« Échos du Mali : Nos comptines en chœurs » ! C’est une caravane initiée par l’Association culturelle Ziiri-Naamu qui a sillonné les établissements scolaires de la capitale du 1ᵉʳ au 30 juin 2026. Cette noble initiative cible les enfants du Mali pour leur transmettre nos valeurs culturelles : « Nous voulons revaloriser une de nos sources éducatives, à savoir les contes ou ziiri », indique la présidente de l’association, Mariam Sangaré dite Sista Mam, reggaewoman et promotrice de Mali Festi Reggae (festival de reggae). Une noble initiative de préservation et de transmission de nos valeurs sociétales car, comme l’a dit une directrice d’école, « les comptines n’enseignent pas seulement des mélodies. Elles enseignent la vie et la culture ». Elles enseignent la rigueur, la discipline et forgent la réussite.
Le conte est un récit de fiction caractérisé par sa transmission orale originelle et la présence d’éléments merveilleux. En tant que genre littéraire et outil pédagogique, il joue un rôle majeur dans la transmission des valeurs, l’éveil de l’imagination et la structuration psychologique des individus. La comptine exige que l’oreille précède le corps ; chanter en chœur, c’est s’ajuster à l’autre sans l’étouffer, et quand la comptine nomme « maman », « papa », l’enfant se racine. Consciente de tout cela, l’équipe de Ziiri-naamu éclaire chaque séance pour favoriser cette transmission ancestrale plus que jamais souhaitable aujourd’hui auprès de la jeunesse malienne.
La fonction culturelle des comptines n’est plus à démontrer. Ils contribuent à développer l’imagination et la créativité des enfants. « Toutes ces histoires de magie, de princes et d’épées ensorcelées vont développer l’imaginaire et le potentiel de création chez les enfants, deux éléments clés dans leur développement personnel. La créativité va leur permettre de relever des défis plus facilement dans leur vie et l’imaginaire de se construire et de développer leurs habilités sociales », dit un sociologue.
Les contes contribuent aussi à développer « une écoute active ». En effet, souligne notre spécialiste, « lorsqu’on raconte une histoire, on place l’écoute au centre de l’action. Les contes permettent ainsi de capter l’attention des plus petits et de leur apprendre à prendre le temps d’écouter. Une compétence qui est un préalable à beaucoup d’apprentissages ». On adore également les comptines pour le plaisir de « passer un bon moment ensemble ». La lecture permet de partager du temps utile en famille, de passer des moments intimes avec ses enfants.
Ce qui crée naturellement des bons souvenirs ensemble. Selon de nombreux conteurs, les contes et histoires permettent de développer le vocabulaire des enfants et aussi leur capacité à mettre des mots sur les choses. La parole permet de nommer, décrire et communiquer sur l’environnement qui nous entoure. Les contes permettent de faire prendre conscience aux enfants de la puissance des mots, de distinguer le bien du mal…
Tout comme ces belles histoires permettent aussi aux enfants de mieux comprendre et de contrôler leurs émotions ou encore leurs peurs. Grâce à elles, les enfants pourront nommer et affronter plus facilement les difficultés qu’ils auront et diminuer leur anxiété. Les psychologues disent aussi que « les enfants ont besoin de se créer un monde imaginaire ou un univers bien à eux afin d’apprendre à vivre avec la réalité qui les entoure. Et les contes les aident à se créer ce monde ». C’est ainsi que le psychiatre Bruno Bettelheim a écrit que « les enfants ont besoin de l’appui de la magie pour pouvoir affronter la vie ». Comme l’a si bien défendu le pédiatre et psychanalyste britannique Donald Woods Winnicott, « le petit enfant doit être capable d’avoir peur afin d’être soulagé de ce qui est mauvais pour lui ».
Sur le plan culturel, les comptines préservent et transmettent les coutumes, les traditions, les croyances et les mythes d’une culture. Ils servent à préserver la tradition orale, offrant une voie pour honorer et transmettre le patrimoine culturel d’une communauté d’une génération à l’autre. Comme la parole, qui engage l’individu, elle (tradition orale) engage la société. Elle est le porte-parole de la pensée et des valeurs collectives et remplit ainsi des fonctions pédagogiques, politiques, initiatiques. En mettant en scène les problèmes quotidiens, elle assure le maintien et la survie du groupe.
Le patrimoine malien regorge également d’activités ludiques à forte portée éducative, avec une capacité indéniable à transmettre des valeurs. Nous avons notamment les jeux de réflexion tels que lewari (awalé) qui stimule le calcul mental, la stratégie et la socialisation. Dans notre société, les jeux socio-éducatifs combinent le patrimoine culturel local et les méthodes actives d’apprentissage. Ils jouent ainsi un rôle central dans le développement de l’enfant et contribuent à l’acquisition de compétences psychosociales tout en limitant les inégalités
D’une manière générale, les chants, les contes, les jeux socioéducatifs… sont utilisés traditionnellement pour la socialisation, la transmission des codes de bonne conduite et la mémoire historique. Comme on le dit souvent, quand c’est bon, il faut le dire ! Il faut aussi le rendre visible en louant l’initiative et en encourageant les initiateurs. Avec l’initiative de Ziiri-naamu, Sista Mam gagne sans doute son statut de « Danbe Kolosiba », gardienne des valeurs !
Moussa Bolly
En savoir plus sur FASSO ACTU
Subscribe to get the latest posts sent to your email.