en abondance, mais transforme encore très peu.

Un géant agricole, un nain industriel

Le Bénin, le Burkina Faso, le Mali et le Tchad ont constitué à l’OMC le groupe C-4, afin notamment de dénoncer les distorsions de concurrence auxquelles sont confrontés les producteurs africains face aux grands acteurs mondiaux. La Côte d’Ivoire, associée au groupe, a donné naissance à l’appellation C4+.

Lors de la campagne 2024-2025, le Bénin a produit environ 669 000 tonnes de coton, contre près de 656 751 tonnes pour le Mali et quelque 300 000 tonnes pour le Burkina Faso. Malgré ces volumes, près de 98 % du coton produit dans la zone C4+ est encore exporté sans transformation locale.

Le coût d’une fibre exportée brute

Cette faible capacité de transformation représente un manque à gagner considérable. Selon une tribune publiée par Jeune Afrique, la production de fil permettrait à elle seule de doubler la valeur du coton. La fabrication de tissu de base la multiplierait par trois, tandis que les produits confectionnés permettraient de la multiplier par plus de neuf.

Le schéma reste largement inchangé : le coton africain est exporté à l’état brut, transformé principalement en Asie ou en Europe, puis revient sur le continent sous forme de produits textiles finis, parfois difficilement accessibles aux consommateurs locaux.

L’ambition de développer une industrie locale n’est pourtant pas nouvelle. Dès 2003, l’UEMOA avait adopté un « Agenda coton », avec pour objectif de transformer 25 % de la production avant 2020. Les niveaux actuels de transformation montrent toutefois que cette cible reste largement hors d’atteinte.

Le Bénin, laboratoire de l’industrialisation

Face à ce constat, le Bénin a choisi d’accélérer la transformation de sa production. Sa Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ), développée avec la plateforme ARISE, regroupe plusieurs activités de la chaîne textile, notamment la filature, le tissage, la teinture et le tricotage.

Selon l’Associated Press, la zone traite environ 40 000 tonnes de coton béninois et produit entre sept et dix millions de vêtements par an. L’agence estime également que la montée en puissance de la GDIZ a contribué à réduire le déficit courant du pays, passé de 6,2 % du PIB en 2024 à 5,7 % en 2025, selon des données de la Banque africaine de développement.

Les estimations concernant la part de coton effectivement transformée au Bénin restent toutefois variables. La brochure de la zone industrielle indique que ses trois unités intégrées disposent d’une capacité de traitement de 40 000 tonnes de fibre, soit environ 12,7 % de la production béninoise. De son côté, un agroéconomiste cité par l’AFP évoque une proportion pouvant atteindre un tiers du coton transformé.

L’Associated Press souligne par ailleurs que les ouvriers du site n’ont pas été autorisés à s’exprimer devant les journalistes. Ces éléments invitent donc à considérer avec prudence les différents bilans avancés sur les performances de la zone.

Une stratégie continentale

Au-delà du seul cas béninois, la question de la transformation du coton gagne du terrain à l’échelle continentale. Cotonou a accueilli en 2024 la première célébration africaine de la Journée mondiale du coton, avec l’ambition de porter à 50 % la part du coton transformé sur le continent d’ici 2035.

En mars dernier, à Yaoundé, les pays du C4+ ont lancé une plateforme destinée à mobiliser les investissements nécessaires au développement des capacités africaines de transformation.

Afreximbank prépare, de son côté, un dispositif de financement consacré à cette filière, tandis que le Cameroun cherche à rejoindre le groupe.
La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) pourrait également jouer un rôle déterminant en favorisant l’émergence de bassins de transformation à vocation régionale, plutôt que de limiter les investissements à des chaînes de production strictement nationales.

Des perspectives encore incertaines

Sur le marché mondial, le Comité consultatif international du coton (ICAC) prévoit pour la campagne 2026/2027 une production de 26,2 millions de tonnes, légèrement supérieure à une consommation estimée à 25,9 millions de tonnes. Ces perspectives restent toutefois exposées aux aléas climatiques susceptibles d’affecter les récoltes.

Pour l’Afrique, le défi demeure avant tout structurel. Il faudra financer les infrastructures industrielles, garantir un approvisionnement énergétique fiable, améliorer la logistique et former une main-d’œuvre suffisamment qualifiée.
La capacité du continent à relever ces défis déterminera sa place dans la chaîne de valeur mondiale du coton.

L’enjeu n’est plus seulement de produire davantage, mais de conserver une part plus importante de la valeur créée à partir de cette fibre, afin de passer progressivement du statut de fournisseur de matière première à celui d’acteur à part entière de l’industrie textile.

Source : AllAfrica


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