Éducation et identité : le débat relancé autour des langues nationales

Au Lycée Technique de Bamako, la question des langues nationales a quitté le terrain des intentions pour celui des réalités concrètes. Ce mardi 24 mars, une conférence animée par Mahamadi Konta a mis en lumière les limites actuelles de leur enseignement et les enjeux liés à leur intégration effective dans le système éducatif malien, entre reconnaissance institutionnelle et application encore inégale sur le terrain.

« L’importance des langues dans la renaissance du Mali ». Le thème est posé sans détour, dès les premières minutes de la conférence. Dans la salle, l’intervention de Mahamadi Konta ne cherche pas à contourner le sujet : il s’agit de comprendre pourquoi les langues nationales, malgré leur reconnaissance officielle, restent encore peu présentes dans les pratiques éducatives.

Le conférencier prend un exemple simple, presque quotidien. Un élève qui suit un cours en français, qui comprend globalement, mais qui bloque dès qu’il s’agit de reformuler dans sa langue maternelle. « C’est là que la rupture commence », explique-t-il, en insistant sur les conséquences concrètes dans l’apprentissage.

Il enchaîne sans transition sur l’histoire. Avant la colonisation, explique-t-il, les langues locales structuraient déjà les échanges, l’organisation sociale, la transmission des savoirs. Il cite des exemples précis de communication traditionnelle, sans entrer dans des généralités. Dans la salle, certains hochent la tête, d’autres restent silencieux.

Puis il revient au présent, plus direct. Il prend le cas des lycées. « Combien d’heures par semaine ? » demande-t-il. Personne ne répond à voix haute. Il poursuit : le volume est faible, souvent mal réparti. Même constat dans des structures comme ENSUP ou l’Université Yambo Ouologuem. L’enseignement existe, mais il ne suffit pas à ancrer une pratique solide.

Le conférencier insiste sur un point précis : introduire les langues nationales dans les filières techniques. Pas comme matière secondaire, mais comme outil d’apprentissage. Il donne un exemple concret : expliquer un procédé technique dans une langue maîtrisée peut éviter des incompréhensions. « On gagne du temps », ajoute-t-il.

La conférence est organisée avec l’appui du Conseil National de Transition et du ministère en charge de la Culture, dans le cadre du programme porté par Magma Gabriel Konaté. Mais dans la salle, ces cadres institutionnels passent au second plan.

Vers la fin, une question fuse : « Est-ce que ça va devenir obligatoire ? » Pas de réponse tranchée. Le conférencier parle plutôt d’un processus, d’une progression nécessaire.

Les applaudissements arrivent sans excès. En sortant, les élèves ne partent pas immédiatement. Certains discutent entre eux, reprennent des exemples évoqués pendant l’intervention. D’autres restent silencieux.

Le sujet, lui, ne s’est pas arrêté avec la conférence.


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