RENAISSANCE ET MUTATION DE L’AFRIQUE AU 21ème SIECLE : Devenu contagieux, le virus malien risque de contaminer l’Afrique

Depuis la fin de la 2ᵉ guerre mondiale, la France se charge de maintenir l’Afrique francophone sous sa domination, d’où la doctrine et les pratiques néocoloniales françafricaines. C’est la version française de la stratégie occidentale de maintenir l’Afrique dans la pauvreté pour la prospérité des puissances impérialistes. Ce qui explique les pratiques d’intolérance de toute volonté de souveraineté des ex-colonies françaises, avec son lot de coups d’État et d’assassinats des dirigeants patriotes africains. Mais la rectification de la transition au Mali, qui a conduit à une souveraineté assumée, risque de ne pas être longtemps un cas isolé en Afrique.

C’est Henry Kissinger qui a capturé l’essence de la véritable politique étrangère des États-Unis lorsqu’il a qualifié le nationalisme indépendant de « virus » capable de « contagion ». Il se référait au Chili de Salvador Allende. L’idée selon laquelle il pourrait exister une voie parlementaire vers une forme de démocratie socialiste constituait le virus. On réagissait à cette menace en détruisant le virus et en vaccinant les porteurs potentiels, généralement par l’instauration d’États policiers sanguinaires. Ce scénario a été appliqué au Chili, mais il est bon de rappeler que cette conception valait et vaut toujours pour le reste du monde, notamment les ex-colonies françaises en Afrique où toute idée de souveraineté avait été sanctionnée par tous les moyens, y compris les putsches et les rébellions armées. C’est le scénario aussi envisagé par la France dans le Sahel pour éviter que le virus malien ne devienne contagieux pour provoquer une pandémie en Afrique, notamment dans ses anciennes colonies.

Distinguer le monde « civilisé », d’où la guerre est définitivement bannie, et la « jungle », où les Européens doivent sans hésitation adopter les « lois de la jungle » et les moyens militaires les plus puissants, telle est, selon Robert Cooper, la mission historique de l’Europe postmoderne. Cet impérialisme se caractérise par les cinq monopoles de l’impérialisme libéral, à savoir le contrôle des technologies de pointe ; de l’accès aux ressources naturelles de la planète ; du système monétaire et financier intégré à l’échelle mondiale ; des systèmes de communication et d’information ; et des armements de destruction massive.

Pour faire face à cet impérialisme, il faut un retour aux sources, qui n’est pas un retour en arrière, à travers des valeurs ajoutées des nouvelles générations. Ce choix doit privilégier un système de gouvernance atypique inspiré par nos réalités socioculturelles. Pour s’affranchir totalement de l’impérialisme, l’Afrique, le Mali notamment, doit prôner une gouvernance démocratique qui ne soit pas une singerie de la manipulation des masses par les tenants du capital financier tirant les ficelles dans l’ombre.

La démocratie africaine doit s’inspirer des pratiques traditionnelles pour inventer une gouvernance de développement infrastructurel et superstructurel de rupture des liens de subordination au système impérialiste d’oppression et d’exploitation qui a prévalu durant plus de cinq siècles. Cela nécessite un leadership fort et vertueux d’une élite porteuse de vision, de valeurs et de missions pour passer d’une Afrique objet de l’Histoire à une Afrique actrice de progrès économique, social et culturel de l’humanité. Pour ce faire, il faut aller au peuple pour concevoir avec lui un avenir collectivement désiré, sans aucune contrainte extérieure. Il faut aussi une conception consensuelle des lois, des règlements et des institutions devant régir l’avènement d’une nouvelle Afrique.

Il faut également que les mandataires choisis pour porter la charge de la renaissance et du développement authentique se comportent en vrais démocrates en faisant ce qui a été convenu de commun accord avec le peuple. L’élite africaine doit savoir que tout promettre au peuple et s’enrichir en ne tenant pas ses promesses est un comportement de néocolonisé et contraire aux valeurs africaines d’honneur et de dignité. « Plutôt la mort que la honte », disaient nos ascendants. La honte ? C’était ne pas tenir ses paroles, détourner les biens publics pour s’enrichir, la trahison, la traîtrise…

La rectification de la transition au Mali : point de départ de la vraie renaissance africaine ?

L’Afrique a besoin d’une démocratie dont les animateurs (la classe politique notamment) respectent surtout la double restitution, à savoir que le peuple, à travers ses structures de production et de contrôle, assume sa part de mission avant de demander des comptes aux mandataires. Sinon comment un voleur de biens publics ou un complice des terroristes peut-il demander des comptes à un élu ? Il faut que les mandataires aient l’honnêteté d’une restitution de critique et d’autocritique en vue d’actions correctives avec les mandants. Nous sommes ainsi d’accord avec Aristote quand il écrit, « la démocratie implique la vertu, à son absence tout est perdu » ! 

