DU POTENTIEL POUR L’ÉMERGENCE ÉCONOMIQUE: Investir 152 milliards de FCFA pour transformer sur place 33 000 tonnes de coton

Actuellement, le Mali souffre du « paradoxe de l’exportation brute » : il produit des matières premières de haute qualité mais les exporte à plus de 90 % sans transformation, abandonnant la valeur ajoutée et les emplois industriels à l’étranger.

Le Mali produit entre 500 000 et 800 000 tonnes de mangues par an, dont 60 % dans la seule région de Sikasso. La mangue est le deuxième produit agricole d’exportation du Mali après le coton. Le défi réside dans le passage d’une cueillette saisonnière à une véritable industrie agroalimentaire. Mais, en raison des contraintes logistiques et de l’absence d’usines de conservation, le pays subit jusqu’à 40 % de pertes post-récolte (les fruits pourrissent avant d’être vendus). D’où l’urgence d’investir dans la transformation locale (jus, confitures, mangues séchées).

Selon les experts, transformer localement notre production de mangues permet de multiplier par 10 la valeur des récoltes. C’est un excellent filon de croissance par la valeur ajoutée, d’autant plus que la mangue séchée malienne est aussi fortement demandée sur le marché de l’Union européenne et au niveau sous-régional. Sans compter que la modernisation complète de la filière a le potentiel de générer jusqu’à 50 000 emplois durables, notamment pour les coopératives de femmes et les jeunes dans les unités de conditionnement. Conscient de ces enjeux, le gouvernement a récemment transféré l’encadrement de la filière au Conseil du coton, de l’anacarde et du karité pour mieux réguler et industrialiser le secteur.

La filière coton a également une importance stratégique, à condition que le pays puisse réellement investir dans son indépendance textile et industrielle. Surnommé « l’or blanc », le coton fait vivre environ 40 % de la population rurale malienne. Cependant, l’économie nationale ne capte qu’une fraction marginale de sa valeur. Le Mali produit des centaines de milliers de tonnes de coton-fibre par an, mais 98 % de cette fibre est exportée à l’état brut, principalement vers l’Asie. Le pays réimporte ensuite des tissus, des fils et des vêtements finis. Suite aux récentes discussions lors de la Journée mondiale du coton, les autorités maliennes ont affiché l’objectif de transformer localement au moins 10 % de la production nationale de coton-fibre.

Le défi de transformer localement au moins 10 % de la production nationale de coton-fibre

Deux projets majeurs de filature sont déjà planifiés à Bamako et Kala, représentant un investissement massif de 152 milliards de FCFA pour une capacité de 33 000 tonnes de coton-fibre par an. Il s’agit d’industrialiser la chaîne de valeur en développant la filature, le tissage et la confection afin de créer des milliers d’emplois industriels stables pour les jeunes urbains et ruraux. Ce volume de traitement contribuera massivement à atteindre la nouvelle ambition nationale du pays, qui consiste à transformer localement au moins 10 % de sa production de coton-fibre (qui s’élève en moyenne à plus de 600 000 tonnes par an). Le processus de filature s’accompagnera de la valorisation de la graine de coton (tourteaux pour l’alimentation du bétail et huile de table), maximisant ainsi les sources de revenus annexes.

Pour que ces opportunités se matérialisent en croissance économique réelle, notre pays doit impérativement lever deux freins structurels : sécuriser l’accès à une énergie industrielle stable et compétitive pour faire tourner les usines, et faciliter le crédit bancaire de campagne pour les entrepreneurs locaux désireux de monter des unités de transformation.

Le projet de construction du complexe textile de filature à Bamako et Kala s’inscrit pleinement dans la stratégie de souveraineté économique du pays. Ce projet majeur a été formellement identifié et structuré pour mobiliser des financements d’envergure. Il évolue en parallèle avec la création récente de la nouvelle entité industrielle publique, la Société des textiles du Mali (SOTEX-Mali). C’est une entreprise publique créée le 29 juillet 2026 par le Conseil des ministres pour accélérer la transformation locale du coton à travers la construction d’une usine dotée d’une capacité de 40 000 tonnes de fibre par an. 

Cette entreprise est appelée à gérer l’ensemble du processus industriel, de la filature au tissage, tricotage, teinture, ennoblissement, confection, conditionnement et commercialisation des vêtements. Ce projet intègre également le soutien aux petites et moyennes entreprises (PME) du secteur, la création d’emplois durables ainsi que le développement de la formation professionnelle et de la recherche. Il s’inscrit en droite ligne dans la Stratégie nationale de développement durable 2024-2033 visant à bâtir une économie endogène.

Moussa Bolly


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