Géopolitique mondiale : à Bamako, l’Université Kurukanfuga se penche sur les effets d’un conflit États-Unis–Israël–Iran pour le Mali

À l’amphithéâtre de l’Université Kurukanfuga de Bamako, les discussions ont quitté, le temps d’une matinée, les frontières du Mali pour se projeter vers le Moyen-Orient. Ce jeudi 12 mars 2026, enseignants-chercheurs, étudiants et spécialistes des relations internationales se sont retrouvés autour d’une question directe : que pourrait signifier pour le Mali une confrontation impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran ?

Pour ouvrir la rencontre, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, le professeur Bouréma Kansaye, s’est adressé à un amphithéâtre plein. Son message tient en une idée simple : croire que ce type de confrontation reste cantonné au Moyen-Orient est une erreur d’analyse.

Selon lui, les rapports de force internationaux évoluent rapidement. Les alliances militaires changent, les rivalités entre puissances s’accentuent et les crises régionales produisent souvent des effets en chaîne ailleurs.

Devant l’auditoire, le ministre a rappelé que les tensions dans cette région du monde influencent régulièrement les marchés de l’énergie et les équilibres diplomatiques. Pour les économies africaines, ces secousses ne sont pas théoriques.

Il prend un exemple concret : si une escalade militaire perturbe les routes pétrolières ou les installations énergétiques du Golfe, le prix du carburant peut grimper en quelques semaines. Dans un pays comme le Mali, où le transport de marchandises dépend largement du gasoil importé, la hausse finit par se répercuter sur le prix du riz, de la farine ou du transport urbain.

Autre préoccupation évoquée : la sécurité. Le Sahel reste une zone fragile, marquée par l’activité de groupes armés. Les crises internationales modifient souvent les priorités stratégiques des grandes puissances et les circuits d’approvisionnement en armements. Les conséquences peuvent apparaître loin du théâtre initial.

Le ministre a également insisté sur un point plus politique : la capacité des États africains à conserver leur autonomie dans un environnement international de plus en plus polarisé.

Quand les grandes puissances s’affrontent indirectement, les pays tiers deviennent parfois des terrains d’influence. Diplomatie, coopération militaire, partenariats économiques : chaque décision peut être interprétée comme un alignement.

Pour le Pr Kansaye, la difficulté consiste donc à préserver une ligne claire tout en maintenant des relations équilibrées avec plusieurs partenaires.

La conférence ne visait pas seulement à commenter l’actualité internationale. Elle s’inscrit aussi dans une démarche académique.

Pour le ministre, les universités doivent analyser ces transformations avant qu’elles ne deviennent des crises concrètes pour les États. Comprendre les ressorts idéologiques, les intérêts énergétiques ou les calculs stratégiques permet d’anticiper les risques.

Les échanges de la journée réunissaient d’ailleurs plusieurs profils : chercheurs en géopolitique, économistes, spécialistes de la sécurité sahélienne.

Dans l’amphithéâtre, les étudiants ont été invités à intervenir directement dans les discussions. Certains ont questionné l’impact possible d’une hausse durable du pétrole. D’autres ont soulevé les implications diplomatiques pour les pays africains.

Une chose ressort de cette rencontre : les débats géopolitiques ne se limitent plus aux capitales occidentales ou aux centres stratégiques du Moyen-Orient. À Bamako aussi, les universités tentent de décoder un monde où une crise à des milliers de kilomètres peut, quelques mois plus tard, peser sur la sécurité ou l’économie du Sahel.


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