BAISSE DE LA TENSION ENTRE BAMAKO ET ALGER : Les fruits de la discrète médiation russe ?

Vendredi dernier (10 juillet 2026), le Mali a annoncé le retour de son ambassadeur à Alger et la réouverture de son espace aérien aux appareils civils et militaires en provenance ou à destination de l’Algérie. Alger a levé le même jour ses propres restrictions aériennes, ouvrant une phase d’apaisement après plus d’un an de crise entre les deux voisins. Si on ne connaît pas pour le moment les concessions faites de part et d’autre pour allumer et fumer le calumet de la paix, des sources diplomatiques nous révèlent que ce dégel est le fruit d’une « discrète, mais efficace médiation » de Moscou entre Bamako et Alger en collaboration avec Niamey. C’est en tout cas une aubaine pour un franc partenariat axé sur le développement durable.

La tension entre le Mali et l’Algérie a connu une « évolution majeure » vendredi dernier (10 juillet 2026). En effet, ce jour, le gouvernement de transition a annoncé le retour de son ambassadeur à Alger et la réouverture de son espace aérien aux aéronefs algériens. Le même jour, la presse algérienne (se référant à un communiqué du ministère de la Défense nationale/MDN) a rapporté que l’Algérie a aussi décidé de rouvrir entièrement son espace aérien national à la circulation aérienne malienne, actant du coup un apaisement après des mois de rupture.

Selon le communiqué publié vendredi dernier par le gouvernement malien, ces décisions ont été prises dans le cadre de « la redynamisation des relations de coopération et d’amitié entre la République du Mali et la République algérienne démocratique et populaire ». Il faut souligner que le rappel à Bamako de l’ambassadeur du Mali et la fermeture de l’espace aérien à l’Algérie remontaient à la destruction d’un drone malien par l’armée algérienne dans la nuit du 31 mars au 1ᵉʳ avril 2025 près de Tinzaouatène, à la frontière entre les deux pays.

Alger avait justifié cet acte par une violation de son espace aérien. Une version contestée par Bamako, qui affirmait que l’appareil avait été abattu au-dessus de son propre territoire. Le Mali a par la suite durci sa position en quittant, le 2 mai 2026, le Comité d’état-major opérationnel conjoint (CEMOG), structure antiterroriste basée à Tamanrasset et active depuis quinze ans avec la Mauritanie et le Niger. La tension diplomatique a souvent donné lieu à des joutes verbales entre les autorités des deux pays dans les fora internationaux, notamment à la tribune des Assemblées générales des Nations unies. Avant les incidents indiqués plus haut, les autorités de la transition au Mali avaient déjà dénoncé l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali (APR) de 2015 issu du processus d’Alger de 2015, dont le principal garant était donc l’Algérie.

Un pas décisif vers la stabilité au Sahel avec le soutien de la Russie ?

Selon des observateurs, « cette reprise des relations diplomatiques et de la circulation aérienne constitue l’avancée la plus significative depuis le début de la crise, facilitant la coordination sur les questions transfrontalières, même si certains dossiers sensibles demeurent ». Quels sont les gages qu’Alger a donnés à Bamako pour parvenir à ce dégel ? Notre voisin a-t-il par exemple décidé de ne plus servir de base arrière aux terroristes de l’utopique Azawad pour déstabiliser le Mali ? Dans les coulisses diplomatiques, on est pour le moment moins bavard sur les concessions faites de part et d’autre. « Le plus important, c’est de tourner la page de cette crise, de faire baisser la tension et de se tourner vers l’avenir », a laissé entendre un diplomate à Bamako.

Selon des observateurs, tout s’est finalement joué en marge de la 2ᵉ session des consultations entre les ministres des Affaires étrangères de la Confédération des États du Sahel (AES) et de la Fédération de Russie organisée le mercredi dernier (8 juillet 2026) à Niamey. Le chef de la diplomatie russe, M. Sergueï Lavrov, aurait profité de sa présence dans la capitale nigérienne pour convaincre (appuyé par le Niger) le Mali d’accepter de tourner la page de la crise du « drone abattu » pour sauver la vie des leaders des terroristes du FLA et du JNIM réunis à la frontière.

