Le 3 mars 2026, une ordonnance discrète mais lourde de conséquences a été signée par le Président de la Transition, Chef de l’État, Assimi Goïta. Ce texte redéfinit le Statut général des fonctionnaires au Mali. Derrière les formules administratives se cachent des règles précises qui vont encadrer le recrutement, la carrière, les droits et les sanctions dans l’administration d’État. Et certaines dispositions changent concrètement la manière d’entrer et de travailler dans la Fonction publique.
Le nouveau statut vise une catégorie bien précise : les fonctionnaires de l’État occupant des postes administratifs permanents dans les services publics. Les fonctionnaires stagiaires, encore en période d’essai, sont aussi inclus. En revanche, plusieurs groupes restent en dehors du dispositif :
les militaires, les magistrats, les enseignants-chercheurs de l’enseignement supérieur, les agents des collectivités territoriales ou encore le personnel contractuel. Autrement dit, le texte cible essentiellement l’administration centrale de l’État.
Les agents sont regroupés en corps, c’est-à-dire des ensembles de fonctionnaires recrutés selon les mêmes critères et appelés à évoluer dans des grades similaires. Chaque corps appartient à l’une des quatre catégories suivantes :
Catégorie A : postes nécessitant généralement un diplôme universitaire élevé Catégorie B2 Catégorie B1 Catégorie C. À l’intérieur de chaque corps, la progression se fait à travers quatre classes successives, qui déterminent l’évolution hiérarchique.
Concrètement, un agent ne peut occuper un poste administratif que s’il correspond à un corps et à un grade précis fixés par les textes réglementaires.
Recrutement : le concours devient incontournable
Chaque année, les postes ouverts seront fixés par voie réglementaire selon deux critères : les besoins réels des services publics et les postes budgétisés.
Un principe est clairement posé : aucun recrutement ne peut être effectué si le poste n’existe pas réellement dans l’organigramme administratif.
Pour se présenter au concours, plusieurs conditions sont exigées : être de nationalité malienne jouir de ses droits civiques présenter une bonne moralité posséder les aptitudes physiques nécessaires détenir le diplôme exigé et l’âge maximum dépend de la catégorie :
35 ans pour la catégorie C, 38 ans pour les catégories B1 et B2, 43 ans pour la catégorie A. Réussir un concours ne signifie pas devenir immédiatement fonctionnaire titulaire. Avant la titularisation : un stage d’au moins 18 mois. Cette période peut inclure une formation administrative et le passage par le Service national des jeunes.
Durant cette phase, l’administration évalue deux éléments : la compétence professionnelle et la conduite morale. Si l’évaluation est positive, le stagiaire est titularisé. Dans le cas contraire, le licenciement reste possible.
Le texte rappelle plusieurs règles qui encadrent le comportement des fonctionnaires.
Un agent public doit servir l’État avec loyauté, intégrité et dignité. Il lui est strictement interdit d’accepter des cadeaux ou avantages en lien avec ses fonctions.
Autre point sensible : les conflits d’intérêts. Un fonctionnaire ne peut pas détenir d’intérêts dans une entreprise susceptible d’influencer ses décisions administratives.
La discipline quotidienne est également mentionnée : respect strict des horaires de travail exécution des tâches confiées respect du secret professionnel discrétion administrative
La formation professionnelle continue figure aussi dans les obligations : un agent doit régulièrement actualiser ses compétences.
Les fonctionnaires disposent de la liberté d’opinion politique, philosophique et religieuse, tant que son expression respecte la neutralité du service public.
Ils bénéficient également : du droit syndical du droit de grève dans le cadre de la loi d’une protection administrative en cas de menaces ou d’agressions subies dans l’exercice de leurs fonctions. Chaque fonctionnaire possède désormais un dossier administratif individuel, à la fois physique et numérique, retraçant l’ensemble de sa carrière.
Les fonctionnaires peuvent bénéficier de plusieurs types de congés : un mois de congé annuel après onze mois de service, un congé de maladie, quatorze semaines de congé de maternité, sept jours de congé de paternité, un congé de formation, ainsi que des congés spéciaux pour raisons familiales ou d’intérêt public.
Dans la majorité des cas, ces congés restent rémunérés.
Le statut prévoit aussi deux situations particulières : le détachement : un fonctionnaire peut exercer temporairement dans une collectivité territoriale, une organisation internationale ou un projet de développement. La durée cumulée ne peut pas dépasser 10 ans.
La disponibilité : elle permet de suspendre temporairement son activité pour raisons personnelles, pour une durée allant de six mois à deux ans, renouvelable dans la limite de dix ans sur l’ensemble de la carrière.
Les fautes professionnelles peuvent entraîner des sanctions. Les mesures les plus légères sont l’avertissement et le blâme. Les sanctions plus lourdes comprennent : l’abaissement d’échelon l’exclusion temporaire la rétrogradation la révocation; L’exclusion temporaire peut durer de trois à six mois, période pendant laquelle le fonctionnaire perd son salaire.
Les sanctions graves doivent être examinées par un Conseil de discipline, et l’agent concerné peut se défendre avec l’assistance d’un conseil.
Autre changement notable : chaque fonctionnaire sera évalué tous les ans. Trois niveaux d’appréciation sont prévus : Très satisfaisant Satisfaisant Passable.
Ces évaluations sont converties en points et influencent directement l’avancement de carrière.
La progression professionnelle repose désormais sur plusieurs mécanismes. L’avancement d’échelon intervient en principe tous les deux ans, sous réserve d’une évaluation favorable.
Un fonctionnaire peut aussi accéder : à un grade supérieur, à une classe supérieure, à une catégorie administrative plus élevée, via un concours professionnel ou une formation. Le texte prévoit même des avancements exceptionnels pour récompenser des actes de bravoure ou des services remarquables rendus à l’État.
La rémunération d’un fonctionnaire comprend : le traitement indiciaire les prestations familiales les primes et indemnités. Le calcul du salaire repose sur une grille indiciaire, basée sur la valeur du point fixée par décret en Conseil des ministres.
Certains postes peuvent donner accès à des avantages supplémentaires, comme des moyens de transport, du carburant ou d’autres facilités logistiques.
Le texte fixe également les limites d’âge : 58 ans pour la catégorie C, 61 ans pour la catégorie B1, 62 ans pour la catégorie B2, 65 ans pour la catégorie A.
Un départ anticipé reste possible après 15 années de service. La retraite pour invalidité peut également être prononcée si l’agent est déclaré inapte.
Au moment de quitter l’administration, le fonctionnaire perçoit une indemnité de départ, calculée sur la base de la rémunération moyenne des douze derniers mois.
Avec ce nouveau statut, les autorités de la Transition cherchent à instaurer davantage de rigueur dans la gestion de la Fonction publique : recrutement encadré, évaluation régulière, sanctions disciplinaires clarifiées, progression de carrière liée aux performances.
Le texte est désormais en place. La question qui reste posée est celle de son application réelle dans les administrations, là où les habitudes et les pratiques informelles pèsent parfois plus lourd que les textes officiels.
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