À Faladjè-Zerny, dans la zone de recasement de Yirimadjo, la poussière qui recouvrait habituellement les ruelles commence à disparaître sous des pavés fraîchement posés. Rien d’un chantier spectaculaire. Pourtant, ce petit tronçon de quartier attire depuis quelques semaines l’attention des autorités et de partenaires internationaux. La raison : on y expérimente une technologie japonaise capable de transformer la manière de construire certaines routes au Mali. Jeudi 5 mars 2026, la ministre de l’Emploi et de l’Entrepreneuriat national, Seck Oumou Sall, s’est rendue sur place avec l’ambassadeur du Japon au Mali, Yukuo Murata. Autour d’eux, des responsables de l’Agence pour la Promotion de l’Emploi des Jeunes (APEJ), des représentants de l’Organisation internationale du Travail et du Programme alimentaire mondial. Une ingénieure venue du Japon suivait également les travaux : Shiyo Kamibayashi, de l’entreprise SPEC Company Limited.
L’objet de la visite n’était pas une route nationale ni une grande avenue. Juste trois ruelles en construction.
485 mètres de route, mais un test grandeur nature
Le projet concerne précisément 485 mètres de voirie.
Rue n°1 : 175 mètres, pavés avec de la roche locale. Rue n°2 : 175 mètres également, réalisée selon la même technique. Rue n°3 : 135 mètres, où l’on utilise la technologie japonaise STEIN pour stabiliser le sol.
Les travaux ont commencé le 4 décembre 2025. La fin du chantier est annoncée pour le 14 mars 2026.
Sur le terrain, on distingue clairement la différence entre les sections. Les deux premières rues reposent sur des méthodes classiques utilisant la pierre disponible localement. La troisième sert de zone d’expérimentation. Ici, la latérite est mélangée avec un stabilisant chimique appelé STEIN avant d’être compactée.
L’idée : renforcer la structure du sol sans recourir aux couches coûteuses de bitume.
120 jeunes au cœur du chantier
Mais ce projet n’a pas été pensé uniquement comme un exercice technique. Il sert aussi de formation professionnelle.
Au total, 120 jeunes participent directement aux travaux.
60 viennent du quartier de Zerny, 60 autres proviennent de sites accueillant des déplacés internes dans le district de Bamako, notamment à Faladjè et Sogoniko.
Parmi eux, 38 jeunes femmes travaillent aux côtés des équipes techniques. Certaines manipulent les pierres, d’autres participent au compactage ou au tracé des caniveaux.
Pour plusieurs participants, c’est la première expérience concrète dans les travaux publics.
Les aménagements ne se limitent pas au pavage. Des caniveaux d’évacuation des eaux sont construits le long des ruelles. Un détail qui peut sembler banal mais qui change radicalement la vie quotidienne dans ces quartiers périurbains, souvent confrontés aux inondations et à l’accumulation d’eaux usées.
L’APEJ organise la suite
L’Agence pour la Promotion de l’Emploi des Jeunes pilote la dimension sociale du projet. L’objectif ne s’arrête pas à la fin du chantier.
Une fois la formation terminée, les jeunes seront accompagnés pour créer un Groupement d’Intérêt Économique (GIE). Le principe est de leur permettre de proposer leurs services sur d’autres chantiers : pavage de ruelles, aménagements urbains, travaux de voirie.
Autrement dit, transformer une formation ponctuelle en activité durable.
Une technologie conçue pour les sols latéritiques
Le produit STEIN, développé par la société japonaise SPEC Company Limited, agit comme un stabilisateur de sol. Mélangé à la terre ou à la latérite, il augmente la résistance du matériau une fois compacté.
Selon les ingénieurs, cette technique présente plusieurs avantages :
un coût de construction réduit jusqu’à environ 50 %, une mise en œuvre plus rapide, une bonne compatibilité avec les sols latéritiques, très répandus au Mali, une durabilité importante, même sans bitume.
Dans un pays où des milliers de kilomètres de pistes rurales restent à aménager, ce type de solution intéresse forcément les décideurs.
Le regard de l’ingénieure japonaise
Venue superviser l’essai, Shiyo Kamibayashi observe attentivement la texture du sol.
Selon elle, la latérite malienne possède des caractéristiques favorables pour cette technologie.
Elle évoque l’expérience japonaise : certaines routes réalisées avec ce procédé sont encore utilisées plus de trente ans après leur construction.
Pour elle, le Mali pourrait devenir un terrain particulièrement adapté au développement de cette technique, notamment pour les routes rurales.
Une usine STEIN au Mali ?
Autre perspective évoquée pendant la visite : la possibilité d’installer une unité de production du produit STEIN au Mali.
Une telle implantation permettrait :
de réduire les coûts de transport entre le Japon et l’Afrique de l’Ouest ; de développer un savoir-faire industriel local ; de créer des emplois dans la production et la maintenance.
Dans cette optique, une centaine de jeunes formés par l’APEJ pourraient devenir les premières ressources humaines maliennes spécialisées dans l’utilisation de cette technologie.
Le secteur du BTP observe
Pour les entreprises maliennes de travaux publics, une technique capable de réduire les coûts de construction attire forcément l’attention.
Beaucoup de projets routiers se heurtent aujourd’hui à la question du financement. Si le stabilisateur STEIN permet de réaliser des routes solides à moindre coût, certaines pistes rurales ou voiries urbaines pourraient devenir réalisables là où elles ne l’étaient pas auparavant.
L’agriculture, le commerce local et l’accès aux marchés dépendent souvent de ces infrastructures.
Sur le chantier, l’ambiance est différente
À Faladjè-Zerny, les jeunes travaillent sous un soleil déjà lourd en milieu de matinée. Des brouettes chargées de pierres circulent entre les tas de latérite. Un compacteur passe lentement sur la surface fraîchement stabilisée.
Le représentant des bénéficiaires résume simplement l’état d’esprit des participants : pour beaucoup, ce chantier représente une opportunité rare d’apprendre un métier.
Du côté des habitants, l’évolution des rues est observée jour après jour. Une riveraine explique que pendant la saison des pluies, la zone devenait presque impraticable.
Avec les pavés et les caniveaux, elle espère surtout pouvoir circuler sans patauger dans la boue.
Une coopération qui change d’échelle
Le projet n’est pas arrivé par hasard. La technologie STEIN avait déjà été présentée aux autorités maliennes lors d’une démonstration organisée le 4 décembre 2024 à l’Hôtel de l’Amitié à Bamako.
Depuis, les discussions entre partenaires maliens et japonais ont conduit à cette première expérimentation sur le terrain.
Si l’essai est concluant, l’expérience de Faladjè-Zerny pourrait être reproduite ailleurs : pistes agricoles, routes rurales, petites voiries urbaines.
Pour l’instant, tout se joue sur quelques centaines de mètres.
Mais dans le domaine des infrastructures, ce sont souvent ces projets pilotes — discrets, presque invisibles — qui ouvrent la voie aux changements les plus larges.
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