L’AGRICULTURE DU FUTUR: Dépasser le stade de la production brute pour basculer vers la transformation locale

Faire de l’agriculture le principal moteur de la croissance économique et de la création d’emplois durables pour la jeunesse est une ambition politique clairement exprimée dans le cadre de la vision Mali Kura. Pour atteindre cet objectif, le Mali doit dépasser le stade de la production brute pour basculer vers une agriculture de précision, connectée et fortement orientée vers la transformation locale. Ce qui suppose le déploiement d’innovations majeures, tant technologiques qu’institutionnelles, pour moderniser et rentabiliser le secteur.

Image d’illustration

La « AgTech » (technologies numériques et connectées) incarne cette rupture. L’usage du numérique permet notamment d’attirer les jeunes diplômés vers le secteur agricole en changeant l’image pénible du travail de la terre. Cette stratégie repose sur des outils comme les drones agricoles et l’imagerie satellite. Des drones abordables peuvent ainsi être utilisés pour cartographier les parcelles, surveiller l’état de santé des cultures (détection précoce des chenilles légionnaires ou des criquets) et optimiser l’épandage ciblé d’intrants. De même, des plateformes d’intelligence artificielle par SMS ou messages vocaux (en langues locales comme le bambara, le peul ou le soninké) permettent d’envoyer aux paysans des alertes météo en temps réel et des conseils sur le calendrier agricole. Le développement du secteur doit s’accompagner de la création d’applications de mise en relation directe (type m-commerce) entre les coopératives villageoises et les acheteurs urbains ou industriels à Bamako, éliminant les intermédiaires spéculateurs pour augmenter les revenus des producteurs.

La rentabilité du secteur dépend aussi de la fin du travail manuel pénible (à la daba) et de la maîtrise de l’eau, en mettant l’accent sur les innovations mécaniques et les énergies renouvelables. Pour aider les femmes à tirer le meilleur profit de leurs périmètres irrigués, il faut accompagner les coopératives dans le remplacement des motopompes à essence (coûteuses et polluantes) par des stations de pompage solaire couplées à des systèmes de goutte-à-goutte automatisés. Cela permet de produire à bas coût du maraîchage toute l’année (contre-saison). Tout comme l’introduction de motoculteurs polyvalents et de mini-moissonneuses partagées via des plateformes coopératives (un modèle « d’Uber pour tracteurs ») sera de nature à rendre la mécanisation accessible aux petits exploitants sans endettement massif.

Agrobusiness et valorisation industrielle comme niches d’emplois

Il ne faut pas être un expert pour comprendre que la production brute ne crée pas de richesse stable. C’est sur la chaîne de valeur qu’il faut miser pour créer de l’emploi, et ainsi lutter contre le chômage et la pauvreté. Il faut des unités locales de conditionnement et de transformation pour apporter de la valeur ajoutée à la production. Il est, par exemple, indispensable de créer des mini-usines de proximité pour transformer la mangue en jus ou en fruits séchés, le coton en fil et le bétail en viande conditionnée.

Cela permet de capter la valeur ajoutée indispensable à la croissance économique, plutôt que d’exporter des matières brutes. Il est tout aussi urgent de déployer des conteneurs réfrigérés alimentés par l’énergie solaire dans les zones de production (comme Sikasso ou Baguinéda) pour stopper le pourrissement des récoltes et réduire les pertes post-récolte qui frappent les filières mangue, tomate ou oignon.

Comment financer cette modernisation ? En misant, bien sûr, sur les innovations financières et foncières. L’utilisation du Mobile Money pour accorder des micro-crédits instantanés basés sur l’historique des ventes des agriculteurs peut leur permettre d’acheter des intrants de qualité à temps. Ceux-ci doivent aussi bénéficier d’assurances agricoles indexées qui les indemnisent automatiquement via leur téléphone portable si les données satellites mesurent un déficit de pluie critique dans leur commune, sécurisant ainsi leurs investissements. En réorientant les capitaux vers ces innovations, le Mali peut transformer son agriculture de subsistance en une véritable industrie verte entrepreneuriale, capable d’absorber des centaines de milliers de jeunes ruraux et urbains tout en garantissant la souveraineté alimentaire du pays.

Moussa Bolly


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