Nous savons qu’il a eu une séance de travail avec la délégation malienne conduite par le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, M. Abdoulaye Diop. Et ce n’est un secret pour personne que, depuis la dénonciation de l’Accord issu du processus d’Alger, la Russie n’a pas cessé de proposer ses services de médiation pour apaiser les tensions diplomatiques entre les deux voisins. Étant un partenaire stratégique d’Alger et un allié militaire majeur de Bamako, Moscou a tenu à rapprocher Maliens et Algériens.

Des observateurs diront aussi que la débâcle des terroristes du GSIM et du FLA face aux FAMa et leurs partenaires (Africa Corps, le Groupe d’autodéfense touareg imghad et alliés/GATIA et Mouvement pour le salut de l’Azawad/MSA) à Anefis, dans la région stratégique de Kidal, a accéléré le réchauffement. En effet, les FAMa, appuyées par leurs partenaires, contrôlent à nouveau la ville et le camp militaire d’Anefis (région de Kidal), après avoir brisé le siège imposé par la coalition terroriste FLA et JNIM à la suite de violents combats. Selon des sources concordantes, si l’Algérie a accepté (pour des raisons humanitaires) d’accueillir des blessés (dont Iyad Ag Ghali, le leader du JNIM) sur son sol, elle aurait catégoriquement refusé (à la demande de Moscou ?) d’apporter tout soutien militaire aux groupes terroristes. Mieux, indiquent des sources, l’Algérie a empêché des renforts venant de la Libye de transiter par son territoire.

En tout cas, comme l’a si bien souhaité le Conseil supérieur des Imghads et alliés (CSIA), dans un communiqué saluant le réchauffement entre Bamako et Alger, les actes posés le 10 juillet dernier ne doivent pas être une fin en soi. Les autorités des deux pays doivent maintenant œuvrer à « consolider cette dynamique en développant un partenariat fondé sur le respect de la souveraineté de chaque État, la confiance réciproque, la solidarité, la lutte commune contre les menaces transnationales et la promotion d’un développement partagé au bénéfice des populations des zones frontalières ».

C’est aussi l’avis de l’ancien ministre Harouna Niang (dans une tribune) pour qui « le dialogue retrouvé doit maintenant produire la paix et le développement ». L’ancien ministre de l’Industrie, du Commerce et de la Promotion des investissements du Mali indique que « cette décision dépasse largement le cadre des relations bilatérales. Elle adresse un message fort à l’Afrique et au monde : même les différends les plus sensibles peuvent être résolus lorsque les dirigeants privilégient le dialogue, placent l’intérêt supérieur de leurs peuples au-dessus des considérations conjoncturelles et restent attachés aux principes qui fondent les relations internationales ».

Désormais, selon l’économiste, il appartient aujourd’hui au Mali et à l’Algérie « d’écrire ensemble une grande page de coopération sécuritaire, économique et humaine. Cette coopération ne profitera pas seulement à nos deux pays. Elle bénéficiera à l’ensemble du Sahel et au-delà. Car un Sahel plus sûr est aussi un Sahel plus attractif pour les investissements, plus favorable à la création d’emplois et plus propice à un développement durable ». Et M. Niang de conclure en rappelant que « la diplomatie ouvre les portes de la paix et la sécurité les protège, mais le développement durable est celui qui les maintient durablement ouvertes ».

Il revient alors aux dirigeants des deux pays d’éviter de nouvelles escalades et de faire en sorte que ce 10 juillet 2026 soit véritablement le point de départ d’une nouvelle dynamique partenariale. Comme l’a si bien dit le doyen Seidina Oumar Dicko (journaliste-écrivain) dans sa dernière chronique dans « Aujourd’hui-Mali » (N°516 du vendredi 10 juillet 2026), « Le Sahel entre ainsi dans une nouvelle étape de son histoire : plus exigeant envers lui-même, plus sélectif dans ses alliances et plus déterminé à défendre sa souveraineté. Cette évolution ne traduit pas un repli sur soi ; elle exprime la volonté d’établir des relations internationales fondées sur le respect réciproque. Car le Sahel ne refuse pas la coopération. Il refuse simplement que celle-ci se transforme en tutelle. Le XXIᵉ siècle consacrera les peuples qui auront choisi d’être les acteurs de leur propre développement plutôt que les spectateurs des décisions prises pour eux ». L’Algérie doit désormais en tenir compte dans ses relations avec les pays de l’AES, notamment le Mali !

Moussa Bolly


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