Lancée le 1ᵉʳ juin et portée par l’Association culturelle Ziiri-naamu, la tournée scolaire du projet Écho du Mali : « Nos comptines en chœurs » s’est achevée le 30 juin 2026 à Katibougou (commune du Manden) au sein du Groupe scolaire de cette localité. La cérémonie de clôture a été une fête grandiose rehaussée par la présence d’éminentes personnalités comme le conseiller spécial du président de la Transition, M. Aguibou Dembélé ; Dr Hamadoun I. Touré, ancien Secrétaire général de l’Union internationale des télécommunications (UIT), ancien ministre de la Communication et de l’Économie numérique du Mali et Directeur exécutif de Smart Africa…
Reconnecter les enfants à leur patrimoine culturel ! Faire redécouvrir à nos enfants la beauté de nos comptines traditionnelles et les valeurs qu’elles transmettent de génération en génération ! Telle est l’ambition de l’Association Ziiri-naamu de Mme Traoré Mariam Sangaré dite Sista Mam. Une ambition concrétisée à travers le projet Écho du Mali : « Nos comptines en chœurs ».
« Dans notre Mali éternel, la transmission du savoir n’a pas commencé dans les salles de classe. Elle s’est d’abord construite au sein de nos familles, dans nos concessions, sous l’arbre à palabres, autour de nos anciens. La connaissance ne s’écrivait pas encore sur le papier ; elle se transmettait par la parole, par le chant, par le rythme et par la mémoire. C’est cette école-là qui a formé des générations entières de Maliens », a rappelé Mme Traoré dans un discours qui a été l’un des temps forts de la cérémonie de clôture. Présidente de l’Association Ziiri-naamu, elle est artiste (reggae), animatrice, conteuse, actrice de cinéma, entrepreneure culturelle… Et de préciser, « elle (l’école) naissait le soir, lorsqu’une grand-mère rythmait le temps de ses mains et qu’un enfant, les yeux brillants, découvrait le monde en répétant une comptine. Voilà notre première école. Voilà notre première bibliothèque, notre premier patrimoine vivant ».
Pendant un mois (1ᵉʳ-30 juin 2026), l’équipe de Ziiri-naamu a sillonné vingt établissements scolaires et centres éducatifs de Bamako et de ses environs. À chacune des étapes, la mémoire de nos ancêtres a résonné à travers les voix des enfants, redonnant vie à un patrimoine oral qui continue de traverser les générations. Le temps d’un après-midi, les comptines maliennes ont fait vibrer les murs des établissements scolaires qui ont eu le privilège d’accueillir la caravane. Les pas des caravaniers (Yacouba, Mamadou, Medhy, Robert, Baba, Malick, Aguibou, Djénéba et Sista Mam) les ont conduits dans les écoles les plus modestes comme dans celles qui sont les mieux équipées. Ils ont également partagé ces moments de pur bonheur avec des enfants autistes, trisomiques ou vivant avec un handicap. Et cela d’autant plus que, a rappelé Sista Mam, « nos comptines n’établissent aucune différence. Elles rassemblent. Elles accueillent. Elles donnent à chaque enfant une place dans le chœur du Mali ».
La fin en apothéose dans une vive émotion à Katibougou
« Au-delà de l’apprentissage des comptines, le projet avait pour objectif d’enseigner aux tout-petits leur phonétique, leur signification profonde, les leçons qu’elles renferment, les conseils qu’elles transmettent ainsi que les valeurs qu’elles véhiculent. Les enfants ont également été initiés aux jeux et aux chants traditionnels qui accompagnent ces comptines depuis des générations », nous rappelle Mme Traoré Mariam Sangaré dite Sista Mam. À la clôture à Katibougou, l’émotion était palpable. « Il y a encore quelques années, personne n’aurait imaginé qu’un tel événement puisse être organisé ici », a confié M. Salif Koné, premier conseiller du chef de village. Après avoir adressé ses bénédictions aux organisateurs et donné son accord pour accueillir cette cérémonie dans son village, les prestations artistiques se sont enchaînées : chorégraphies, poésies et interprétations des jeunes du village, toutes placées sous le signe de la paix, cette valeur si chère au peuple malien.
« J’ai eu la chair de poule. Les projections m’ont replongé dans mon enfance ; j’ai eu l’impression de revivre ces moments », a confessé le maire du Mandé, Honorable Ousmane Kouyaté, en saluant une initiative qu’il considère « d’utilité publique » et en invitant les collectivités, les partenaires et les populations à soutenir et accompagner ce type de projet.
