DR ALASSANE DIARRA, EXPERT EN DÉVELOPPEMENT RURAL DURABLE : Osons quitter notre zone de confort pour le Mali Kura

La Nouvelle Constitution du Mali n’a pas atteint la dimension de la rupture clamée sous le “Toit du Monde” aux Nations Unies le 24 septembre 2022. Dans la spirale d’un monde en perpétuelle mutation, la mise en perspective de notre développement global est prise dans l’étau de pesanteurs multiformes de domination étrangère (éducation, culture, finance, économie, ingérence militaire, etc.). Et notre fidélité à une telle réalité n’offre point de félicité. Pour nous libérer de ces pesanteurs et faire le saut qualitatif qui mène vers le Mali Kura, nous devons nous servir de la volonté et du dépassement de soi.

Dans un monde où toutes les certitudes sont bousculées, les guerres en Ukraine et dans le Golfe persique sont une aubaine pour le Pôle Afrique. Au summum de sa diplomatie agissante, l’expression « Non-alignés » proposée par le Président Modibo Keïta, à la Conférence de Belgrade (ex-Yougoslavie) en août 1961, fut plébiscitée face à l’expression « Non-engagés ». Modibo Keïta a ainsi défini le non-alignement pour le Mali comme un refus de juger les puissances selon leur force, mais selon la « justesse » de leurs actions. Le Mouvement des non-alignés préfigurait, dès lors, la multipolarisation qui nous tend désormais les bras.

Nous devons nous ressaisir à l’instar de la Chine, de la Russie, de l’Inde, du Brésil, de l’Afrique du Sud, de l’Indonésie, du Japon, du Vietnam, de la Corée, de la Thaïlande, de Singapour, de l’Iran, de la Turquie, et de tous ces pays qui ont su garder tout ou partie de leur souveraineté cultuelle et culturelle, leur garantissant des institutions stables de gouvernance à substrat endogène.

Aujourd’hui, au Mali, le constat est sans équivoque. Nous avons tenu dignement tête à la France. Elle ne nous le pardonnera jamais. Restons vigilants et posons les actes salutaires de la rupture pour l’avènement d’un Mali Kura débarrassé de la pensée unique proche-orientale de domination et d’asservissement dans laquelle nos peuples sont empêtrés et soumis depuis plus de 400 ans. Aussi, depuis trois décennies, le Mali est en proie à d’énormes défis qui risquent de saper les fondements de son existence pour aboutir à une dérive du processus de notre pyramide des valeurs sociétales.

Structures institutionnelles à substrat endogène

Sous l’emprise de la pesanteur géostratégique actuelle, nous nous devons de repenser le corpus de nos structures institutionnelles (présidence, gouvernement, organe législatif). Celles-ci doivent refléter nos aspirations actuelles en osmose avec nos valeurs endogènes de gestion de la Cité et de la Nation. Avec ce changement de paradigme, nous devons recourir à nos Actes fondamentaux endogènes de gouvernance : Chartes du Ouagadou, du Sosso, de Kouroukan Fouga, du Songhoy, du Macina.

Pour consolider le processus de remise à l’endroit de la pyramide de nos valeurs et bâtir le Mali Kura, il est indispensable d’obtenir l’adhésion patriotique et volontaire de toutes les Maliennes et de tous les Maliens, de l’intérieur et de la diaspora, au processus de reconstruction du « Maliden Kura », ce nouveau citoyen malien que nous appelons de tous nos vœux tous les jours. Cette posture est une quête humaine qui permet à l’honnête citoyen son intégration dans les normes de la société des adultes, expression de l’accomplissement de la grandeur et de la dignité. Ainsi, l’honnêteté du bon citoyen se mesure à sa capacité de gestion du bien commun, à lui confié, dans la transparence.

Le concept « Malidenya » est fossilisé dans le corpus « Joko, Danbé, Yèrèdon, Horonya et Maaya », émanation des valeurs et traditions qui ont fortifié nos sociétés antérieures. Ces traditions, toujours vivaces, se sont progressivement enrichies d’apports en provenance d’autres sociétés. En effet, traditionnellement, les décisions prises au « Maaya Blon » (siège de l’instance locale de base) s’imposaient à tous. Quand le chef, le leader, le parent et l’éducateur n’ont pas « le Joko, le Maaya et ne sont pas des Danbétiki », la société périclite et s’effondre.

Aujourd’hui, plus que par le passé, la sauvegarde du « danbé » doit être gravée en lettres d’or dans l’Agenda national de nos autorités, en accordant plus de considération et de légitimité aux aînés, un des maillons essentiels de cette manne socioculturelle indispensable à la Refondation nationale. Ainsi, pour bâtir et consolider les fondements d’un renouveau communautaire via l’instauration d’un « Ben Blon » (siège de l’instance communale), le Conseil national des personnes âgées du Mali (CNPAM) et la gérontocratie locale se doivent d’interroger l’histoire pour alimenter judicieusement le processus de refondation de la Nation. Pour ce faire, ils doivent se rendre visibles et audibles pour une meilleure promotion des valeurs endogènes qui ont fondé et consolidé la grandeur millénaire de notre Nation.

