Après avoir porté la grossesse, la naissance et le développement de la civilisation et du progrès humains, l’Afrique subit la dialectique du cycle récurrent du développement : naissance-développement-déclin. C’est un mouvement, une dynamique en spirale. Elle ne s’arrête jamais, et la possibilité reste toujours ouverte d’une renaissance et d’un renouvellement par une synthèse supérieure, un dépassement par notre valeur ajoutée. C’est pourquoi la Renaissance africaine en ce 21ᵉ siècle est bien possible et réalisable !
L’humain est né en Afrique. Il était noir pour pouvoir survivre sous les tropiques. Aujourd’hui, il est scientifiquement prouvé que Blanc, Jaune et Rouge sont des noirs décolorés sous d’autres climats. Le racisme n’est rien d’autre que le complexe d’Œdipe qui a besoin de rabaisser le père pour s’affirmer. Par contre la particularité de la culture africaine est de contribuer au progrès universel sans chercher à imposer à autrui ses traditions et religions.
Toutes les religions révélées sont liées à l’Afrique d’une façon ou d’une autre. Sur conseil du Prophète Mahomet lui-même (PSL), les premiers réfugiés musulmans sont venus en Éthiopie. Le fidèle compagnon du Prophète, à savoir Bilal, était noir. Avant la naissance de l’islam, le Yémen, Oman et une partie de l’actuelle Arabie étaient sous le contrôle de l’Éthiopie. Quand la puissance du sabre et la volonté d’accaparement ont pris le dessus sur les préceptes humanistes de l’islam, les Arabes poussèrent l’esclavage à l’extrême en traitant les Noirs comme des animaux.
Rappelons que contrairement à l’instrumentalisation idéologique de dieu par le christianisme et l’islam pour justifier la défense des intérêts et des pratiques perverses des princes, des riches et du clergé, l’esclavage n’a rien à voir avec la religion. « En tant que système et outil de production », l’esclavage a été pratiqué par les Européens, les Arabes et les Africains. Posséder un être humain, disposer de ses biens et même de sa descendance est une invention sociale grecque. L’Église romaine ordonna l’esclavage des non-chrétiens (africains) pour remplacer les Indiens moins aptes aux durs travaux des plantations agricoles et d’extractions minières de l’exploitation coloniale de l’Amérique.
Pour sa survie et son bien-être, c’est en Afrique que l’humain a tracé la matrice de la science et de la technologie avant d’émigrer à la conquête de la planète Terre. Ainsi, pour le « Grand Retour de l’Afrique »(GRA), il n’y a qu’une seule voie, c’est celle indiquée par les deux religions abrahamiques : « Aide-toi, le ciel t’aidera », dit le christianisme ; « Dieu ne change les conditions d’un peuple que lorsque ce peuple change son tréfonds », qui est la reformulation magistrale faite par l’islam. « Les peuples tiennent leur liberté dans leurs mains, et leur avenir dans leur volonté », disent les laïcs. Nous synthétisons tout cela par la célèbre harangue de Thomas Sankara aux peuples africains : « L’esclave qui n’a pas le courage de porter sa révolte ne mérite pas qu’on s’apitoie sur son sort ».
Chemin critique de Renaissance de l’Afrique
Il faut une prise de conscience historique du passé et du présent de cette Afrique qui a donné naissance à la civilisation humaine, comme support de conception du Projet alternatif de rupture historique de renaissance et de mutation de l’Afrique en ce 21ᵉ siècle (REMA 21). La grandeur et la hauteur du « Take-off » (du décollage) de cette renaissance relèvent de la manière et de la capacité à se relever, donc savoir et pouvoir de concevoir et bâtir de façon grandiose un Projet alternatif de renaissance et de mutation de l’Afrique en ce 21ᵉ siècle.
Il est urgent de reconstituer l’Afrique en tant que force qui compte sur la scène internationale, à travers la consolidation, l’extension et le développement exponentiel de l’acquis Confédération des États du Sahel (AES). Nous disons bien l’acquis, parce que depuis la création de l’OUA en mai 1963 jusqu’en 2016 (53 ans), aucune création de ce genre n’a vu le jour sur le continent. L’AES sera continuellement combattue sous toutes les formes et avec toutes sortes de moyens parce que c’est une alliance antinomique avec la stratégie impérialiste du « diviser pour régner » !
