Dans le cadre des éliminatoires de la CAN 2027 (groupe K), le Mali affronte le Cap-Vert le vendredi 25 septembre 2026 au stade du 26 Mars de Yirimadio (Bamako). Un pays qui s’est révélé à la planète foot à l’occasion de la Coupe du monde 2026 (USA, Canada et Mexique). Mais, avant, c’est Cesária Évora (la diva de la Morna) qui a été l’ambassadrice ayant permis au monde de pouvoir identifier cet État insulaire sur une carte. Mais, ce que beaucoup ne savent pas, c’est que le Cap-Vert est aussi l’un des pays les plus stables d’Afrique. Une stabilité qui impacte positivement l’économie nationale, selon « Courrier International » (N°1869, du 27 août au 2 septembre 2026), qui lui a consacré un dossier spécial.
Avec trois nuls contre l’Espagne, l’Uruguay et l’Arabie saoudite, le Cap-Vert a marqué l’histoire de la Coupe du monde de la FIFA 2026 en réalisant « un parcours extraordinaire et complètement inattendu pour sa toute première participation à la compétition ». Déjà, les « Requins Bleus » de ce petit archipel avaient déjoué tous les pronostics lors des éliminatoires de la zone Afrique (groupe D), en privant notamment les favoris, les Lions Indomptables du Cameroun, du billet direct pour le Mondial organisé aux États-Unis, au Canada et au Mexique.
À la phase finale, le Cap-Vert a arraché une qualification historique pour les 16es de finale en terminant à la deuxième place de sa poule avec 3 points derrière l’Espagne, vainqueur de la compétition. Ce beau parcours à la Coupe du monde de football a « ravivé la curiosité pour cet archipel ». La performance de sa sélection nationale a projeté le pays de la diva Cesária Évora sous les feux de l’actualité. Oui, avant le foot, c’est la musique qui a fait connaître ce petit pays insulaire dans le monde. Mais ce que beaucoup ne savent pas, c’est l’expérience démocratique du pays.
En 1975, dans le silence d’une indépendance, les experts du Programme alimentaire mondial (PAM) avaient prononcé un verdict sans appel : le Cap-Vert n’est pas viable ! Le Premier ministre de l’époque, Pedro Pires (1975 à 1991), était resté de marbre face aux « chiffres impersonnels » du rapport à la base de cette condamnation. « L’indépendance, nous l’avons déjà prise. Ce pays doit être viable… », rappelle « Courrier international » dans un dossier consacré au Cap-Vert.
Aujourd’hui, 51 ans après l’indépendance en 1975, le pays fait rêver non seulement par la musique et le football, voire ses belles plages attirant énormément de touristes, mais aussi et surtout en combinant croissance économique et stabilité démocratique. En mai 2026, a souligné « Courrier International »(citant El País, quotidien espagnol), le Cap-Vert a vécu « sa quatrième alternance pacifique en trente-cinq ans de démocratie » alors que « l’instabilité plane sur l’Afrique de l’Ouest, où prolifèrent coups d’État et juntes militaires ». Avant même la proclamation officielle du résultat des dernières législatives, Ulisses Correia e Silva (le Premier ministre sortant du Mouvement pour la démocratie, MpD, centre droit) avait appelé son rival, Francisco Carvalho (Parti africain pour l’indépendance du Cap-Vert (PAICV, centre gauche), pour le féliciter de sa victoire. Certes, soulignent des confrères, seuls deux partis se partagent le pouvoir depuis l’avènement de la démocratie en 1991. Sans compter que « l’archipel pâtit entre autres de nettes inégalités sociales, du clientélisme politique et de la lenteur de son système judiciaire ».
Mais plusieurs experts interrogés par le quotidien espagnol mettent en évidence une « exception capverdienne » axée sur trois facteurs : le choix d’un système parlementaire plutôt que présidentiel en 1975, lors de l’indépendance ; l’absence de richesses naturelles et de frontières terrestres qui pourraient provoquer des conflits ; le poids stabilisateur d’une diaspora établie dans des pays démocratiques, notamment en Europe et aux États-Unis.
