Le gouvernement du Mali, en partenariat avec l’Organisation internationale du Travail (OIT), a franchi une nouvelle étape dans sa politique de transformation du marché du travail avec l’ouverture, ce mardi 30 juin à Bamako, de l’atelier national de validation du rapport de diagnostic de l’économie informelle au Mali. Les travaux, qui se poursuivent jusqu’au 1ᵉʳ juillet 2026, visent à valider les résultats d’une étude stratégique devant servir de fondement à l’élaboration de la future stratégie nationale intégrée de transition vers l’économie formelle. La cérémonie d’ouverture a été présidée par M. Drissa Guindo, Secrétaire général du ministère de l’Entrepreneuriat national, de l’Emploi et de la Formation professionnelle, en présence des représentants des départements ministériels, des partenaires sociaux, des organisations professionnelles de l’économie informelle, des partenaires techniques et financiers ainsi que des experts de l’OIT.
Présenter les principaux résultats du diagnostic, examiner la pertinence des analyses et recommandations, recueillir les observations des différentes parties prenantes, valider les orientations stratégiques et définir les prochaines étapes devant conduire à la finalisation du rapport ainsi qu’à l’élaboration des plans d’action sectoriels ! Tels sont les objectifs de l’atelier national de validation du rapport de diagnostic de l’économie informelle au Mali qui se tient à Bamako du 30 juin au 1ᵉʳ juillet 2026.

Dans son allocution d’ouverture, M. Drissa Guindo a rappelé que cet atelier s’inscrit dans la mise en œuvre de la Recommandation N°204 de l’OIT relative à la transition de l’économie informelle vers l’économie formelle, adoptée en 2015. Il a salué l’accompagnement technique et financier de l’OIT, notamment son Bureau de pays d’Abidjan, ainsi que l’implication des structures nationales ayant contribué à la réalisation de cette étude diagnostique. Le représentant du ministre de l’Entrepreneuriat national, de l’Emploi… a souligné que la formalisation de l’économie constitue aujourd’hui un enjeu majeur de développement économique et social.
Selon M. Guindo, la transition vers l’économie formelle ne consiste pas uniquement à régulariser les activités économiques, mais vise surtout à garantir un travail décent, renforcer la protection sociale, favoriser la création d’entreprises pérennes et améliorer les conditions de vie des travailleurs. Il a rappelé que la Recommandation N°204 poursuit plusieurs objectifs essentiels, notamment faciliter la transition des travailleurs et des unités économiques vers le secteur formel, promouvoir la création d’emplois décents et prévenir l’informalisation des emplois dans l’économie formelle.
Le Secrétaire général du département de tutelle a dressé un constat préoccupant de la situation de l’emploi au Mali. S’appuyant sur les données de l’Observatoire national de l’emploi et de la formation (ONEF), il a indiqué que le taux d’emploi informel demeure extrêmement élevé, même s’il a connu une relative baisse, passant de 98 % en 2013 à 96 % en 2025. À l’échelle mondiale, les estimations de l’OIT pour 2025 révèlent que plus de deux milliards de personnes exercent dans l’économie informelle, représentant près de 58 % de l’emploi mondial, avec une prévalence particulièrement élevée sur le continent africain.
Pour le gouvernement, ces chiffres traduisent l’ampleur des défis à relever en matière de protection sociale, de productivité, de croissance économique et de développement durable. Réalisée avec l’appui technique et financier de l’OIT, l’étude diagnostique constitue désormais la base de travail devant permettre l’élaboration d’une stratégie nationale intégrée de transition de l’économie informelle vers l’économie formelle. Le Secrétaire général du MENEFP a invité l’ensemble des participants à privilégier des échanges francs, ouverts et constructifs afin d’adapter les recommandations aux réalités économiques et sociales du Mali.

Intervenant au nom de la Directrice du Bureau de pays de l’OIT à Abidjan (Côte d’Ivoire), Mme Dedoh Assirifx Marie Laur a salué le leadership du gouvernement malien dans la conduite de ce processus stratégique. Elle a rappelé qu’un premier atelier consacré à la Recommandation n°204 avait été organisé il y a près d’un an à Bamako, permettant de créer une compréhension commune des enjeux et de lancer une dynamique nationale fondée sur le dialogue social.
La représentante de l’OIT a également mis en avant la décision prise par la Ministre Oumou Sall Seck de créer un groupe national de travail chargé de superviser l’ensemble du processus de transition vers l’économie formelle. Regroupant administrations publiques, partenaires sociaux, organisations professionnelles et institutions nationales, ce mécanisme vise à assurer le suivi technique du diagnostic et à préparer les bases de la future stratégie nationale.
Dans son discours, Mme Dedoh Assirifx Marie a insisté sur le fait que l’économie informelle ne saurait être réduite à quelques indicateurs statistiques. Elle englobe une diversité de situations touchant les travailleurs indépendants, les salariés, les apprentis, les artisans, les commerçants, les exploitants agricoles, les travailleurs des mines, du bâtiment, des services ainsi que de nombreuses femmes entrepreneures et jeunes en quête d’insertion professionnelle. Le diagnostic confirme que plus de neuf travailleurs sur dix occupent un emploi informel au Mali et que la quasi-totalité des unités économiques évoluent en dehors du secteur formel.

Pour l’OIT, la formalisation ne doit pas être perçue comme une simple opération administrative ou fiscale, mais comme un processus progressif permettant d’améliorer les conditions de travail, de renforcer les compétences, de faciliter l’accès aux technologies, aux financements et aux marchés tout en développant un environnement favorable aux entreprises.
Les travaux de validation permettront d’examiner les caractéristiques sectorielles de l’informalité, d’identifier les facteurs explicatifs, d’évaluer les politiques publiques existantes et de consolider les recommandations devant orienter la future stratégie nationale. L’approche retenue repose sur une large participation des ministères concernés, des organisations syndicales, des organisations professionnelles, des acteurs de la société civile et des partenaires techniques et financiers afin de construire un document consensuel répondant aux réalités nationales.
À l’issue de l’atelier, les observations formulées seront intégrées dans la version définitive du rapport. Celui-ci servira de référence pour le recrutement d’un consultant chargé d’élaborer la stratégie nationale intégrée de transition vers l’économie formelle ainsi que les plans d’action sectoriels.
Sory Diakité
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