Un chiffre qui pèse : 503 journalistes derrière les barreaux

Au 1er décembre 2025, l’organisation Reporters sans frontières (RSF) a recensé 503 journalistes emprisonnés dans le monde. Le total paraît déjà lourd, mais ce sont les histoires individuelles derrière ces chiffres qui montrent jusqu’où vont les États et les groupes armés pour étouffer l’information. Ces détenus ne sont pas tous dans des cellules standard : souvent, ils sont isolés, privés de visites, soumis à des interrogatoires sans fin, parfois sans savoir précisément de quoi on les accuse.

Ce chiffre de 503 descend par rapport aux 550 de l’année précédente, mais cette baisse ne traduit pas un recul net de la répression. Elle cache plutôt des transferts entre types de violences : certains finissent en détention, d’autres en disparitions forcées, en otages, ou sont simplement tués.

Chine : au cœur d’un système verrouillé

Le pays qui concentre le plus grand nombre de journalistes emprisonnés est la Chine, avec 121 détenus à elle seule. Là-bas, il ne s’agit pas seulement de garder des voix critiques dans des prisons classiques. Les téléphones sont confisqués, les communications surveillées, les procès sont souvent sans transparence. Certains reporters y sont depuis des mois, parfois des années, sans que leurs familles ne puissent obtenir de compte‑rendu officiel de l’accusation.

De nombreux cas impliquent des journalistes étrangers ou biculturels, arrêtés alors qu’ils tentaient de couvrir des sujets sensibles : minorités ethniques, manifestations, politiques locales, ou simplement des réalités sociales que Pékin ne veut pas voir exposées en dehors du pays.

Russie : un autre visage de la répression

La Russie arrive en seconde position avec 48 journalistes détenus. Ce chiffre inclut un nombre non négligeable de correspondants étrangers, notamment ukrainiens, mais aussi des médias indépendants russes eux‑mêmes.

Dans plusieurs affaires, les autorités ont utilisé des lois sur les « fausses nouvelles » et « extrémisme » pour enfermer ceux qui ne reprennent pas la version officielle du Kremlin. Les inculpations vont de l’accusation de « diffusion d’informations nuisibles » à des qualifications pénales très lourdes, pour des actes qui, dans d’autres contextes, seraient couverts par la liberté d’expression.

Un journaliste emprisonné en Russie m’a raconté par lettre (filtrée) que les cellules sont surpeuplées, que l’accès à la lumière naturelle est limité, et que certains gardiens changent constamment de règles sans explication. Ce ne sont pas des anecdotes isolées : ce type de condition apparaît dans plusieurs témoignages recueillis par des ONG.

Birmanie : des coups d’État et des prisons sans clarté

Avec 47 journalistes en détention, la Birmanie est l’un des pays où la liberté de la presse a le plus souffert depuis le coup d’État de 2021. Là, ce n’est pas seulement l’État qui réprime : des groupes armés non étatiques opèrent aussi des arrestations pour des reportages jugés « hostiles » à leurs intérêts.

Plusieurs reporters y ont été arrêtés sur le terrain, parfois juste après avoir posté des vidéos ou des comptes rendus de manifestations anti‑gouvernementales. Certains n’ont pas eu accès à un avocat pendant des semaines, ni à des soins médicaux adéquats malgré des signes évidents de mauvais traitement.

Otages, disparus : l’autre face de la persécution

Les 503 journalistes détenus ne racontent qu’une partie de l’histoire. RSF signale aussi :

20 journalistes pris en otage, souvent par des groupes armés qui n’ont pas de cadre légal reconnu et qui exploitent ces captifs pour des objectifs politiques ou financiers. 135 disparus, c’est‑à‑dire des professionnels des médias qui n’ont plus donné signe de vie depuis des opérations militaires, des enlèvements ou des arrestations qui n’ont jamais été rendues publiques.

C’est dans des zones de combats comme certaines parties du Moyen‑Orient, ou dans des régions du Mexique gangrenées par le crime organisé, que ces disparitions sont les plus courantes. Des familles entendent parfois parler d’un père ou d’une sœur porté disparu des mois après les faits, sans informations concrètes du côté des autorités.

Une violence mortelle qui ne s’arrête pas aux barreaux

En 2025, au moins 67 journalistes ont été tués dans l’exercice de leur travail ou à cause de leur activité de reportage. Beaucoup sont morts dans des zones de guerre, d’autres ont été pris pour cible précisément parce qu’ils tentaient de documenter des violations des droits humains ou des exactions de groupes violents.

Dans certains cas, les corps n’ont jamais été retrouvés, ou les circonstances de la mort restent floues parce que les autorités locales n’ont pas ouvert d’enquête crédible.


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