Pas de prisonniers politiques, pas de censure de la presse…
Entre 1990 et 2024, le « Cap-Vert est le pays qui a connu la huitième des plus fortes croissances du monde », en matière de richesse par habitant comme de pouvoir d’achat. Sa croissance a été près de quatre fois supérieure à celle du Portugal. En Afrique, seule la Guinée équatoriale, qui a bénéficié d’un boom pétrolier, dépasse le Cap-Vert. « Le pays est le plus libre d’Afrique et affiche un score supérieur à celui des États-Unis d’Amérique », selon « Freedom House ». Il n’y a pas de prisonniers politiques, pas de censure de la presse, pas de soldats dans les rues. « La démocratie résiste depuis trente-cinq ans malgré les défis. Les élections se succèdent. Les gouvernements changent… Comment se fait-il que le Cap-Vert, qui n’avait jamais connu de moment démocratique en plusieurs centaines d’années, ait adopté ce système et le respecte? », s’est interrogé « El País » (Courrier international N°1869, du 27 août au 2 septembre 2026).
« La colonisation a pris des formes radicalement différentes (sur le continent africain). Nous avons des histoires complètement différentes. Du côté capverdien, nous n’avons pas été colonisés avec l’Afrique, nous avons été colonisés avec le Nouveau Monde (à la fin du XVe siècle). Donc l’État du Cap-Vert s’est formé en même temps que le Brésil, les Caraïbes, les États-Unis d’Amérique… Cette histoire a produit une relation à l’État complètement différente », a répondu l’écrivaine capverdienne Rosário Luz. Pour des politologues, le fait que le Cap-Vert ne soit pas passé par « une guerre de libération » et possède « une armée de pure forme, un département administratif, disons », lui concède le « calme nécessaire pour croître ».
En tout cas, le dernier rapport du Fonds monétaire international (FMI) a fait l’éloge du Cap-Vert. Le pays n’a ni diamants ni pétrole, mais il a la stabilité. Et pour l’institution financière de Bretton Woods, « cela vaut de l’or ». Même si, comme dans tous les pays du monde, toute la population ne profite pas des dividendes de cet essor économique à la même enseigne. La foi et la conviction des populations défavorisées font écho à la détermination manifestée par les dirigeants politiques dans les premières heures de l’indépendance et les premiers moments de la démocratie.
« Le Cap-Vert n’est pas une copie de quoi que ce soit. Ce n’est pas le Portugal, ce n’est pas l’Afrique. C’est une nation inventée au milieu de l’Atlantique, faite de vent, de sel, de navigation et de personnes qui ont appris à faire beaucoup à partir de peu », explique un intellectuel du pays.
« Même la lutte terrible pour la survie qu’il a fallu mener à tout moment contre les sécheresses qui ravageaient les îles (si bien qu’on vivait dans un état permanent de faim chronique et pendant de longues périodes de faim totale) n’a pas empêché l’homme capverdien de réussir peu à peu à devenir l’agent social et économique de lui-même et le grand artisan du développement culturel des îles », a souligné à son tour Manuel Ferreira (auteur portugais spécialiste de la littérature africaine lusophone, 1917-1992) dans l’une de ses œuvres.
Il faut rappeler que le Cap-Vert applique un système électoral mixte combinant la représentation proportionnelle pour les élections législatives et un scrutin majoritaire à deux tours pour l’élection présidentielle, les deux mandats étant fixés à cinq ans. Et une élection présidentielle y est prévue le 15 novembre 2026. Le président sortant, José Maria Neves, est candidat à sa succession. Il a annoncé lundi sa candidature aux élections du 15 novembre 2026. Gageons que ce scrutin va contribuer à conforter la réputation du Cap-Vert, considéré comme une référence démocratique majeure en Afrique en raison de sa stabilité politique, de ses alternances pacifiques et du respect de ses institutions.
Moussa Bolly
En savoir plus sur FASSO ACTU
Subscribe to get the latest posts sent to your email.