Le Collège de la Renaissance patriotique (CRP)

C’est dans cette perspective, et pour élargir le champ des investigations, que l’Association Joko Ni Maaya, Ginna Dogon, Camara Tonba, le Collectif des associations de développement du Sahel occidental (CADSO), l’Association des Kagoro, l’Association Famille Diarra et l’Association Tiramakan Si ont décidé de prendre langue avec le CNPAM en vue d’envisager l’organisation des Journées nationales de la renaissance culturelle patriotique pour faire des propositions de sortie de crise pour une Vision Mali Kura. Prendront part à ces journées de réflexion les représentants des autorités et légitimités traditionnelles, des différentes grandes entités socio-associatives, des plateformes civiles régionales, des plateformes de la diaspora et de la plateforme militaire. À l’issue de ces journées de réflexion, un Collège de la Renaissance patriotique (CRP), constitué d’hommes et de femmes porte-étendard de la pyramide de nos valeurs sociétales, pourrait voir le jour si les participants en convenaient.

Parlant de la Présidence et du Conseil présidentiel (CP), le Collège de la Renaissance patriotique (CRP) émettra des propositions permettant, à travers le principe de la collégialité, de définir et d’adopter des critères de mise en place d’un Conseil présidentiel (CP) de onze (11) membres, constitué de personnalités répondant aux critères d’intégrité et de probité morale, dotées de compétences et de performances techniques et exemptes de toute procédure judiciaire en lien avec la corruption. Dans la mise en place de ce dispositif institutionnel, les membres du Conseil présidentiel (CP) procéderont à la désignation, en leur sein, du Président de la République (PR), dans un esprit de consensus et de collégialité. Le Président de la République (PR) procédera à la nomination d’un Premier ministre (PM). Ce dernier forme un gouvernement sous la supervision du CP.

En ce qui concerne la formation de l’Organe législatif (OL), le Collège de la Renaissance patriotique (CRP) et ses démembrements décentralisés veilleront à la formation de l’Organe législatif (OL), qui aura pour socle le Maaya Blon (siège de l’instance locale de base), le Ben Blon (siège de l’instance communale), le Danbé Blon (siège de l’instance régionale), le Wasa Blon (siège de l’instance nationale), qui porteront la charge d’une gouvernance de type moderne adaptée au substrat institutionnel endogène.

Nous, Maliens, fils, petits-fils et arrière-petits-fils de dignes producteurs ruraux, devons prendre le leadership de cette passerelle intergénérationnelle africaine dans la réhabilitation, la capacitation et l’appropriation de nos institutions à substrat endogène tirées d’une manne socioculturelle originale.

Dans la perspective de la sauvegarde de l’intégrité territoriale et de la préservation de l’unité nationale, les autorités de la Transition, à travers les Forces de Défense et de Sécurité (FDS), ont fait preuve d’un grand réalisme tiré de notre vécu historique héroïque. Le tremplin d’un tel réalisme porte en lui le sceau d’une dynamique positive à l’échelle continentale. Ainsi, la mise en perspective du fait sociopolitico-militaire pour son institutionnalisation dans le corpus de la gouvernance du Mali Kura insufflera une dynamique inéluctable dans la refondation de la Nation malienne. La pérennisation de ce triptyque institutionnel dans une transition intergénérationnelle décennale est gage d’une stabilité durable.

Ainsi, les Forces de Défense et de Sécurité (FDS) prendront toute leur place dans l’édification du Mali Kura que nous appelons de nos vœux. Loin de paraître une disposition qui nous est étrangère, l’avènement du triptyque institutionnel sociopolitico-militaire s’avère le marqueur essentiel des types de gouvernance qui ont prévalu au sein de nos grandes aires socioculturelles du Ghana, du Mali, du Songhoy, aussi bien que sur nos territoires de résistance à la pénétration coloniale (Khasso, Guidimagha, Kaarta, Birgo, Fouladougou, Bélédougou, Méguétan, Djitoumou, Ouassoulou, Kénédougou, Miangala, Baniko, Ségou, Macina, Pays bobo, Plateau dogon, Séno, Tacoubao, Iwllimidden…).

Avec ce changement de paradigme dans la gouvernance, l’Organe législatif (OL) comprendra, de la base au sommet, des personnes issues des différentes grandes entités socio-associatives, des autorités et légitimités traditionnelles, des plateformes civiles régionales, des plateformes de la diaspora et de la plateforme militaire, qui seront en charge du suivi et de l’évaluation de l’action gouvernementale. Ainsi, l’OL procédera à l’élection de son président, idéalement sur une liste de deux candidats sélectionnés au préalable par le Collège de la Renaissance patriotique (CRP).

M.S


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