En mars 2023, l’avant-projet de la Politique nationale du livre a été validé. Un plan d’action opérationnel a été tracé pour la période 2024-2028, sous l’égide du Ministère de l’Artisanat, de la Culture, du Tourisme et de l’Industrie hôtelière. Les lignes étaient posées, les priorités identifiées, les ambitions affichées. Trois ans plus tard, en 2026, le constat dérange : les 22 milliards de francs CFA annoncés n’ont toujours pas été mobilisés.
À Bamako, des éditeurs continuent d’imprimer à tirage réduit faute de trésorerie. Certains auteurs avancent une somme d’argent pour voir leur manuscrit devenir un livre. Les libraires travaillent avec des stocks anciens parce que renouveler signifie immobiliser du capital qu’ils n’ont pas. Dans les régions, trouver un ouvrage malien récent relève parfois du parcours du combattant.
Le papier coûte plus cher et les frais d’impression. Les transporteurs répercutent la hausse du carburant. À la fin, c’est le lecteur qui paie le prix fort ou qui renonce.
La Politique nationale du livre devait justement corriger ces failles très concrètes :
– soutenir la production éditoriale locale ;
– faciliter la diffusion vers l’intérieur du pays ;
– renforcer les bibliothèques publiques ;
– structurer la distribution scolaire ;
– accompagner la formation des professionnels.
Sur le papier, l’architecture existe. Sur le terrain, rien ne bouge à l’échelle annoncée.
2026 a été proclamée “Année de l’éducation et de la culture”. Cette proclamation oblige. Elle appelle des actes mesurables, pas des rappels symboliques.
Le ministre Mamou Daffé a sous sa responsabilité un secteur qui ne demande pas de faveur, mais la mise en œuvre d’une décision déjà validée. Ce dossier ne peut pas rester dans les tiroirs administratifs. Il doit revenir à l’agenda gouvernemental, avec un chronogramme public.
En face, il y a le verrou financier. Le ministre Alousseni Sanou détient la clé budgétaire. Vingt-deux milliards sur cinq ans, pour structurer toute une filière nationale, cela représente moins que certains projets d’infrastructures ponctuels. La question n’est donc pas technique. Elle est politique.
Car derrière ces chiffres, il y a un enjeu précis : produire nos propres manuels, soutenir nos chercheurs, publier nos romanciers, traduire nos auteurs en langues nationales, créer des emplois stables dans l’édition et la diffusion.
Un pays qui ne finance pas son livre dépend des contenus des autres.
Aujourd’hui, la chaîne du livre fonctionne par débrouille, par passion, par réseaux informels. Ce n’est pas une stratégie. C’est une survie.
Il ne s’agit pas de réclamer l’impossible. Il s’agit d’exécuter un engagement déjà formalisé en 2023, avec un plan d’action clairement daté. Si 2024 et 2025 ont glissé sans effet, 2026 ne peut pas suivre le même chemin.
Les acteurs du livre n’attendent pas un discours de plus. Ils attendent un décaissement. Une ligne active. Un appel à projets. Une signature qui libère les fonds.
L’Année de l’éducation et de la culture ne prendra sens que si le livre malien cesse d’être une promesse budgétaire.
En savoir plus sur FASSO ACTU
Subscribe to get the latest posts sent to your email.