Il faut espérer que la rectification de la transition au Mali (amorcée en mai 2021) et la création de la Confédération des États du Sahel (AES), le 6 juillet 2024 à Niamey (Niger), soient le point de départ de la véritable renaissance et de la mutation de l’Afrique au 21ᵉ siècle (REMA 21). Celle-ci (renaissance) passe par la concrétisation de tâches titanesques. C’est pourquoi les acteurs africains de cette mission intergénérationnelle doivent être guidés par les quatre vertus qui, rattachées à la force, donnent de la grandeur aux personnes comme aux nations. Ils doivent cultiver la magnificence qui fait voir grand malgré les difficultés de l’entreprise ; la munificence qui fait voir grand malgré le coût des opérations à engager ; la magnanimité qui fait voir grand sans souci d’en tirer égoïstement du profit.

Pour paraphraser Machiavel, je dirai que misérable et vaincu d’avance est le peuple qui nourrit de médiocres projets. La renaissance africaine est ainsi liée à une mutation scientifique ettechnologique découlant des apports nouveaux de l’Afrique à la socialisation et au progrès de l’humanité en ce 21ᵉ siècle.

Nous devons compter sur nos propres forces par un usage efficient et efficace de nos propres ressources, à travers un autoajustement pertinent et une approche de partenariats stratégiques de mise en valeur industrielle de nos immenses ressources minérales, énergétiques et agrosylvopastorales. Cela nous permettra de réunir les moyens et les conditions de création de richesses par l’Afrique, pour les Africains et avec ce dont dispose le continent. Ainsi, le partenariat avec les BRICS+ (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud…) doit être un exemple de ponts et non de nouvelles chaînes. Il doit privilégier des échanges d’enrichissement mutuel dans le respect réciproque.

Il faut aussi à l’Afrique un écosystème de formation continue de capital pour se passer d’aide. Il faut ainsi façonner le nouvel Homme Africain à travers le triple réarmement culturel, politique et économique à la hauteur des enjeux et défis de la grande rupture historique qu’exige la REMA 21. Ce triple réarmement doit se faire à travers le développement du génie créateur africain avec des apports pédagogiques, scientifiques et technologiques de l’ère du numérique et d’Intelligence artificielle (IA). Nous devons savoir et pouvoir tirer profit de l’expérience de notre résilience à la plus cruelle et la plus longue oppression de l’histoire. Et cela sans pour autant tourner le dos à l’héritage culturel, scientifique et technologique de l’humanité.

L’urgence du réarmement moral et culturel

« Allez chercher le savoir jusqu’en Chine », a dit le Prophète Mahomet (PSL). Cinq siècles durant, les arabo-musulmans ont été les précepteurs de l’Europe. Les musulmans ont adopté le papier ; mais sous l’empire Ottoman ils ont refusé l’imprimerie. Ce qui a joué négativement sur la diffusion du savoir, donc sur le développement scientifique et technologique du monde arabe. En ce 21ᵉ siècle, l’Iran, la Russie et la Chine sont les champions en formation d’ingénieurs.

Face à la complexité de la rupture historique (après cinq siècles d’aliénations culturelle, politique et économique), nous proposons les trois réarmements appliqués à l’ensemble 3G : géopolitique, géoéconomique et géostratégique. Cette approche holistique va booster la dynamique de la renaissance africaine. Elle va impulser la rigueur et la constance du leadership des élites avant-gardistes panafricaines sur les programmes et les projets REMA 21. Elle va favoriser la constitution du bouquet synergique des États-Unis d’Afrique à travers la consolidation, l’extension et le développement exponentiel du noyau dur que le Burkina Faso, le Mali et le Niger viennent de constituer à travers la création de la Confédération AES. Cette approche sera également une source de l’unité intangible de pensée et d’action sur les « 3D » (Défense, Diplomatie et Développement) face, d’une part, aux menaces extérieures et, d’autre part, aux défis du développement.

À la longue, on peut s’attendre à un autoajustement et à une approche de partenariats de mise en valeur industrielle de nos ressources donnant naissance à plein investissement, à plein emploi et à une croissance à deux chiffres pour rompre avec le cercle vicieux du sous-développement. Le réarmement économique va doter nos États de grandes capacités de production et d’exportation de produits industriels. Ce qui est de nature à consolider, à étendre et à accélérer le développement des entités comme l’AES.

Pour sa renaissance, l’Afrique a besoin de la transformation structurelle de l’économie classique formelle et informelle afin de tirer 40 à 60 % de la population de la pauvreté en 30 ans. Et nous savons tous que les immenses investissements ci-dessus ne seront pas porteurs de développement s’ils n’impactent pas positivement les acteurs nationaux. Tout comme la rigueur et la constance de gouvernance doivent guider le programme de renaissance avec un mécanisme de restitution et de corrections périodiques.

La conception et la construction d’une nouvelle économie du savoir et d’une nouvelle société africaine universaliste doivent être la finalité de la REMA 21. Et l’adhésion des peuples à ce projet alternatif de renaissance africaine en est une condition sine qua non.

Diatrou Diakité Consultant indépendant


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