LUTTE CONTRE LA TRAITE DES ÊTRES HUMAINS : Des défis persistent malgré une volonté politique manifeste

Le Mali, à l’instar de la Communauté internationale, a célébré la Journée mondiale de lutte contre la traite des êtres humains jeudi dernier (célébrée le 30 juillet). Un événement qui, dans notre pays, mobilise le Comité national de coordination de la lutte contre la traite des personnes et les pratiques assimilées (CNCLTPPA), l’Organisation internationale pour les migrations (OIM-Mali) et l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) autour de campagnes de sensibilisation et de protection des victimes.

« Piégés derrière l’escroquerie » ou « Derrière les escroqueries, des personnes prises au piège » ! Tel était le thème de la Journée mondiale de la lutte contre la traite des êtres humains 2026 célébrée le 30 juillet dernier. Au Mali, cet événement mobilise l’État et ses partenaires comme l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) autour de plans d’action nationaux pour contrer l’exploitation sous toutes ses formes. Et cela conformément au Plan d’action national (2023-2027). Cette année, l’accent a donc été mis sur les pièges liés aux escroqueries en ligne et aux fraudes numériques.

Au Mali, c’est le Comité national de coordination de la lutte contre la traite des personnes et les pratiques assimilées (CNCLTPPA) qui coordonne les efforts de prévention et de protection des victimes… Le travail forcé, l’exploitation sexuelle, la mendicité forcée touchant les populations fragiles, le trafic illicite des migrants, le proxénétisme… sont des formes courantes de cette traite.

Le Plan d’action national de lutte contre la traite des personnes (2023-2027) au Mali dispose d’un budget prévisionnel de 2,992 milliards de francs CFA. Ce qui permet à la CNCLTPPA de mener des actions concrètes réparties sur quatre axes majeurs. Le premier porte sur la prévention à travers la sensibilisation et l’information. Des campagnes ciblées sont initiées à travers l’organisation de séances de sensibilisation de proximité pour informer les populations fragiles sur les risques liés au travail forcé et aux fraudes en ligne. Pour toucher l’ensemble de la population et afin de rapprocher les actions de prévention des communautés rurales, des comités régionaux sont actifs à Koulikoro, Bougouni, Sikasso et Ségou.

Le second axe porte sur la protection, notamment la prise en charge des victimes. Cela se traduit par le financement et la fourniture d’un hébergement sécurisé, de soins de santé et d’une aide juridique gratuite aux personnes secourues. Il est aussi mis en place des programmes de retour volontaire et d’appui socio-économique pour éviter les risques de ré-exploitation.

Des avancées notables

La justice et la répression constituent le 3ᵉ axe. Pour l’efficacité des poursuites, l’accent est mis sur les formations judiciaires, notamment le renforcement des compétences des magistrats, des forces de police et de gendarmerie pour mieux identifier les réseaux criminels de traite. L’objectif étant d’augmenter le nombre de poursuites et d’assurer une application rigoureuse du cadre normatif pénal contre les exploitants. Toutes ces actions sont menées avec le soutien des partenaires techniques et financiers (4ᵉ axe). En la matière, la coordination est renforcée avec les pays de la sous-région pour bloquer les routes migratoires de la traite transfrontalière. Tout comme la collaboration est étroite entre les institutions judiciaires de l’État malien et les organisations de la société civile locale.

La mise en œuvre de ces actions a produit des résultats spécifiques dans des zones sensibles.  Dans la région de Sikasso, zone stratégique transfrontalière et minière, les résultats spécifiques se concentrent sur la décentralisation de la lutte et l’encadrement des groupes vulnérables. Dans cette région, le Comité régional de lutte contre la traite a été installé en novembre 2024. Cet organe local réunit les autorités administratives, judiciaires et la société civile pour une meilleure coordination des signalements et des interventions de proximité. L’une des priorités est le ciblage des sites d’orpaillage avec notamment le déploiement d’actions de sensibilisation spécifiques dans les mines artisanales de la région. Elles visent à intercepter et réduire le travail forcé des enfants ainsi que l’exploitation économique des orpailleurs.

La surveillance migratoire et transfrontalière est aussi une action prioritaire du comité régional. Et cela d’autant plus que Sikasso est une zone clé de transit (frontières avec la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso). D’où la nécessité d’un suivi régulier et rigoureux des flux. Des enquêtes ciblées menées par l’OIM ont permis de mesurer précisément le profil des migrants afin de détecter les filières d’exploitation sexuelle et de traite. Une trentaine d’acteurs humanitaires (ONG et agences de l’ONU) est impliquée dans la prise en charge humanitaire intégrée. Ces acteurs assurent un volet « Protection » directe à Sikasso. Cela inclut l’assistance médicale et psychosociale immédiate des personnes vulnérables ou interceptées.

Des fléaux accentués par les réseaux sociaux

Ces efforts locaux contribuent directement aux statistiques globales du pays, qui ont à un moment permis de recenser et d’orienter 629 victimes de la traite au niveau national. Comme on peut le constater, la volonté politique contre la traite des personnes est manifeste au Mali. N’empêche que des défis demeurent et ils sont exacerbés par les réseaux sociaux.

En effet, un communiqué publié mercredi dernier par le ministère de la Justice et des Droits de l’Homme a indiqué que ses services compétents ont identifié « l’existence de réseaux criminels qui utiliseraient des applications de messagerie et des réseaux sociaux, notamment WhatsApp, Tik-Tok et Snapchat, pour entrer en contact avec des mineurs ». Ces réseaux cibleraient surtout des enfants âgés de 12 à 13 ans, dans le but de « les recruter à des fins d’exploitation sexuelle et de production de contenus pédopornographiques ». Des faits susceptibles de constituer de graves infractions au regard de la législation malienne.

Selon le ministère de la Justice, ces groupes organiseraient également des rencontres dans divers lieux, notamment des maisons closes, des appartements meublés, des chantiers et certaines zones minières. Des promesses de voyages à l’étranger seraient également utilisées pour attirer ou manipuler certaines victimes. « Ces allégations font désormais l’objet de procédures judiciaires destinées à identifier les personnes impliquées et à établir les responsabilités conformément à la loi », a assuré le communiqué en appelant à la vigilance. En effet, les parents, les responsables d’établissements hôteliers, les gestionnaires de lieux d’hébergement ainsi que l’ensemble des citoyens ont été invités à faire « preuve de vigilance et à signaler » aux autorités tout fait ou comportement suspect susceptible de mettre des mineurs en danger.

Aïssata Bâ


En savoir plus sur FASSO ACTU

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *