Le Niger, confronté à la menace djihadiste et à la protection du gazoduc transsaharien (4 128 km), renforce sa diplomatie sécuritaire. La réouverture des relations avec l’Algérie se concrétise le 21 octobre 2026 par un accord de coopération militaire permettant, pour la première fois, un soutien logistique et l’envoi de troupes algériennes, validé par le Parlement. Cette stratégie « gagnant-gagnant » vise à sécuriser la frontière nord (950 km) et les intérêts économiques mutuels, tandis que l’AES ajuste sa doctrine de défense mutualisée pour intégrer cette nouvelle dynamique géostratégique.
Considéré depuis le début de la crise djihadiste au Sahel comme le ventre mou des pays de l’AES, le Niger semble aujourd’hui jouer une nouvelle carte diplomatique pour faire face à la poussée terroriste aux portes de sa capitale. Même s’il faut reconnaître que la consolidation de l’AES participe de cette nouvelle orientation, il y a aussi que le Niger semble tirer les leçons de la dernière tentative de renversement du gouvernement du général Abdourahamane Tiani.
Ainsi, la récente réouverture des relations diplomatiques entre le Niger et l’Algérie, à la suite du dégel des relations algéro-maliennes, entre dans cette perspective et prend dès lors tout son sens, eu égard à la frontière longue de plus de 950 km qui sépare les deux pays. L’enjeu sécuritaire est hautement élevé de ce point de vue, car la frontière nord du Niger, qui est la proie de la menace des groupes armés et de toute sorte de trafic illicite, est le siège d’enjeux économiques stratégiques, notamment la protection des grands chantiers du gazoduc transsaharien (TSGP ou projet Nigal), long de 4 128 km. Or, dans cet immense espace, la réalité montre qu’un seul pays ne peut prendre en charge les questions sécuritaires liées à ces infrastructures, l’AES encore moins ; et on le voit d’ailleurs sur le terrain.
Par conséquent, le protocole d’accord de coopération militaire signé entre les deux pays le 21 octobre 2026 illustre une fois de plus l’engagement du Niger à hisser la question sécuritaire à l’échelle triangulaire, avec, d’une part, les pays de l’AES et, d’autre part, les pays frontaliers dont l’Algérie.
Les termes de cet accord, dans le fond comme dans la forme, ont le mérite de clarifier la portée de la nouvelle stratégie sécuritaire, qui, jusque-là, n’était que l’affaire des pays de l’AES et de leur allié russe. En effet, pour la première fois, un pays africain vient, de manière ouverte, en appui matériel et logistique au Niger.
Faut-il le rappeler, un peu plus de deux mois avant cet accord, l’Algérie avait remis des hélicoptères au Niger, mais la nouveauté aujourd’hui est qu’en plus de la dimension logistique et matérielle, l’Algérie a élevé son niveau d’engagement, en obtenant un vote historique des deux chambres de son Parlement en faveur de l’envoi de troupes algériennes au Niger, ce qui constitue un changement majeur de doctrine.
Les raisons de ce changement de cap peuvent se comprendre du point de vue géostratégique, car l’Algérie, un des fournisseurs de GNL et de pétrole de l’Europe, et particulièrement de la France, est aujourd’hui en tension avec celle-ci, et le Niger constitue, entre autres, un débouché pour ses exportations, qu’il faut par ailleurs sécuriser. Ensuite, les gros investissements sur les chantiers du gazoduc transsaharien, qui part du Nigeria vers l’Europe en passant par ces deux pays, restent plus qu’un enjeu économique ; ou du moins, ils sont étroitement adossés à la stabilité et à la sécurité tout le long du tracé.
Le Niger joue donc une carte du gagnant-gagnant sécuritaire en jouant sur les externalités économiques, sachant qu’une fois sa frontière extérieure nord sécurisée, le reste peut parfaitement entrer dans le giron du traité de l’AES, qui prévoit la mutualisation des troupes armées. Reste maintenant à savoir quel sera le mandat des troupes algériennes qui vont être lancées dans l’aventure sécuritaire et pour combien de temps, et quel effet cela aurait sur la marche de l’AES.
La question qui se pose alors est de savoir comment les pays de l’AES, qui ont signé un traité créant un pacte de défense mutuelle et des troupes militaires sous commandement unifié, vont trouver, par ce biais, le moyen de réajuster leur stratégie sécuritaire, tout en conservant les avantages économiques de cette nouvelle situation.
Le Niger, de ce point de vue, réussirait un repositionnement stratégique majeur dans la géopolitique ouest-africaine.
Source : AllAfrica
En savoir plus sur FASSO ACTU
Subscribe to get the latest posts sent to your email.