Au Palais des Pionniers du Mali, un nom résonne désormais dans la grande salle de spectacle de 420 places : celui de feu Ibrahima Sory Koïta, plus connu sous le surnom de Chef Bomba. La décision a été officialisée lors de l’inauguration du bâtiment par le Premier ministre, le Général de Division Abdoulaye Maïga. Derrière cette appellation, il ne s’agit pas d’un simple geste symbolique. C’est toute une trajectoire liée à la jeunesse malienne, à l’éducation citoyenne et aux arts de la scène qui refait surface.
Chez ceux qui l’ont côtoyé, un souvenir revient souvent : celui d’un homme incapable de rester enfermé dans un bureau. Au ministère chargé de la jeunesse et de la culture, il occupa un temps la fonction de chargé de mission. Mais la logique administrative ne lui convenait pas. Il estimait ne plus voir les jeunes qu’il voulait accompagner. Il finit par abandonner le poste.
Même scénario lorsque la direction de la Maison des Jeunes de Bamako lui fut proposée. Beaucoup auraient accepté sans hésiter. Lui déclina. Selon plusieurs témoins, il préférait continuer à travailler directement avec les jeunes artistes, les troupes de théâtre, les groupes culturels. Là où les choses se passaient réellement.
Car avant d’être un cadre de l’administration, Chef Bomba était d’abord un homme de scène. Le surnom qui l’a rendu célèbre vient d’une représentation théâtrale. Sur scène, il incarnait un capitaine nommé Bomba. Ce jour-là, dans la salle, se trouvait le président Modibo Keïta. La prestation marqua les esprits. Le personnage finit par lui coller à la peau.
Le cinéma africain des années 1970 et 1980 garde aussi sa trace. On le retrouve derrière la caméra comme assistant réalisateur, dans l’écriture de scénarios, ou à l’écran comme acteur. Il participa notamment à Ambè Nondo et Tafe Fanga, deux œuvres signées Issa Falaba Traoré. Autre participation remarquée : Finyè, réalisé par Souleymane Cissé.
À l’ORTM, il apparaît aussi dans le court métrage Tronkélen. Dans ces productions, il croise plusieurs figures du cinéma africain : Sembène Ousmane, Adama Drabo, Assane Kouyaté, ou encore Cheick Oumar Sissoko.
Après les événements politiques de mars 1991 qui entraînent la dissolution du mouvement des Pionniers du Mali, beaucoup pensent que l’expérience est terminée. Pas lui. Trois ans plus tard, en juillet 1994, il convoque chez lui, à Kalaban-Coro, une assemblée générale improvisée. Autour de lui, d’anciens encadreurs et plusieurs jeunes militants. La réunion dure des heures. On rédige des statuts, on discute des valeurs à préserver, on imagine une nouvelle structure.
Ce jour-là naît l’Association des Pionniers du Mali. Et sans surprise, Ibrahima Sory Koïta devient son premier commissaire général.
Son influence ne se mesurait pas seulement dans les structures qu’il dirigeait. Beaucoup se souviennent d’un homme accessible, qui prenait le temps de discuter avec les plus jeunes après les répétitions de théâtre ou les activités des pionniers. Pas de protocole, pas de distance inutile.
Sa vie s’interrompt brutalement en janvier 2003. Au carrefour de la COCAN, à l’ACI 2000, sa moto Yamaha entre en collision avec un camion-benne. L’accident est fatal. La nouvelle se répand rapidement dans Bamako. Pour de nombreux anciens pionniers, c’est un choc.
Aujourd’hui, dans la nouvelle salle du Palais des Pionniers, son nom figure à l’entrée. Une manière de rappeler qu’avant les bâtiments et les institutions, il y a eu des femmes et des hommes qui ont construit ces espaces avec leurs convictions.
Et pour ceux qui l’ont connu, l’image reste simple : un homme qui pouvait passer des heures à parler théâtre, éducation et jeunesse… avant de rentrer chez lui manger son plat favori, le tô accompagné de gàkénena.
En savoir plus sur FASSO ACTU
Subscribe to get the latest posts sent to your email.