L’impérialisme ne renoncera jamais à tuer le « virus »malien qui a contaminé le Burkina et le Niger, et qui risque de devenir une pandémie régionale. La stratégie appliquée, pour le moment, consiste à prendre le Mali et les pays contaminés en tenaille à travers le triptyque que le président Assimi appelle « Terrorisme de violence armée », « Terrorisme économique » et « Terrorisme médiatique ». Cela se manifeste au Sud à travers les pays côtiers de la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) ; au Nord par l’entretien du terrorisme armé aux frontières des pays frontaliers de l’AES. Sans compter, au sein même de l’AES, de l’accentuation des contradictions à travers la 5ᵉ colonne politique, économique et médiatique. C’est pourquoi quand nous parlons de mobilisation générale, nous ne comptons pas sur ceux qui émargent à la Françafrique.
Face à cette menace globale, la vigilance militaire, sécuritaire et politique doit être constante, d’autant plus que l’impérialisme, depuis la Rome antique, n’oublie pas et ne pardonne jamais la révolte d’un peuple. Tous les stratèges savent que pour se défendre et plus encore pour attaquer, il faut être fort. L’armée assume la défense et la sécurité ; mais les volets économie de guerre et mobilisation politique du peuple relèvent de la jonction cohérente et féconde du peuple avec son armée.
Depuis 2021, nous écrivons que l’armée peut détruire en 6 à 12 mois les bases terroristes armées, mais qu’après plus de 20 ans de présence au sein de la population, il faudra 3 à 10 ans de lutte antiterroriste multiforme (militaire, sécuritaire, économique et politico-culturelle) pour purger le pays. L’économie de guerre est la mobilisation de toutes nos forces pour satisfaire les besoins de l’armée au front, et apporter la prospérité au peuple. Mais comme on ne peut tirer d’un sac plus que son contenu, l’économie qui résiste au terrorisme économique depuis cinq ans a besoin de nouvelles approches innovantes pour porter la charge de la guerre et du développement.
Tirer les enseignements des causes de l’impasse pour doter le Mali Kura d’une fondation solide
Après 30 ans de gouvernance laxiste ; et le chaos économique et social depuis 15 ans provoqué par le terrorisme armé, tout est à faire ou à refaire pour que Mali Kura naisse avec force et vigueur. Les besoins sont tels qu’aucun pays ne nous donnera les moyens à hauteur de souhait. D’ailleurs, comme le dit le doyen Joseph Ki-Zerbo (21 juin 1922-4 décembre 2006), on ne développe pas un pays, on se développe.
Le sous-développement n’est pas un manque de ressources, mais la traduction de notre incapacité à tirer profit de nos ressources. En effet 72,5 % de notre territoire sont censés contenir des hydrocarbures ; de l’or de Kayes à Kidal ; 10 principaux matériaux de la transition énergétique et numérique ; des terres arables qui peuvent nourrir toute l’Afrique de l’Ouest.
Que faire et comment faire pour tirer profit de nos immenses ressources ? Le Mali n’a ni l’argent ni les compétences scientifiques et technologiques requises à une exploitation appropriée et judicieuse de ses richesses minières. Pour remédier à nos lacunes, il faut aller sur le marché mondial en partenaire et non en quémandeur. Une option qu’on peut optimiser en adoptant l’Approche 5/7. Il s’agit de préparer « 5 Mégas Offres » de mise en valeur industrielle de 5 types de ressources naturelles dont ont besoin les puissances industrielles pour maintenir leur croissance…
Pour se développer, le Mali doit savoir et pouvoir passer du bouleversement sociétal du triple réarmement au grand basculement scientifique, technologique et économique de rupture des liens tributaires aux cinq monopoles néolibéraux de domination du monde. Il est aussi nécessaire de concevoir et bâtir de façon grandiose une Nouvelle Économie du Savoir (NES)et une Nouvelle société africaine (NSA) comme finalités de la REMA 21 (Projet alternatif de la Renaissance africaine).
Le Mali, à ce titre, doit s’inspirer de la leçon japonaise pour créer un écosystème de reproduction élargie des acquis. Les Occidentaux qualifient le Japon de pays le plus protectionniste au monde. Mais ce qui est aux yeux des étrangers de la protection économique, est pour les Japonais l’autodéfense contre l’impérialisme occidental.
Le Japon a toujours défini sa politique comme une utilisation des apports extérieurs pour préserver l’essence du Japon (Peter Drucker, Vers une Nouvelle Economie). Un choix politique qui a accordé une place primordiale à la défense des valeurs et des missions sociétales : « Prenez tout, mais laissez-nous nos valeurs », aurait dit l’empereur du Japon après sa défaite militaire en 1945. C’est cette résilience culturelle qui explique la dynamique de développement de l’Asie. Et doit être la référence pour l’AES, notamment le Mali, dans sa quête de développement économique pour s’affranchir définitivement du diktat de l’Occident !
Diatrou Diakité Consultant indépendant
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