Guinée: La mise en demeure de France 24 ravive les tensions autour de la régulation des médias

La Haute Autorité de la Communication (HAC) de Guinée a mis en demeure France 24 après que la chaîne française a utilisé à l’antenne le qualificatif de « président putschiste » pour désigner Mamadi Doumbouya. La décision intervient dans un contexte marqué, depuis plusieurs années, par des tensions récurrentes entre les autorités guinéennes et certains médias nationaux et internationaux.

Dans une décision rendue publique mercredi 16 septembre 2026, la HAC reproche à France 24 d’avoir employé une terminologie qu’elle juge « inappropriée » à l’égard du chef de l’État, élu lors de la présidentielle de décembre 2025. Le régulateur estime que cette formulation ne respecte pas les exigences d’exactitude, d’impartialité et d’équilibre dans le traitement de l’information.

La HAC demande à la chaîne de mettre fin à l’utilisation de termes considérés comme « dégradants » à l’égard des institutions guinéennes et de procéder aux rectifications nécessaires sur ses différents canaux numériques. À ce stade, la mesure constitue une mise en demeure et non une suspension. La HAC indique toutefois qu’elle pourrait prendre des sanctions en cas de récidive ou de non-respect de sa décision.

Une référence au coup d’État de 2021

Le terme utilisé par France 24 renvoie à l’arrivée au pouvoir de Mamadi Doumbouya en septembre 2021, à la suite du renversement du président Alpha Condé. La chaîne française a reconnu l’emploi de cette expression et indiqué qu’elle présenterait ses excuses ainsi qu’une rectification.

La controverse intervient toutefois après une période durant laquelle le paysage médiatique guinéen a connu plusieurs mesures restrictives visant des médias privés.

Des tensions accrues depuis 2023

En décembre 2023, la HAC avait demandé à Canal+ de suspendre la diffusion de plusieurs médias privés guinéens. Djoma TV et Djoma FM avaient été concernés par une première décision le 6 décembre, avant que des contenus d’Evasion TV et d’Espace TV ne soient à leur tour retirés du bouquet quelques jours plus tard. Des organisations de défense de la liberté de la presse avaient alors dénoncé ces mesures et demandé le rétablissement des diffusions.

En février 2024, la HAC avait également mis en demeure Espace TV de cesser la diffusion de l’émission « Les Grandes Gueules » sur une chaîne étrangère accessible via Canal+. La décision faisait suite à la diffusion de l’émission sur Télésud.

La situation s’est durcie en mai de la même année. Les autorités guinéennes ont retiré les agréments de plusieurs médias privés, dont Espace FM, Espace TV, Sweet FM, Djoma FM, Djoma TV et FIM FM. Selon le ministère de l’Information et de la Communication, ces décisions étaient liées au « non-respect » des cahiers des charges et aux obligations imposées aux médias en matière de traitement de l’information.

L’Autorité de régulation des postes et télécommunications avait ensuite ordonné le retrait des fréquences et le démantèlement des équipements concernés.

Une nouvelle séquence avec France 24

La mise en demeure adressée à France 24 s’inscrit ainsi dans une relation devenue particulièrement sensible entre le régulateur guinéen et les médias, autour de questions telles que le respect de la réglementation, l’accréditation des journalistes, le traitement de l’actualité politique et les obligations déontologiques.

Pour les autorités guinéennes, ces mesures relèvent du contrôle du respect du cadre légal applicable au secteur médiatique. Pour les organisations de défense de la liberté de la presse, plusieurs décisions prises depuis 2023 ont, à l’inverse, suscité des inquiétudes concernant les conditions d’exercice du journalisme en Guinée. La mise en demeure de France 24 constitue donc un nouvel épisode de ce débat, sans qu’une suspension de la chaîne n’ait été décidée à ce stade.

Source : AllAfrica


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