NOUVELLES TECHNOLOGIES DE FUMAGE DU POISSON: Une équation gagnante en termes de santé et d’écologie

Toujours en droite ligne avec la thématique « Innover aujourd’hui pour nourrir demain », les acteurs commencent à mettre l’accent sur la modernisation de la transformation au sein de la filière halieutique. C’est ainsi que les fours de séchage et de fumage améliorés sont largement vulgarisés au Mali par des partenaires comme l’agence belge de développement (ENABEL) ou la FAO. Ils reposent principalement sur deux technologies phares : le four Chorkor et le four FTT-Thiaroye. Ces dispositifs remplacent avantageusement les fûts métalliques coupés en deux et les traditionnels foyers ouverts en banco qui entraînaient de lourdes pertes.

Le plus répandu est le four Chorkor. Il se compose d’une structure rectangulaire solide construite en briques de banco ou de ciment, dotée d’une chambre de combustion interne. Le poisson est disposé sur une série de claies de fumage en bois et grillage métallique empilées les unes sur les autres. Cette structure permet de retenir toute la chaleur de manière homogène. Conçu par la FAO, le four FTT-Thiaroye intègre quant à lui un récupérateur de graisses et un système de filtration de la fumée.

Sa capacité de charge est deux fois plus grande que celle d’un four Chorkor classique. Grâce à une meilleure qualité nutritionnelle et à une apparence plus attractive, le poisson transformé dans ces fours se vend plus cher sur les marchés de Mopti, de Bamako… Pour les groupements de femmes rurales, cela se traduit directement par une augmentation des revenus de 30 % à 50 %, tout en luttant contre la déforestation grâce à l’économie de combustible.

Selon de nombreuses expertises, l’adoption des fours améliorés au Mali apporte une véritable révolution sanitaire pour les transformatrices de poisson, qui travaillent traditionnellement dans des conditions extrêmement éprouvantes. Ces équipements réduisent les risques pour la santé à travers quatre leviers majeurs. En premier lieu, on note une réduction massive de l’exposition aux fumées toxiques. Avec les méthodes traditionnelles, les femmes inhalaient quotidiennement d’épaisses fumées chargées de monoxyde de carbone et de particules fines. Les fours améliorés canalisent la fumée de manière étanche ou intègrent des filtres (système FTT). Ce qui entraîne une diminution drastique des maladies respiratoires chroniques (bronchites, asthme) et des affections oculaires (irritations, conjonctivites et cataractes précoces).

Le deuxième atout réside dans la sécurité alimentaire des consommateurs. Le fumage traditionnel direct expose le poisson à des suies contenant des Hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), notamment le benzo[a]pyrène, reconnus comme hautement cancérigènes. Les fours modernes (surtout le FTT) intègrent un récupérateur de graisses qui empêche l’huile du poisson de couler directement sur la braise, évitant ainsi la formation de ces fumées toxiques. Au final, le poisson est beaucoup plus sain, protégeant la santé publique de l’ensemble de la population.

Tertio, les anciens foyers ouverts exposaient en permanence les femmes et leurs jeunes enfants (souvent présents sur le lieu de travail) à des projections de braises ou à des chutes. Les fours Chorkor ou FTT possèdent une structure maçonnée, fermée et isolante. Les parois extérieures restent donc à des températures raisonnables, éliminant presque totalement le risque de brûlures accidentelles.

Il y a, enfin, l’amélioration de l’ergonomie et la réduction de la pénibilité. Le fumage traditionnel oblige les femmes à rester courbées pendant des heures au ras du sol pour attiser le feu et retourner les poissons un à un. Les nouveaux fours sont construits à hauteur d’homme, et le poisson est manipulé par blocs entiers grâce au système de claies superposées. Cela engendre une réduction significative des troubles musculosquelettiques (maux de dos chroniques, douleurs articulaires et fatigue extrême).

Un impact environnemental indéniable

L’adoption des fours améliorés (comme le Chorkor, le FTT-Thiaroye ou le Sabu-Mania) représente un levier écologique majeur. Dans un contexte sahélien marqué par la désertification, la filière traditionnelle du fumage de poisson exerce généralement une pression insoutenable sur le couvert forestier. L’usage de ces fours engendre une réduction drastique de la consommation de bois de feu. Le fumage traditionnel est extrêmement énergétivoreparce que la chaleur se dissipe, nécessitant l’alimentation continue du foyer avec de grosses bûches. Avec les nouvelles technologies, la chaleur est canalisée et concentrée uniquement vers le produit grâce à une isolation en maçonnerie et à des chambres de combustion fermées. Ces fours permettent d’économiser entre 50 % et 70 % de bois de chauffe. Certaines technologies, comme le FTT-Thiaroye, permettent même d’utiliser des combustibles alternatifs (coques de noix de coco ou résidus agricoles) à la place des arbres.

Au Mali, la transformation du poisson se concentre le long du bassin du fleuve Niger (Delta central, Mopti, Ségou) où les essences d’arbres ciblées pour le fumage sont souvent des espèces locales spécifiques, prisées parce qu’elles brûlent lentement ou donnent un arôme particulier. La coupe intensive de ces bois détruit les forêts galeries qui bordent les cours d’eau favorise l’ensablement du fleuve et détruit les écosystèmes aquatiques car accélérant l’érosion des berges. En divisant par deux ou trois la demande en bois des groupements de transformatrices, cette technologie ralentit directement le recul du couvert forestier de ces zones écologiquement fragiles, permettant la régénération naturelle des arbres.

La combustion incomplète et inefficace du bois dans les foyers traditionnels libère aussi de gigantesques volumes de gaz à effet de serre (CO2, méthane) et de suies (carbone noir). Avec la nouvelle technologie, la combustion est optimisée avec un meilleur apport d’oxygène pour obtenir une braise rouge sans flammes excessives. La baisse de la consommation de bois se traduit mécaniquement par une forte réduction de l’empreinte carbone de la filière halieutique malienne, contribuant aux objectifs nationaux de lutte contre le changement climatique. En protégeant les forêts du Mali, ces fours évitent que l’activité de pêche ne détruise la ressource en bois nécessaire à sa propre survie. C’est un modèle d’économie circulaire où l’efficacité énergétique préserve le capital forestier du pays.

Moussa Bolly


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