Le temps de l’émotion étant relativement passé, il faut regarder la réalité de face après les attaques simultanées et coordonnées qui ont visé notre pays le 25 avril 2026 en coûtant notamment la vie au ministre de la Défense et des Anciens combattants. Ce triste jour, le Mali a été blessé au plus profond de lui-même, dans sa chair et son âme ; la République a été profondément affectée par l’assassinat du Général Sadio Camara et par la mort des civils et des militaires.
Heureusement, grâce à une vigilance accrue et une réactivité exemplaire, les Forces armées maliennes (FAMa) ont vigoureusement repoussé ces assauts en neutralisant des assaillants. La réactivité, la détermination et le professionnalisme des Forces armées et de sécurité ont permis d’infliger aux assaillants d’importantes pertes humaines et matérielles avant qu’ils ne soient contraints au repli. La riposte a été à la hauteur de la menace, de l’affront. Nos Forces de défense et de sécurité sont restées souveraines sur le front.
N’empêche qu’on ne peut s’empêcher de se poser des questions. Comment autant d’hommes ont-ils pu être prépositionnés avec un tel volume de matériel (drones, explosifs…) sans détection préalable ? Comment ont-ils pu accéder si facilement et si rapidement à leurs cibles ? Des interrogations légitimes, d’autant plus que les alertes n’ont pas manqué et ces attaques sont loin d’être spontanées. Elles ont été méticuleusement préparées.
À la veille des attaques (vendredi 24 avril 2026), elles avaient été annoncées sur les réseaux sociaux par les propagandistes du Front de libération de l’Azawad (FLA). Sans compter que certains faits auraient dû exhorter la hiérarchie à plus de vigilance. Avec le retrait de la reconnaissance du Mali à la République sahraouie démocratique, il fallait s’attendre à ce que l’Algérie se manifeste dans la région de Kidal par le biais de ses vassaux du FLA.
« Je n’indexe personne, mais je pense qu’on a pas tiré tous les enseignements de certains événements. Les FAMa ont tué le 22 avril plus de 70 terroristes dans la forêt classée de la Faya, donc dans la lisière de la capitale (à une quarantaine de kilomètres de Bamako). Même si nous savons que les terroristes sont actifs dans un rayon d’au moins 50 km du district, cette présence d’une colonne si importante devait susciter la méfiance », souligne un diplomate africain en poste à Bamako.
En effet, dans le cadre des opérations de surveillance du territoire menées le 22 avril 2026 (selon la DIRPA), les FAMa avaient détecté une colonne d’une quarantaine de motos appartenant à des Groupes armés terroristes (GAT) en mouvement dans la forêt classée de la Faya… Une série de frappes chirurgicales avait permis la neutralisation de plus de soixante-dix terroristes, ainsi que la destruction totale de l’ensemble de leur logistique. Au-delà de ce succès militaire, on devait se dire que ce mouvement dans la périphérie de Bamako n’est pas anodin.
Ces alertes ont-elles été négligées ou minimisées ? Si elles avaient été analysées comme des menaces imminentes, on aurait dû renforcer le cordon sécuritaire autour de certaines institutions et personnalités. Des blindés auraient dû être par exemple positionnés tout autour de la résidence du Général Sadio Camara. En tout cas l’ennemi a infiltré notre système de défense avant d’être stoppé à un moment décisif. Ces actes supposent une infiltration profonde des réseaux de renseignement du Mali ou une aide minutieuse interne. Les premiers éléments de l’enquête diligentée par le Procureur général près le tribunal militaire de Bamako met en évidence des complicités civiles et militaires, notamment des hommes politiques et des militaires en activité.
Comment tous les gens, notamment des militaires en activité, ont-ils pu manœuvrer sans attirer l’attention ? Comment un militaire radié en 2012 pouvait-il se permettre de construire des villages, de changer fréquemment de véhicule… alors qu’il n’exerce aucune activité connue sans que personne ne s’en inquiète ?
Intervenus après que les FAMa aient infligé aux GAT des pertes énormes entre le 19 et le 23 avril, les événements viennent rappeler que nous sommes dans une guerre asymétrique et que l’ennemi va toujours chercher à exploiter la moindre de nos défaillances. Nous devons avoir à l’esprit que défendre la patrie en pareilles circonstances est un combat sans répit qui exige vigilance et prudence. Et, selon un spécialiste, « la riposte ne pourra pas être uniquement cinétique ; elle devra passer par un verrouillage drastique des communications et une sécurisation accrue des vecteurs aériens ».
Comme le disait Robert Greene, dans son livre « Les 33 lois de la guerre », « le terrorisme est d’abord une guerre psychologique. Une guerre contre les esprits avant d’être une guerre contre les corps ». Et selon lui, « le but du terrorisme n’est pas la victoire militaire, mais le chaos ». Et c’est pourquoi, a-t-il préconisé, « la véritable réponse au terrorisme au Sahel ne peut pas être seulement militaire. Elle doit être territoriale, psychologique, économique, éducative, informationnelle et surtout politique ».
À l’avenir, c’est là que réside l’un des véritablesdéfis pour nos autorités !
Moussa Bolly
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