Le Mali affiche de grandes ambitions pour son agriculture. En s’appuyant sur l’immense potentiel de l’Office du Niger, les autorités entendent faire du pays une référence continentale en matière de production agricole et de transformation agro-industrielle à l’horizon 2063. Cette vision a été présentée lors de l’atelier du Réseau des journalistes pour la promotion des produits agrosylvopastoraux et halieutiques en Afrique de l’Ouest et au Sahel (ReJPAH-AOS), organisé à Ouagadougou du 16 au 17 juillet 2026.
Au cœur de cette ambition figure la Stratégie de Développement Global de l’Office du Niger (SDG-ON 2063), un document stratégique qui propose une transformation profonde de l’un des plus vastes périmètres irrigués d’Afrique en un véritable pôle de souveraineté alimentaire, de croissance économique et d’intégration régionale.
Présentée par Bamoye Keïta, Directeur de l’Informatique, de la Planification et des Statistiques de l’Office du Niger, cette stratégie marque un changement de paradigme. L’objectif n’est plus seulement d’accroître la production agricole, mais de bâtir un complexe agro-industriel capable de créer davantage de valeur ajoutée, de générer des emplois et de renforcer durablement la résilience économique du Mali.
Un potentiel encore largement sous-exploité
Créé en 1932 avant d’être nationalisé en 1961, l’Office du Niger constitue aujourd’hui le principal bassin de production agricole du Mali. Situé dans le delta intérieur du fleuve Niger, il dispose d’un potentiel irrigable estimé à près de 1,9 million d’hectares, dont moins de 10 % sont actuellement aménagés.
Chaque année, cette vaste zone agricole produit entre 750 000 et 850 000 tonnes de riz paddy, auxquelles s’ajoutent plusieurs centaines de milliers de tonnes de produits maraîchers ainsi que diverses cultures de diversification. L’ensemble représente une valeur économique annuelle estimée à 350 milliards de francs CFA.
Malgré ces performances, les responsables du secteur estiment que les capacités de l’Office du Niger restent insuffisamment exploitées. Les infrastructures hydrauliques vieillissantes, les effets du changement climatique, les conflits fonciers, la faible diversification des productions et l’insuffisance des investissements privés figurent parmi les principaux obstacles à lever.
Une vision structurée autour de six axes majeurs
Pour relever ces défis, la SDG-ON 2063 s’appuie sur une stratégie articulée autour de six piliers essentiels : la réforme de la gouvernance institutionnelle, la modernisation des infrastructures hydrauliques, l’extension des superficies aménagées, l’intensification des productions agricoles, le développement d’une véritable industrie de transformation et le renforcement de la gestion environnementale et sociale.
L’ambition est de porter progressivement les superficies aménagées à un million d’hectares d’ici 2063 et d’atteindre une production annuelle de 7,5 millions de tonnes de riz, tout en développant de nouvelles filières stratégiques comme le blé, les cultures maraîchères, l’élevage, la production laitière et la pisciculture.
La stratégie prévoit également l’implantation de plateformes agro-industrielles modernes à Niono, Kolongo, M’Béwani et Macina, destinées à assurer la transformation locale des productions agricoles, renforcer les chaînes de valeur et améliorer la compétitivité des produits maliens sur les marchés régionaux et internationaux.
Plus de 3 500 milliards de FCFA pour transformer l’agriculture
La réalisation de cette ambitieuse feuille de route nécessitera un investissement global évalué à 3 500 milliards de francs CFA, dont 1 182 milliards de francs CFA mobilisables sur la période 2026-2033.
Pour financer ce vaste programme, les autorités misent sur une combinaison de mécanismes innovants, notamment les partenariats public-privé, les obligations vertes, la titrisation de la redevance eau ainsi que la création d’un fonds de garantie destiné à faciliter l’accès des exploitants agricoles aux financements.
Un projet au service de la souveraineté alimentaire de l’AES
Au-delà des frontières maliennes, la SDG-ON 2063 s’inscrit dans la dynamique d’intégration économique portée par la Confédération des États du Sahel (AES). Les autorités rappellent que le premier Forum de l’AES sur le développement agricole, organisé à Bamako en 2025, avait recommandé de faire de l’Office du Niger le principal agropole rizicole de l’espace confédéral afin de réduire durablement la dépendance alimentaire de la région.
À terme, les projections sont particulièrement ambitieuses. Le projet devrait porter la contribution de l’Office du Niger à près de 20 % du produit intérieur brut (PIB) du Mali, générer plusieurs millions d’emplois directs et indirects, réduire significativement les importations alimentaires et positionner le pays parmi les principaux exportateurs de produits agricoles transformés au sein de l’AES et de l’UEMOA.
À travers cette présentation devant des professionnels des médias ouest-africains réunis à Ouagadougou, le Mali a réaffirmé sa conviction que la souveraineté alimentaire ne saurait reposer uniquement sur l’augmentation des volumes de production. Elle passe également par une gouvernance modernisée, des investissements structurants, le développement d’une agro-industrie compétitive et une meilleure valorisation des immenses potentialités agricoles dont dispose le pays.
La SDG-ON 2063 apparaît ainsi comme l’un des projets structurants les plus ambitieux du Mali, avec l’objectif de faire de l’agriculture un puissant levier de transformation économique, de création de richesses et d’intégration régionale au cours des prochaines décennies.
Sory Diakité
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