En droite ligne de la décision des autorités de la Transition de consacrer l’année 2026-2027 à la culture et à l’éducation, la cérémonie était placée sous la présidence de M. Aguibou Dembélé, conseiller spécial du président de la Transition. Dans son intervention, il a salué l’initiative de Ziiri-naamu, estimant qu’elle participe pleinement à la refondation du Mali. « C’est cela, la véritable refondation », a-t-il déclaré devant les journalistes venus nombreux couvrir cette cérémonie, symbole d’un engagement collectif en faveur de la sauvegarde du patrimoine culturel. Le conseiller spécial a enfin invité les mécènes et les partenaires à accompagner ce projet parce que, a-t-il rappelé, « tout part de là ». Pour Sista Mam, sa présence « traduit un attachement profond à ce qui constitue l’âme même de notre Nation : sa culture, son histoire et sa jeunesse ».
« Votre engagement constant en faveur de l’enfance est une véritable source d’espérance. Grâce à votre soutien, des centaines d’enfants découvrent aujourd’hui qu’ils sont les héritiers d’un patrimoine culturel d’une richesse inestimable. Merci de croire en eux et de croire en ce projet », a-t-elle déclaré en s’adressant à Mme Coumba Diawara Touré, présidente de la Fondation ADA. Quant à la directrice du groupe scolaire de Katibougou, Mme Konaté Mariam Koné, elle a été très émerveillée d’accueillir le projet d’apprentissage des jeunes en comptines au sein de son établissement. Elle a aussi salué ses enseignants et leurs élèves qui ont effectué le déplacement pour prendre part à la cérémonie. Sans oublier les notabilités et les autorités administratives et coutumières.
De nouveaux ambassadeurs envoyés en mission auprès de leurs camarades et dans leurs familles
« Chers enfants, je vous confie aujourd’hui une mission. En rentrant chez vous, apprenez une comptine à votre petit frère, à votre petite sœur, à un cousin ou à un camarade qui ne la connaît pas encore. Si chacun de vous transmet une seule comptine, alors demain, ce seront des milliers de voix qui feront vivre notre patrimoine. C’est ainsi que commence la sauvegarde d’une culture : de bouche à oreille, de cœur à cœur, de génération en génération », a conseillé Sista Mam en s’adressant directement aux enfants pour leur confier une mission. Elle a également eu une pensée pour tous les enfants qui n’ont pas pu prendre part à la tournée, les invitant, eux aussi, à devenir les gardiens et les ambassadeurs des comptines maliennes.
« Vous n’êtes pas seulement des enseignants. Vous êtes les premiers artisans de l’avenir de notre pays. Chaque jour, vous semez dans le cœur de nos enfants les graines du savoir, du civisme et de l’amour de notre patrie », a souligné Mme Mariam Sangaré Traoré pour manifester sa « profonde reconnaissance » à la directrice du groupe scolaire de Katibougou et à ses enseignants. Et d’ajouter, « aujourd’hui, Katibougou n’est pas une école parmi d’autres. Elle devient le symbole de l’aboutissement d’une magnifique aventure humaine ».
Pour rappel, à travers le projet Échos du Mali : Nos comptines en chœurs, l’Association culturelle Ziiri-naamu a déjà donné naissance à plusieurs œuvres, notamment Bunturulen, Né Na Tigueh et Djamou-Djamou, tandis que d’autres créations sont actuellement en préparation. « Notre ambition initiale était de rencontrer 50 000 enfants. Mais l’accueil extraordinaire que nous avons reçu dans les écoles nous montre que ce projet répond à une véritable attente. Partout où nous sommes passés, nous avons vu des enfants chanter, sourire, participer, poser des questions et surtout être fiers de découvrir ou de redécouvrir leur propre culture. C’est sans doute notre plus belle récompense », a indiqué Sista Mam.
Mais la présidente Ziiri-naamu est aussi consciente qu’il leur reste encore « beaucoup de chemin à parcourir ». Et malgré leur détermination, elle (l’association) aura besoin du soutien de tous ; notamment des directeurs d’école, des enseignants, des parents d’élèves, des autorités administratives et coutumières, des partenaires qui les ont accompagnés tout au long de cette tournée. « Sans votre confiance, cette belle aventure n’aurait pas été possible. Notre projet ne peut grandir seul. Il ne peut être celui d’une seule association. Il doit devenir un projet partagé par toute la nation », a conclu Sista Mam avec beaucoup d’espoir. Faisons alors de notre engagement collectif la transmission de nos comptines et des valeurs qu’elles portent de génération en génération.
Moussa Bolly
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