3ᵉ ÉDITION DE LA JOURNÉE INTERNATIONALE DU SONINKÉ À BAMAKO : Faire de la langue un vecteur d’apprentissage, de création et de communication

La 3ᵉ édition de la Journée internationale de la langue soninké a été célébrée le 25 septembre 2026, avec des manifestations principales tenues notamment au siège de l’UNESCO à Paris ainsi que dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et au sein de la diaspora. Cette année, l’accent a été mis sur le passage de l’oral à l’écrit. Au Mali, la cérémonie officielle de célébration a eu lieu au Mémorial Modibo Keïta de Bamako.

« L’expérience de la gestion des conflits en milieu soninké » ! C’est sous ce thème que le Mali a célébré la 3ᵉ édition de la Journée internationale de la langue soninké. C’était en présence du ministre d’État, le Général de corps d’armée Ismaël Wagué (Réconciliation, Paix et Cohésion nationale) ; de l’ancien président par intérim Pr. Dioncounda Traoré ; de M. Amadou Sy Savané, ministre de l’Éducation nationale ; de M. Mamou Daffé, ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme ; ainsi que de plusieurs personnalités, responsables d’organisations culturelles, représentants de la communauté soninké et acteurs de la société civile.

Initiée par l’Association culturelle soninké (ACS Mali-MAARENKAFO), cette rencontre a offert un espace de réflexion et de partage consacré aux mécanismes traditionnels de prévention, de médiation et de résolution des conflits en milieu soninké. Les différentes interventions ont mis en exergue la place centrale du dialogue, de la médiation, de la concertation et des valeurs communautaires dans la prévention et le règlement des différends, la restauration de la confiance et la préservation des liens sociaux. Ces pratiques traditionnelles rejoignent, à plusieurs égards, les dynamiques contemporaines engagées en faveur de la paix, de la réconciliation et du vivre-ensemble au Mali.

Lors de la cérémonie officielle à Bamako, les interventions des autorités maliennes, des représentants culturels et des universitaires se sont articulées autour de trois grands axes stratégiques. A commencer par la transition de l’oralité vers la production écrite et numérique. En effet, conformément au thème central de cette édition, les linguistes et conférenciers ont insisté sur l’urgence de renforcer la production de contenus écrits. Les débats ont souligné l’importance d’intégrer pleinement le soninké dans le système éducatif et de développer des outils numériques modernes (applications, plateformes de traduction) afin que la langue ne soit plus seulement parlée, mais devienne un vecteur d’apprentissage, de création et de communication au XXIᵉ siècle.

Le second axe porte sur le renforcement du rôle du soninké comme outil de cohésion sociale et d’unité nationale. Ainsi, les représentants du gouvernement malien ont rappelé que le soninké, en tant que langue transfrontalière majeure de l’Afrique de l’Ouest, est un levier essentiel pour la réconciliation, la paix et la cohésion nationale. Les intervenants ont exhorté les différentes communautés à valoriser ce patrimoine partagé comme un facteur de rapprochement culturel et social face aux défis actuels de la sous-région. Quant au 3ᵉ axe, il met l’accent sur la préservation de la mémoire et la transmission intergénérationnelle.

Dans une intervention qui a beaucoup retenu l’attention de l’assistance, l’ancien président par intérim a surtout plaidé pour le passage du soninké à l’écrit et son intégration dans le numérique afin d’assurer son rayonnement. Il a également souligné le rôle de cette langue comme vecteur de paix, d’intégration sous-régionale et de fierté culturelle. Il a insisté sur la portée de la reconnaissance internationale accordée à la langue soninké. Pour le Professeur Dioncounda Traoré, cette journée internationale constitue non seulement un honneur, mais aussi une responsabilité pour l’ensemble de la communauté soninké : celle de promouvoir la langue et la culture soninké et de contribuer, à travers leurs valeurs, à la paix, à la solidarité, à la fraternité et à la justice dans le monde.

« Le tout n’est pas qu’il y ait une journée internationale de la langue soninké et de la culture soninké. Le plus important, c’est que nous répondions positivement à cet honneur », a-t-il souligné en rendant un vibrant hommage aux Wagué, les fondateurs du royaume du Wagadou. Les intervenants ont aussi rendu un vibrant hommage aux aînés et aux pionniers de la recherche linguistique. Plusieurs orateurs ont insisté sur le devoir de transmission afin de sauvegarder les pans historiques liés à l’ancien empire du Wagadou. La jeunesse a été placée au centre des responsabilités pour pérenniser l’apprentissage de la langue écrite.

La cérémonie s’est achevée par des témoignages d’associations culturelles locales, saluant la décision de l’UNESCO de pérenniser cette journée et réaffirmant l’engagement du Mali à soutenir la diversité linguistique du pays

Cette célébration a également permis de réaffirmer l’importance de la préservation, de la promotion et de la valorisation des langues nationales et du patrimoine culturel, en tant que vecteurs essentiels de transmission des valeurs, de dialogue intergénérationnel et de renforcement de la cohésion nationale.

Le 25 septembre a été officiellement proclamé Journée internationale de la langue soninké par l’UNESCO lors de sa 42ᵉ Conférence générale en octobre 2023. Cette date a été choisie en reconnaissance de la déclaration officielle de l’Association pour la promotion de la langue et de la culture soninké (APS), une structure internationale de référence basée en Europe.

Cette initiative de l’UNESCO vise à mettre en valeur la richesse du patrimoine culturel et oral du soninké, favoriser son passage à l’écrit au XXIᵉ siècle et renforcer la compréhension mutuelle entre les peuples. Le soninké est ainsi devenu la deuxième langue africaine, après le swahili, à obtenir une Journée internationale reconnue par cette organisation des Nations unies.

Le soninké rassemble plus de trois millions de locuteurs, principalement au Mali, au Sénégal, en Mauritanie, en Gambie et en Guinée-Bissau.

Moussa Bolly


En savoir plus sur FASSO ACTU

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *